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Sagard, Hist. du Canada, p

de-Lus, chargés de morues. Les matelots, pour ne pas être pris, avaient fui dans les bois.

Les Anglais firent un riche butin. Et comme leurs navires étaient trop chargés, ils ne trouvèrent rien de mieux à faire que de débarquer les deux Récollets, un parisien nommé Le Faucheur, sa femme, ses cinq enfants, une autre femme et ses trois filles, le chirurgien Robert Giffard et une quinzaine de matelots ; “de tous lesquels, dit Sagard, ils (les Anglais) n’eussent pu espérer une once de bonne monnaie, ayant perdu dans la flotte tout le peu de bien qu’ils avaient embarqué sous l’espérance de s’habituer au Canada pour y vivre eux et leur famille le reste de leur vie1. ” Un des navires pris aux basques leur fut laissé avec des vivres pour pouvoir retourner en France.

Mais une nouvelle disgrâce les attendait. Les Basques survinrent et reprirent leur navire. “ On dit, écrit Sagard, qu’on peut reprendre son bien où il se trouve. Ces Basques avaient donc raison de reprendre le leur en ce navire qui leur avait été ôté par les Anglais2. ”

Finalement les Basques donnèrent une chaloupe aux matelots qui se rendirent à Plaisance en Terre-Neuve où des navires français les recueillirent. Quant aux deux Récollets, le parisien, sa femme et leurs enfants, ils furent enfin admis par les Basques dans leur vaisseau. Il fallut “ près de cinq semaines pour radouber le navire.

Le départ se fit “ environ la mi-septembre1. ”

Bientôt une furieuse tempête rendit la navigation périlleuse. “ Tout ce que nos religieux pouvaient faire dans cette extrémité était de prier Dieu et d’induire tous les autres d’en faire de même et de se mettre en bon état2.” Mais un vœu fut fait au séraphique Père saint François d’ Assise, et la tempête cessa.

La tourmente avait fort éloigné le navire de sa route. Quand le calme survint, les malheureux passagers s’aperçurent qu’ils étaient en face des terres d’Espagne. A ce moment, un vaisseau de pirates Turcs dépêcha vers eux une chaloupe pour les aller aborder. Ce que voyant, ils mirent une de leurs embarcations a l’eau, sautèrent dedans et à force de rames esquivèrent les Turcs, leur laissant cependant le navire et le peu qu il contenait , le navire fut brûlé.

Les deux Récollets et leurs compagnons d’infortune arrivèrent enfin à Bayonne en Galice, où le gouverneur et sa femme les reçurent et les hébergèrent durant huit jours. Après ce repos bien nécessaire, les Pères Daniel Boursier et François Girard prirent le parti de rentrer en France par la voie de terre en passant par Saint-Jacques de Compostelle ; Le Faucheur et les siens firent route avec eux. A Compostelle, ils “ furent visiter l’église du saint (saint Jacques), se recommandant à ses intercessions et ouïrent une très ravissante musique qui les con-

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