Sagard, Hist. du Canada, p
c’est le train de notre vie et le soin de nos pensées qui montent à Dieu et reviennent a nous. O mon Dieu, il faut avoir un œil pour voir votre grandeur et un autre pour considérer notre bassesse .
Au port, aucun navire ne partait pour la France. Le gouverneur “ fit préparer son brigantin et conduire exprès jusques à la ville de Har ” les deux Récollets et leurs compagnons d’infortune, avec ordre de les loger “ dans la maison de la ville ” et de leur fournir tout le nécessaire, durant les quinze jours qu’ils y séjournèrent, ne trouvant pas de navire qui
les conduisit en France. ^
Ils reprirent alors leur route à pied jusqu’à Fourolle où une pinasse de Bayonne, dans laquelle ils priient passage, devait enfin les conduire en terre française , mais une tempête les força de relâcher à Saint-Symphorien où ils passèrent trois ou quatre jours et reprirent le chemin de leur patrie par la voie de terre jusqu’à la ville de Domide où ils furent entourés de tous les services de la charité durant six semâmes qu’ils furent contraints d’y demeurer, parce que trois d’entre eux étaient tombés malades. Dès qu’ils furent rétablis, il fallut se remettre en marche à pied jusqu’à Chichian où un navire marchand, qui faisait cargaison d’oranges à destination de Nantes, les prit à son bord. Une nouvelle tourmente fit atterrir le navire aux Sables-d Olonne, en Vendée. C’était la délivrance. Les deux Ré-
1 Sagard, Hist. du Canada, p. 964.
2. C’est l’orthographe suivie par Sagard. Le nom moderne est Ferrol, de même que Har s’écrit Ares.
collets se séparèrent en cet endroit de la famille Le Faucheur et se dirigèrent sur Paris.
Les Pères Jésuites, prisonniers de Kirke et conduits en Angleterre, furent “ dirigés sur la Belgique, à la demande de Marie de Médicis et sur l’ordre de sa fille, Henriette, reine d’Angleterre1. ” Le- Père Noyrot, qui, nous l’avons dit, avait équipé un navire à ses frais, avait essayé lui aussi d’entrer dans le Saint-Laurent, mais se voyant découvert par l’ennemi, se hâta de fuir et ne crut pouvoir mieux faire que de revenir en France.
L’Eglise du Canada, qui avait tant besoin de nouveaux missionnaires, fut ainsi privée de ceux que les Récollets et les Jésuites lui avaient destinés. La colonie, de son côté, se trouva frustrée de secours matériels absolument nécessaires ; c’était l’annonce et le commencement du désastre prochain qui allait s’abattre sur la Nouvelle-France.
Df Rochemontelx, Les Jésuites et la Nouvelle-France au XV Ile siecle, i, p. 169.
CPAPITRE XXXVIII
PRISE DE QUEBEC
’ année 1629 se leva sombre et triste sur la
Nouvelle-France. Champlain, toujours au poste, s’efforçait par tous les moyens possibles de soulager la misère commune ; en même temps, il s’ingéniait à faire durer le peu de vivres dont il pouvait disposer, il enseignait à ses compagnons ■d’infortune que “ c’était meilleur (de) pâtir doucement, que (de) manger tout en un coup, puis mourir de faim ; c’est ce que je remontrais à tous nos gens, dit-il, (afin) qu’ils prissent patience attendant notre secours1. ”
A partir de mai 1629, les légumes firent défaut. ■On ensemença bien les terres déjà préparées, mais il fallait attendre le temps de la récolte. Ainsi que l’écrit Champlain : “le mal. . . était de pouvoir vivre (en) attendant le mois d’août, pour faire la cueillette des grains ; il fallait avoir de quoi passer trois à quatre mois ou mourir ; notre recours, bien que misérable, était d’aller chercher des herbes