‹ Les Franciscains et le CanadaChapitre 92 sur 344 · Champlain, Œuvres, p · texte numérisé non relu

Champlain, Œuvres, p

lui montra la grandeur du crime de son fils, et qu’un tel forfait méritait la mort, les Sauvages s’excusèrent de leur mieux et, suivant leur cérémonial en pareille circonstance, ils firent des présents.

“ Ils firent un présent de douze peaux d’élans pour adoucir les Français. . . Ils en firent un second et le jetèrent aux pieds des Français disant que c’était pour nettoyer la place toute sanglante où ces deux meurtres avaient été commis, protestant qu’ils n’en avaient eu connaissance qu’après le coup fait et que tous les capitaines de la nation avaient condamné cet attentat. Le troisième était pour fortifier les bras de ceux qui, ayant trouvé ces cadavres à la côte, les avaient portés dans les bois. . . Le quatrième était pour laver et nettoyer ceux qui s’étaient souillés par ce massacre et pour leur rendre l’esprit qu’ils avaient perdu quand ils firent ce malheureux coup. Le cinquième pour effacer tout le ressentiment du cœur des Français. Le sixième pour lier une paix inviolable ... Le septième était pour témoigner le désir qu’ils avaient que les Français eussent les oreilles percées, c’est-à-dire ouvertes à la douceur de la paix et au pardon des meurtriers. Ils offrirent ensuite quantité de colliers de porcelaine, pour allumer un feu de conseil aux Trois-Rivières et un autre à Québec ; ils ajoutèrent en même temps un autre présent de deux mille grains de porcelaine, pour servir de bois et d’aliment à ces deux feux... Le huitième (présent) était pour demander la protection des Français ; et ils ajoutèrent un grand collier avec dix robes de

LE PREMIER JUBILE

castors et d’orignaux, afin de confirmer tout ce qu’ils venaient de dire1. ”

Le père du coupable présent à cette assemblée, s’adressant au Père Le Caron “ dit en pleurant, écrit Champlain, tiens, voilà mon fils qui a commis le délit supposé, il ne vaut rien, mais ayez égard que c’est un jeune fol et inconsidéré, qui a plutôt fait cet acte par folie, poussé de quelque vengeance, que par prudence, il est en toi de lui donner la vie ou la mort2 3 ...” Et le coupable aussi prit la parole, dit qu’il ne redoutait pas la mort, et il raconta le crime ; puis s’adressant à Beauchesne, un commis des marchands, il lui demanda de le tuer .

Les Récollets firent remarquer aux Sauvages qu’on ne faisait pas mourir un homme sans délibération et sans jugement. Les Français tinrent alois conseil. Ils furent d’avis qu’il fallait sans doute ne pas laisser impuni un tel crime ; mais ils constatèrent aussi et sagement leur faiblesse en face d’un si grand nombre de Sauvages vindicatifs et cruels , ils pesèrent la nécessité de ne pas s’aliéner ces barbares, autrement le séjour à Québec . deviendrait dangereux, même impossible. Toutefois, les Pères Le Caron et Huet ne voulurent pas accepter le renvoi pur et simple des coupables, ni recevoii les pelleteries comme prix de la vie et du sang de chrétiens, mais seulement comme une garantie, “ jusques à l’arrivée des navires4. ” Qu’alors les

1. Leclercq, Premier établissement de lafoy, i, pp. 119, 122.

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