L ASSEMBLÉE DE BLOIS
— Messires,dit le duc de Bourbon en bégayant, nous devons tenir les champs sans délai; car monseigneur le Dauphin a écrit ses griefs à mon beau-frère de Bourgogne et à la noblesse de ma comté d'Auvergne; il s'en va soumettre les plus fortes villes du Poitou, et jà plusieurs l'attendent pour lui faire fête. Ne demeurons cependant en oisiveté : vous , mon beau cousin d'Orléans , acceptez le commandement de l'armée et conduite de cette guerre , qui sera dite la Pra guérie , d'après la fantaisie de mon gentil Dauphin : çà, que vous plait-il de faire ? convient-il de tirer en Bourbonnais, en Normandie, en Dauphiné ou ailleurs ?
— Mon cousin , répondit Dunoisavec un amer découragement, je ne suis et ne serai chef de l'entreprise : aussi bien je n'en veux être pour rien , si le Bourguignon y a la main ; car je suis sujet de France , non de Bourgogne, et ce serait crime de lèse-majeslé que d'attaquer la personne sacrée du roi notre sire , au lieu du connétable.
— Messeigneurs, ce me semble, reprit le sieur de Balzac qui pensait être installé de droit dans ce conciliabule de princes , il serait moult avantageux d'occuper l'Auvergne, où sont montagnes et châteaux propres à la défense : Monsieur mon père a de beaux domaines à Rioumarlin , Antoing, Binsac
176 LES FRAflCS-TAUPINS.
— Qui est ce gros-varlet tranchant? interrompit Chabannes avec son air de dogue enragé : — mon ami , retournez au tinnel , à l'office et aux cuisines.
— Monseigneur, je suis R.offec, bâtard de Balzac , répliqua ce dernier qui à force d'être rouge ne pouvait plus rougir : nous sommes un petit aparentés , ne vous déplaise , par le fait de votre alliance, Marguerite de Nanteuil , votre honorable épouse , étant , comme moi , en affinité avec les Châtillon...
— Çà , écoute , larron d'honneur , si onc tu accompares mon lignage au tien , je montrerai à tous que nous ne sommes de même parenté; car je jure Dieu que tu seras sellé , housse et bridé comme un palefroi de mon écurie, et je chevaucherai de la sorte sur ton dos , auquel je ferai un blason de coups de fouet !
Le gros-varlet sortit sans attendre l'exécution de cette menace, et Jean Sanglier, qui le rejoignit bientôt avec des instructions écrites pour Jean de La Roche etdes lettres pour le Dauphin, trouva le bâtard de Balzac en querelle avec le héraut du duc de Bourbon, et en danger de perdre ses armes, que Lyon prétendait lui arracher comme n'ayant pas droit de les porter. Jean Sanglier les apaisa l'un et l'autre, en assurant que le gros-varlet avait oublié sa généalogie en sa seigneurie de Balzac.
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Un bruit de fanfares et d'acclamations annonça l'arrivée d'une nouvelle troupe d'auxiliaires, et dans toutes les rues où ils passaient, les femmes se mirent aux fenêtres pour admirer l'ordonnance d'une compagnie de cent hommes d'armes, suivis de leurs pages et de leurs varlets , tous ayant la livrée de leur seigneur , des hoquetons d'orfèvrerie au chevron de gueules et aux aigles d'azur : le nom de la Tremoille fut bientôt dans toutes les bouches.
C'était lui-même , cet ancien conseiller de Charles VII, ce grand-chambellan de France, que le connétable avait, en 1432 , dépossédé de la confiance du roi , comme La Tremoille avait fait naguère à l'égard du comte de Giac et de Camus de Beaulieu, ses prédécesseurs dans les bonnes grâces de Charles VII : une haine mortelle existait depuis entre le comte de Richemont et La Tremoille , qui avaient été d'abord réunis d'intérêts et de complicité pour le meurtre des deux favoris ; et quelques années auparavant, le connétable s'était ligué contre la puissance de La Tremoille , de même que celui-ci se liguait maintenant contre la puissance du connétable . qui lui avait succédé, en le faisant enlever de nuit à Ghinon, et transporter dans un château, duquel il ne sortit que disgracié et en payant une ('«norme rançon à son propre neveu , le sire de Bueil. Par un
singulier retour de fortune , il venait s'allier avec ses anciens ennemis contre l'ennemi commun : car , sous le règne de Charles VII , l'homme qui gouvernait le roi et le royaume était toujours un objet d'envie , de rivalité et de vengeance.
Georges de La Tremoille avait la plus noble figure et la plus gracieuse prestance, quoiqu'il fût âgé de cinquante ans , et qu'il eût dépensé sa jeunesse à la guerre avant de se reposer dans le conseil royal ; les soucis et les fatigues de sa carrière politique et militaire n'avaient gravé sur son front qu'une seule ride , qui le traversait comme une cicatrice ; sa physionomie , douce et calme , devenait agitée et terrible au seul nom du connétable. Il avait pardonné à tous les auteurs de sa disgrâce , pour concentrer toutes les forces de son ressentiment sur son premier bienfaiteur, qui lui avait prêté et repris la faveur du roi. Les dignités et les biens qui lui restaient ne pouvaient le consoler de ceux qu'il avait perdus , et , ne voyant que le connétable entre sa fortune de la veille et sa disgrâce du lendemain , il voulut briser l'obstacle qui s'opposait au retour du passé : mais l'assassin qu'il envoyait avoua le crime et ne l'exécuta pas. Il habitait le château de Meule , en Poitou , que Charles VII lui avait donné avec cent mille écus d'or, et il ne s'était remontré qu'une fois à la cour , afin d'essayer si sa vue produirait
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une émotion de joie à son maître : celui-ci parut à peine le reconnaître, tant l'esprit de ce faible roi était susceptible d'oubli et de nouvelle affection ! La Tremoille retourna dans ses terres , d'où son influence minait sourdement le crédit et les amitiés du connétable , qui ne le craignait plus.
Il entra dans la réunion des princes , couvert d'armes dorées , avec une casaque de brocart d'or au chevron de gueules et aux trois aigles d'azur : son heaume , sa lance et son écu écartelé avec toutes ses armoiries , étaient aux mains de ses pages , qui gardaient son destrier armé en guerre. Il avait sur la tête une calotte de drap écarlate , entourée de la couronne de comte , qui était un cercle d'or enrichi de perles : on eût dit un roi , à cette magnificence de parure que rehaussaient encore de grosses chaînes d'or à feuilles de lierre , entremêlées de baies en escarboucles ou rubis d'un rouge sanglant et enflammé.
— Montjoie ! s'écria Dunois en s'élançant à sa rencontre et l'embrassant comme un ami qu'on retrouve dans un naufrage ; c'est toi que j'attendais , gentil La Tremoille !
— Il eût fait beau que je tardasse à venir ! reprit celui-ci avec enthousiasme ; il faut courir sus au connétable, et je ne suis mauvais limier pour cette chasse.
180 LES FRANC8-TATJPINS.
— Messeigneurs , dit Antoine de Chabannes à ses collègues , que vous semble de cet allié ? La guerre sera-t-elle toute contre le connétable, si nous attirons ses plus grands ennemis en notre alliance ? Le seigneur de La Tremoille ne peut d'ailleurs chevaucher d'intelligence avec de Bueil , Chaumont et autres , qui l'ont moult offensé.
— Par ma gloire ! interrompit La Tremoille en levant sa main droite comme pour prendre le ciel à témoin : j'oublierai toutes choses , excepté la trahison du comte de Richemont , jusqu'à ce qu'il meure ; j'oublierai comme mes beaux cousins de Bourbon , d'Alençon , de Vendôme et les seigneurs de leur parti , firent jadis une brigue en haine de mon autorité, et guerroyèrent contre moi en Berri et Touraine ; j'oublierai comme mon beau neveu de Bueil , assisté du sire de Chaumont et aucuns serviteurs du connétable , pénétra de nuit en ma chambre, me porta un coup d'épée au ventre , et me retint prisonnier à Montrésor , me rançonnant de six-vingt mille moutons d'or ; j'oublierai comme certains seigneurs ont extorqué les finances que je tenais en garde et intendance pour le roi notre sire ; finalement j'oublierai tous les torts qu'on m'a faits par actions , calomnies et nuisances , sans conserver d'iceux griefs ou rançons. Mais vivrai-je cent ans et plus , serai-je captif chez les Sarrasins ou régnant dessous les fleurs de lis
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de France , onc je n'oublierai les perfidies , injustices et malhonnêtetés de sire Arthus de Richemont , tant qu'il aura souffle de vie , tant qu'il ne soit en la compagnie de Giac et de Beaulieu , que j'ai mis au tombeau ! Donc , messires , je veux être de votre ligue contre ledit connétable , et y emploierai le corps et la chevance , de telle sorte que j'achève ce que j'ai commencé à l'avantage de ma cause et plaisir de ma vengeance.
— Ce je souhaite et requiers semblablement , dit le bâtard d'Orléans ; car j'entends armer contre ledit connétable , et non contre la personne du roi.
— Je prétends le contraire , reprit Chabannes avec sa rudesse de soldat; le connétable est vaillant homme de guerre, et pour ce fait je l'estimerais sine l'aimais pas ; mais je me range dans .cette ligue aux seules fins de nuire au roi , qui m'a nui et diffamé pour seul prix de mes notables services.
— La Sainte-Larme du seigneur Christ secoure ma pieuse entente ! dit le comte de Vendôme en joignant les mains avec ferveur; je n'aspire, en cette croisade, qu'à ramener mon beau neveu le roi Charles dessous l'obéissance du très-saint père le pape , et abolir l'hérésie de la Pragmatique-Sanction.
— Bien , bien , ajouta le duc de Bourbon qui a i5..
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voulut accorder ce différend que son bégaiement n'eut pas l'éloquence d'apaiser; sommes-nous pas tous de même avis et de bon accord ? il n'est métier et affaire que de mettre hors de la cour aucuns pervers et médians conseillers du roi : ainsi, pas de noise à ce sujet.
— Messire de Dampmartin , dit Dunois , tant que je demeurerai en cette ligue , on n'entreprendra rien contre monseigneur le roi , je vous jure.
— Sire comte, répondit Antoine de Chabannes avec aigreur, je vous jure , de par ma dame qui est en sa gaîne ! qu'il ne sera fait aucune entreprise contre le connétable , sinon par guerre et armes loyales. A ce compte , je remplirai fort gaillardement mon devoir avec mes gens d'armes et de trait.
— C'est bien parlé, cela! reprit le duc de Bourbon qui avait autant de peine à trouver ses idées que les mots; nul ne pense autre chose: nous voilà donc assemblés pour ne combattre ni le roi, ni son connétable, mais les mauvais qui siègent au conseil ? On les connaîtra quand il sera temps de les punir.
— Par ma gloire ! chacun fasse à sa guise , repartit La Tremoilie inébranlable dans ses projets: je suis venu pour avoir satisfaction de mon ennemi , et si l'aurai !
Cette discussion, qui touchait au vif les croyan-
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ces et les passions de chacun , aurait pu se terminer par la rupture éclatante des parties intéressées et la retraite immédiate du comte de Dunois, indigné à l'idée d'une agression directe contre la couronne, si le comte d'Eu , arrivant de Niort, ne se fût arrêté un moment à Blois pour savoir , par ses yeux , quelles étaient les forces de la ligue des princes , avant de se rendre auprès du roi , et de mettre en œuvre tous les documens qu'il aurait recueillis chez les rebelles. Il jouissait d'avance du résultat des négociations qu'il entamait , sans y être autorisé. Son nom et son blason lui ouvrirent les portes de l'assemblée , où fermentait déjà la discorde : toute apparence de dissentiment s'effaça sur les visages et dans les paroles , en présence du comte d'Eu, qui entra d'un air discret et observateur , mesurant ses pas et ses regards avec circonspection.
— Notre-Dame vous ait en sa sainte garde , mon cousin ! s'écria le comte de Vendôme qui vint à lui et l'embrassa comme un ancien compagnon d'infortune.
— Bien! c'est la Providence qui vous envoie, beau cousin ! bégaya le duc de Bourbon qui l'embrassa aussi; est-ce pas que vous êtes des mécontens?
— Le moyen d'être content du connétable ! reprit La Tremoille , qui toucha la main du comte
d'Eu. Par ma gloire ! mon cousin , que feronsnous de la mauvaise bête?
— Vous venez d'Angers , où est le roi notre sire , beau cousin ? ajouta le bâtard d'Orléans , quelles nouvelles de ce bon sire? A-t-il mandé son connétable et ses gens de guerre ? à Dieu ne plaise ! Bannira -t- il plutôt le connétable et son conseil ? ce serait sage et expédient. S'est-il pas informé de ce que devenait son ami Dunois?
— Par la dame de mon fourreau ! murmura Cbabannes en froissant la garde de son épée dans sa main calleuse , est-on sitôt en voie d'appointement? Messires, ayons ferme insistance en nos desseins; car nombre de braves gens sont en armes pour nous aider , qui périraient de votre abandon , et ce serait pitié !
— Messires et beaux cousins , je ne viens d'où vous présumez, reprit le comte d'Eu d'un ton patelin, mais j'arrive de Niort; je n'ai vu monseigneur le roi, mais notre gentil Dauphin , lequel m'a dépêché devers son honoré père avec de beaux pouvoirs pour faire sa paix et finir ces funestes différends nuisibles à tous.
— Holà! messeigneurs . interrompit le comte de Dampmartin , je ne renonce de la sorte et pour si peu à mes entreprises : si vous me délaissez , je poursuivrai seul cequ'avons commencé ensemble.
— Les intérêts de chacun seront gardés et assu-
l'assemblés de elois. 185
rés , je vous affie , repartit le comte d'Eu avec importance. Par Saint Georges! je ne bouterais la main en quelque accommodement, si j'avais moindre dextérité ; car ce n'est pas petite besogne que de rendre les ennemis amis et satisfaire les uns autant que les autres. Les seigneurs anglais me prenaient volontiers pour juge et négociateur en leurs querelles. Or je vais trouver le bon roi Charles et dresser les articles d'un beau traité.
— Messire, je vous conseille de rester en notre camp , dit La Tremoille , car nous n'accepterons nulles conditions de paix , si le connétable n'en est excepté.
— Mon cousin , ce serait noblement fait à vous que d'empêcher cette guerre civile, ajouta Dunois, en avertissant le roi d'éloigner le connétable.
— Beau cousin , je veux être compris dans le traité que vous ferez, dit Charles de Bourbon en l'attirant à part, pourvu qu'on me baille la place du connétable.
— Dites , s'il vous plaît , à mon très-chrétien seigneur le roi de France , ajouta le comte de Vendôme à demi -voix, qu'il abolisse l'impie et abominable Pragmatique-Sanction, contraire aux privilèges apostoliques et aux volontés divines ; ensuite, nous fêterons la paix par force processions et joyeux Te Deum laudamus.
— Un mot de vrai , comte , dit Antoine de Cha-
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bannes en le retenant par la manche : monseigneur le Dauphin ne peut courir à la fois la paix et la guerre; mais il nous écrivit tantôt qu'il boutait en avant à belles armes , et vous déclarez qu'il convie le roi à la paix! Ce sont manifestes contradictions et double face. Sur ce, je vous prie en toute vérité de dire comme il se démène à Niort, et ce qu'il faut croire de ses lettres ou de ses faits, par l'épée mamie !
— Messire, le gentil Dauphin a fière contenance, répondit le comte d'Eu entortillé dans son intrigue et rouge de se voir serré de si près ; il a muni la ville d'engins, de canons et provisions de traits ; les murailles sont en bon état, les fossés pleins d'eau , les portes closes et la garnison bien ordonnée. Là chaque jour abondent les seigneurs de Poitou qui viennent lui faire hommage et serment ; les bonnes gens vont criant Noè'l quand mondit seigneur passe et les salue en gaussant; on fait des bans par toute la province , et les vilains s'assemblent de grand courage... J'ai ouï conter qu'ils tuaient ou écorchaient les gens de guerre qu'ils rencontrent par les champs. Finalement, je fus rejoint devers Amboise par M. le comte de Pardiac, qui s'en revient à petit train...
— Dégainons, il est l'heure, messires , s'écria Chabannes avec joie ; soyez acertainés que la
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guerre suivra : le Dauphin Louis donne congé à son gouverneur.
Lorsque le comte» d'Eu eut quitté les princes, dans l'intention et l'espérance de les rattacher à la personne du roi, en faisant la paix du Dauphin avec son père , la querelle qui s'était élevée entre les chefs divisés de sentimens et d'intérêts , ne se renouvela pas d'abord , et chacun renferma en soimême son opinion, afin d'éviter un froissement ou un choc blessant pour l'amour-propre. Le duc de Bourbon désirait un arrangement qui le fît connétable; le comte de Vendôme se flattait d'avoir porté le dernier coup à la Pragmatique-Sanction ; le comte de Dunois luttait en silence avec ses remords, et dévorait ses larmes; Georges de La Tremoille était tout entier absorbé dans ses préméditations de vengeance, et Antoine de Ghabannes , par l'énergie de son caractère et de sa résolution, se mettait à la tête de la Praguerie, que déjà les princes du sang ne dirigeaient plus que de nom, quoiqu'ils fussent les premiers compromis. C'est que Chabannes n'avait rien à ménager , n'ayant pas de pardon avantageux à espérer du roi.
Les dépèches venues de tous les points de la France pour demander aux princes la réforme des abus et leur offrir assistance dans leur ligue contre les mauvais conseillers de Charles VII, furent
ouvertes et lues par Chabannes , sans que ses collègues accordassent une attention particulière aux nouvelles qu'on leur mandait : le sire de Chaumont s'était emparé du château de Loches pour le Dauphin ; son parent Antoine Gimaut préparait des courses au Berry , et Archambault de La R.oque , en Touraine ; les capitaines du duc de Bourbon avaient mis garnison à Sancerre et à Saincoins; les châteaux de Corbeil et du Bois de Vincennes, qui étaient aussi dans les mains du duc, allaient inquiéter Paris ; le bâtard de Bourbon annonçait qu'il était en route avec ses Diables; Salazard proposait affaire gens pour le compte des princes ; le Dauphin avait écrit au duc de Bourgogne pour s'excuser de prendre les armes contre son père , et à la noblesse d'Auvergne et du Dauphiné, pour l'appeler sous sa bannière; enfin Jean de La Roche , après avoir raconté en détail les causes du soulèvement des Saintongeois contre les Cottereaux , énumérait au duc de Bourbon la puissance qu'il avait sur les champs , et disait combien le peuple des campagnes avait à cœur la Praguerie , qui était à ses yeux une guerre contre les gens de guerre.
— Par ma bonne dame d'acier ! s'écria le comte de Dampmartin , veut-on nous faire cheoir en roture et vilenie , messeigneurs?
— Je romprais plutôt mon épée de chevalerie !