‹ Les francs-taupins (volume 3)Chapitre 4 sur 27 · ET LE R03IAPÎ HISTORIQUE. IV · texte numérisé non relu

ET LE R03IAPÎ HISTORIQUE. IV

pauvre Belleforêt , tant maltraité dans les biographies, et cet énorme plagiat n'a pas même été découvert depuis plus de deux siècles ! Or , souvenez-vous que Belleforêt a donné la plus belle cosmographie du seizième siècle, et qu'André Duchesne a taillé ses deux petits volumes dans l'étoffe d'un gros in-folio. Malheur à qui ne connaît des livres que le titre !

Un vieux flaireur de bouquins, qui lorgnait un Robert-Etienne , leva la tête et tendit l'oreille à ma brève dissertation sur Belleforêt et Duchesne. C'était une perruque poudrée : telle fut ma première remarque concernant mon voisin, qui braqua son lorgnon sur moi, comme si j'eusse qualité de bouquin, et qui écouta mon entretien, tout en feuilletant le volume qu'il coUationnait avec une distraction inusitée.

— Je ne connais que ma vente, me dit Guillemot qui regrettait son Belleforêt ; vous m'offririez vingt francs, vingt-cinq francs de mon Duchesne, que je ne vous le donnerais pas maintenant. Ces sortes d'ouvrages gagnent tous les jours une nouvelle valeur, et je les vends tout ce que je veux : demandez à L'enfant. Ainsi le titre seul Antiquités est un appât certain sur

XVI L HISTOIRE

lequel on m'achètera le livre sans savoir ce qu'il contient ; il suffit de lire antiquités sur le dos : Antiquités françoises de Fauchet , Trésor des Antiquités gauloises de Borel , Théâtre des Antiquités de Paris par Dubreul. Antiquités , c'est un mot magique !

— Ingrat! m'écriai-je avec la conscience d'un bienfait méconnu , à qui devez-vous ce retour vers les vieux livres, cet amour des vieilles choses? c'est à moi, c'est à ceux qui comme moi ont remis en honneur l'étude des anciens monumens de notre langue et qui ont frappé le rocher pour en faire couler une eau vive. Consultez vos souvenirs, ouvrez les catalogues : il n'y a pas dix ans que l'épicier livrait au poivre et à la cassonade ces admirables in-folio que se dispute aujourd'hui notre jeunesse studieuse , et que nous enlèvent sans cesse les étrangers ; Froissard et Monstrelet seront bientôt introuvables; les Chroniques de Saint-Denis ne coûtent plus quinze francs , mais six cents francs ; la Mer des histoires, les Çhro' niques de Nicole Gilles, celle de Jacques de Guise, de Sébastien Mamerot, et ces curieuses compilations , long-temps décriées et oubliées , dont les exemplaires en vélin avaient seuls quel-

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