ET LE ROMAN HISTORIQUE. XIX
historien , et vous annonciez assez de connaissances pour me sembler digne de l'être.
— Je vous remercie de l'éloge , monsieur , repartis-je décidé à rompre une lance en faveur du roman historique ; mais j'y serais plus sensible , si je n'avais la faiblesse de mettre sur la même ligne l'historien et le romancier. Peut-être donnerais-je la préférence à celui-ci , depuis que Walter Scott, Manzoni, Victor Hugo ont composé Notre-Dame de Paris , les Fiancés et Quentin Durward.
— Quelle hérésie , monsieur ! s'écria l'historien blessé au vif dans sa propre estime ; vous n'oseriez soutenir ce monstrueux paradoxe ?
— Je l'oserais et ne désespérerais pas d'y réussir , si je ne craignais d'être aussi imperturbablement ennuyeux que le père Lebossu dans son Traité du poème épique. Avez-vous jamais lu des romans historiques ?
— Oui et non , monsieur ; j'en ai lu comme des journaux, comme des brochures, comme tout ce qu'on oublie d'une heure à l'autre. Que reste-t-il aujourd'hui des célèbres romans de d'Urfé , de La Calprenède et de Scudery ? c'est à peine si on relit ceux de Voltaire et de Marivaux.
XX L HISTOIRE
On cite beaucoup Tom Jones et Clarisse , on les admire sur parole; les enfans aiment GnUwer, les écoliers Fauhlas, les femmes la Nouvelle Hé- Zo'/^e, les hommes, Gilhlas , voilà tout; Anne Radcliffe est à présent où est madame de Genlis ; j'ai entendu vanter quelque part un M. Paul de Rock qui écrit des gaudrioles : cela est bon pour le peuple le plus gai et le plus léger.
— Je ne défendrai ni M. Paul de Rock, ni madame de Genlis , quoique celle-ci ait publié des romans presque aussi historiques que ses Mémoires, ni Anne Kadcliffe , ni même mademoiselle de Scudery , malgré mon dévouement à la cause des dames ; je ne me ferai pas non plus le panégyriste des romans de mœurs , qui suppléent à la comédie et complètent l'œuvre morale du théâtre. Les romans de Jean-Jacques Rousseau , de Lesage , de Louvet sont d'admirables peintures des vices de l'homme et de la société , de même que les pièces de Molière et de Beaumarchais. La littérature actuelle produit encore des ouvrages du plus haut mérite dans ce genre , et le nom de roman , qu'on avait l'habitude de donner à des élucubrations triviales ou absurdes, mal digérées et plus mal écrites , s'applique aux productions