ET LE ROMAN HISTORIQUE. XXV
que des passions humaines mises en jeu sur une scène plus ou moins vaste ; il suffirait de prendre en main deux ou trois ouvrages anciens et modernes , la moindre chronique de saint ou de ville , la vie du maréchal de Boucicaut, celle de Jeanne d'Arc , celle de Duguesclin , celle de Bayard et tant d'autres histoires qui rivalisent d'intérêt avec les romans les mieux imaginés ; je n'aurais qu'à citer un livre nouveau, qui a déjà toute l'autorité dun vieux, V Histoire de Charles Edouard , véritable roman historique , selon les exigences de l'histoire la plus fidèle , touchant et pathétique récit d'aventures extraordi'naires que n'eussent pas dédaignées Amadis des Gaules ou Palmerin d'Angleterre. Lisez, monsieur, cette excellente histoire , qui plaide si fort en faveur du roman historique; lisez aussi Quentin Durward et tout Walter Scott , qui a raccommodé le public avec l'histoire. Le roman historique, tel que je l'entends , tel que l'entendait Walter Scott , mon maître , est un enfant du dix-neuvième siècle , enfant robuste et vivace , à la naissance duquel n'ont contribué en rien ni mademoiselle de La Force , ni mademoiselle de Lussan , ni madame de Genlis , ni les cotillons littéraires de l'autre siècle : le I ' 3.
XXVI L HISTOIRE
breton Lesconvel, dans ses petits in-douze, intitulés Nouvelles historiques ^ est aussi étranger que Baculard d'Arnaud , le sentimentaliste , à l'origine d'un genre mitoyen de l'histoire. On peut dii'e que le roman historique national existait en germe dans les travaux du marquis de Paulmy, de Legrand d'Aussy et de Lacurne de Sainte-Palaye. Dès lors , Sauvigny , traducteur incolore de Grégoire de Tours et de Sidoine Apollinaire , tenta un essai qui réussit : les Amours de Pierre-le- Long et de Blanche Bazu, Tressan imita et châtra nos romans de chevalerie, qui lui durent pourtant d'être connus. La tendance du goût était si manifeste , que Velly , Villaret et Garnier, dans leur histoire de France , ont taché de mêler à leur rhétorique cette couleur locale puisée dans les contemporains , que les historiens philosophiques travaillaient à effacer de plus en plus
— Ah ! monsieur , quelle histoire que celle des vieux romans de chevalerie ! qu'aurait dit de cette hérésie le père Griffet, auteur du Traité des dif-
férentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de V histoire?
— La lettre tue et l'esprit vivifie , c'est parole