I. Selwân
Il s'agîssait, en réalîté, d'un monument faux, comme j'en ai acquis par la suite la preuve matérielle.
Ce qui avait déterminé l'imposteur à le localiser à Selwân, c'est que, quelques mois auparavant, j'avais découvert à cet endroit, et fait exciser dans le roc, les deux inscriptions hébraïques archaïques dont il a été question plus haut.
Ce beau morceau m'était vraisemblablement destiné.
Mon brusque départ déconcerta Martin Boulos qui chercha d'autres dupes.
Il résulte d'une lettre à moi adressée par le frère Liévin, le 25 février 1872, que la prétendue inscription fit son apparition sur le marché de Jérusalem à peu près vers cette époque.
Des pourparlers furent engagés à son sujet avec M. Mourad Hilpern et M. Shapira, marchands d'antiquités de la Ville sainte. Celui-ci a eu au moins un estampage de Imscription entre les mains.
J'ignore si c'est par Tintermédiaire de ces personnes qu'elle a été vendue, ou
revendue h. celui qui en devint l'acquéreur définitii.
Toujours est-il qu'on réussit à surprendre la bonne foi d'un fort savant et fort galant homme habitant Jérusalem et à lui faire acheter la pierre.
Lorsque je revins en Terre Sainte, en 1874, j'eus tout le loisir d'examiner le monument, et j'en pris une photographie.
Ce ne fut pas sans peine que je par\ins à détromper son possesseur qui croyait fermement à l'authenticité de l'inscription.
En voici la reproduction :
•AA t" ■▼ JITJA AO AO a O
jinpo AZKioAAOAnr
GATKoN AKAIÛO T/IWA:
pAIACAPiAAo>t4j|Alcoi
N" 2. Pausse inscription de Selwân.
C'est un bloc de calcaire très dur (i).
L'inscription se compose de huit lignes de caractèpe^ grecs, peu profondément gravés, dont il est impossible de tirer un sens. A peine peut-on y reconnaître çà et là quelques mots incohérents et d'une orthographe plus que barbare..
C'est probablement cette apparence énigmatique qui piqua la curiosité de l'acquéreur et le fit tomber dans le piège.
Très bon helléniste, il est certain que, mis en présence d'une inscription traduisiblc, telle que la reproduction maladroite de la stèle du Temple, il eût reconnu l'imposture du premier coup d'œil.
Le faussaire s'était, cette fois, fort habilement retranché sur le terrain de Vintraductibilité. Nous verrons tout à l'heure cette tactique employée avec plein succès dans la fabrication des poteries moabites, dont les épigraphes, de pure fantaisie, ont dérouté les plus savants interprètes de l'Al-
I. Appelé en arahc mim' yaîjoiidi^ « miné (sorte de calcaire)/////"».
lemagne et ont par cela môme entraîné leur conviction.
Les caractères de la fausse inscription grecque de Selwân procèdent d'ailleurs, visiblement, comme forme, de ceux de la stèle du Temple. Bien que l'imposteur ait soigneusement évité de reproduire les mêmes mots, il est fatalement retombé dans certaines combinaisons de lettres trahissant le modèle qu'il avait sous les yeux.