‹ Les fraudes archéologiques en Palestine: suivies de quelques monuments phéniciens apocryphesChapitre 17 sur 67 · AGRANDI · texte numérisé non relu

AGRANDI

Le 4 octobre 1874, des Arabes de Jérusalem, dont j'ignore les noms, m'apportèrent, en grand mystère, le moulage d'une prétendue inscription antique. Ce moulage, détail assez amusant, était exécuté en pâte de farine.

Je fis semblant d'y mordre et je leur demandai de me faire voir l'original qu'ils disaient avoir dérobé je ne sais où. Ils arrivèrent chez moi de nuit, en s' entourant de toute espèce de précautions, comme de véritables conspirateurs, et m'exhibèrent solennellement une grande plaque de marbre blanc sur laquelle était gravée, à une échelle gigantesque, le fac-similé ser* vile d'un sicle juif de l'an I, avec sa légende

hébraïque bien connue en caractères archaïques :

Skie d'Israël Sniup Spw;

Rien n'y manque, pas même le vase à pied, dit vase à manne^ qui figure constamment sur Tavers de ce type de sicles, au milieu de la légende circulaire.

Les lettres ne sont pas trop mal imitées.

L'on remarque cependant que le faussaire a oublié de graver le petit trait de gauche de îaUph numérique (an I).

La forme de la plaque de marbre semblait indiquer qu'elle avait servi antérieurement de claveau dans le revêtement d'un arceau arabe. La pierre infectait le pétrole.

Désireux d'avoir ce nouvel échantillon de l'industrie hiérosolymitaine, j'en offris une demi-livre.

Ce prix mesquin fut repoussé avec indignation, et ces honnêtes compagnons se retirèrent avec leur trésor pour chercher quelque amateur plus crédule.

Pourquoi les faussaires avaient-ils jeté leur dévolu sur ce modèle de siclc ? La raison en est aisée à deviner.

Justement à cette époque, l'on venait de faire en Palestine une trouvaille considérable de sicles d'argent entassés dans un vase scellé avec du plomb. Ces sicles avaient été apportés à Jérusalem où ils étaient colportés sous le manteau par crainte des tracasseries de l'autorité turque. J'en avais moi-même acquis un assez grand nombre.

Toujours le même principe, comme Ton voit, qui consiste à s'inspirer d'antiquités authentiques signalées à l'attention par une découverte récente.

FAUSSE STATUE DE l'eMPEREUR HADRIEN

En 1874 je publiai (i) une belle tôte de statue barbue et diadémée, ramassée à quelques pas des Tombeaux des Rois y à Jérusalem, par des ouvriers arabes qui cherchaient des pierres pour une bâtisse.

Je proposai, alors, d'y reconnaître la tête de l'empereur Hadrien, dont la statue figurait autrefois dans le temple de Jupiter Capitolin élevé sur l'emplacement môme du Saint des Saints.

Cette information ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd, et les faussaires ne tardèrent pas à se mettre à l'œuvre sur cette nouvelle donnée.

I. Voir mon rapport du 28 février 1874, inséré dans les Qtiarterly Statetftents du Palestine Exploration Fund. July, 1874, p. 207. J'ai donné au Louvre un moulage de cette tête.

Peu après l'on apportait à un Européen résidant à Jérusalem une tête de statue, de travail sommaire, en calcaire blanc et tendre, qu'on avait soigneusement noircie pour faire croire que la matière était une sorte de basalte. Autour de la tête était gravée l'inscription suivante :

AVSVITVSHASPIANVS(i)

Il n'est pas difficile d'y reconnaître les mots singulièrement estropiés :

AVGVSTVS HADRIANVS

Je ne m'attendais guère, il faut l'avouer, à cette confirmation épigraphique de ma conjecture plus ou moins plausible.

L'auteur de ce beau chef-d'œuvre était encore l'infatigable Martin Boulos déjà nommé.

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