‹ Les fraudes archéologiques en Palestine: suivies de quelques monuments phéniciens apocryphesChapitre 20 sur 67 · Ecrit 1K · texte numérisé non relu

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Je ferai seulement remarquer que le fabricant de ce sceau d'argent, prétendu hébreu archaïque, paraît s'être inspiré des sceaux et bulles médiévales de l'ordre de l'Hôpital, de Jérusalem, dont il a dû avoir sous les yeux quelques spécimens et qui lui ont peut-être suggéré l'idée première de sa supercherie. L'encensoir figuré au centre, la disposition circulaire de la légende, l'étoile substituée à la croix qui, sur les bulles médiévales, en marque le commencement et la fin, sont autant de traits caractéristiques trahissant l'imitation de ce modèle.

FAUSSES LAMPES HÉBRAÏaUES

n est une autre branche d'industrie que les faussaires hiérosolymitains semblent s'être mis à exploiter depuis peu.

Je dis depuis peu, parce qu'en 1880^ il n'en était pas encore question à Jérusalem et que, pendant le séjour que j'ai fait en Palestine à cette époque, il m'en serait certainement tombé quelque produit dans les mains, s'il en eût existé.

C'est la fabrication des lampes en terre cuite.

Les faussaires ont eu l'idée ingénieuse d'imiter ces petites lampes antiques, pour la plupart de l'époque chrétienne, qu'on trouve par centaines à Jérusalem et aux environs. Plusieurs d'entre elles, je parle des vraies, portent des symboles chrétiens

fort curieux : quelques-unes mêmes des inscriptions grecques dont j'ai fait connaître le premier spécimen en 1868 (i).

Ce sont de pieuses eulogies telles que 0COC Xr <I>€NI HACIN, la lumière du Christ brille pour tous; AXXNAPl A KAAA, belles lampes^ etc.. Cette dernière épigraphe a Tavantage de nous donner le nom même de ces lampes, de ces lychnaria, qui servaient probablement aussi bien aux usages profanes qu'aux usages sacrés.

Rien de plus facile que de contrefaire ces petits lychnaria qui étaient estampés dans des moules grossiers. L'on moulait séparément les deux parties, le dessus et le dessous, et on les rajustait ensuite avant la cuisson de l'argile. J'ai découvert et rapporté plusieurs de ces moules antiques usités en Palestine (2). J'ignore si les faus-

1 . Revue de V Instruction publique et Comptes rendus des séances de V Académie des Inscriptions et Belles- Lettres.

2. Voyez notamment le no 58 de la section I du Catalogue sommaire des objets rapportés par M. Clermont-Ganneau (mission de 188 1), dans mon V® rapport au Ministre de l'Instruction publique. (Archives des Missions scientifiques et littéraires.)

saires ont eu l'idée de se servir de surmonlages, ou bien s'ils ont reproduit de toutes pièces certains modèles qu'il leur était on ne peut plus facile de se procurer. Toujours est-il qu'ils ont jeté dans la circulation bon nombre de lychnaria faux, et les ont multipliés à foison grâce au procédé expéditif de l'estampage, renouvelé des anciens.

Bien entendu, pour rendre la supercherie plus lucrative, ils ont agrémenté leurs produits d'inscriptions de fantaisie. Quant ils s'y mettent, ils n'y vont pas de main morte. Des inscriptions grecques chrétiennes comme celles que nous connaissons déjà, c'était pour eux de la petite bière.

Des inscriptions hébraïques, à la bonne heure !

Voici par exemple un petit lychnarion d'argile qui vaut son pesant d'or. Il circule à Jérusalem en plusieurs exemplaires, et je je recommande aux touristes.

Sur la face supérieure, est représenté un palmier, séparant en deux parties un groupe de quatre lettres hébraïques archaïques qui se lisent sans peine : Siviéon,

Le faussaire a tout bonnement copié le type complet du revers d'une desmon-

N<* 10. Lampe de Barcochebas.

naies juives frappées pendant la dernière révolte. C'est la monnaie qui est attribuée couramment par les numismatistes, bien

que cette attribution soit discutable, fameux Barcochebas.

N» II. Lampeà inscription suspecte.

Une lampe au nom du héros juif! Voilà certes une lampe merveilleuse! Malheureusement, ici Aladdin s'appelle probable-

ment Martin Boulos ou Selîm el-Qâri, et c'est à l'histoire des Quarante voleurs que nous avons affaire.

L'on m'annonce de Jérusalem qu'on aurait trouvé dans une caverne près de Hébron, pendant l'été de 1883 , une masse de lampes en terre cuite, de même type, de même style, de même grandeur, portant aussi sur la face supérieure une même inscription, en caractères illisibles d'apparence sémitique. Bien que cette trouvaille me soit très suspecte, je crois devoir suspendre mon jugement jusqu'à plus ample informé.

K° 12. Lampe à inscription suspecte.

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