I. 23 août
par là ; pourquoi il avait cru devoir attendre jusqu'à ce moment pour émettre une opinion qu'il pouvait, s'il l'avait réellement, faire facilement connaître trois semaines plus tôt, et qui eût épargné au public bien des illusions, aux savants bien des discussions.
L'on ne peut que le louer toutefois de s'être enfin décidé à rendre son verdict.
Tout est bien qui finit bien. J'ai vu, pour ma part, avec plaisir que le Dr Gînsburg en était arrivé à être complètement d'accord avec moi sur l'origine matérielle de cette impudente supercherie.
Son rapport reproduit, en eflfet, textuellement, à cet égard, et jusque dans les plus minimes détails, les constatations et les conclusions contenues dans ma lettre au Times.
Le Dr Ginsburg ne fait, du reste, aucune allusion à cette lettre, publiée dans un journal qui lui était cependant familier et où il avait ses grandes et ses petites entrées : il semble en ignorer l'existence.
C'est donner à entendre implicitement
qu'il est parvenu à ce résultat d'une façon tout à fait indépendante.
H ne me reste alors qu'à me féliciter de rheureux hasard qui m'a fait me rencontrer, six jours avant qu'elle ne fût formulée, avec l'opinion d'un juge aussi autorisé. Je n'ai qu'un regret, c'est de m'être trouvé dans Timpossibilité matérielle de rendre hommage à la perspicacité finale de mon savant confrère et de citer dans ma lettre un rapport qui n'existait pas encore le jour où cette lettre était publiée.
Le Dr Ginsburg, après avoir hautement reconnu la fausseté du manuscrit au point de vue matériel, ce qui était l'essentiel, s'attache ensuite à relever une série d'indices plus ou moins suspects tirés du contenu même du texte publié préalablement par lui sans la moindre observation. Que ne lui ont-ils dessillé les yeux plus tôt !
Ce luxe d'argumentations paraîtra superflu après les preuves directes accablantes que j'ai exposées plus haut.
C'est se donner beaucoup de mal pour enfoncer une porte ouverte.
Le faussaire ayant été pris en flagrant délit, la main dans le sac, pour ainsi dire, il est oiseux, au point de vue scientifique, le seul auquel je me sois placé et j'entends me maintenir, de discuter gravement sa force en exégèse. Que nous importe ?
L'essentiel est que le document est faux, radicalement faux. Le reste est aflaire de curiosité.
D'ailleurs, j'avais promis au Dr Ginsburg, pour ne pas lui porter ombrage, de m'abstenir de tout examen du contenu.
Je lui tiendrai parole quand même.
Après la publication, par le Times^ de mes lettres qui, suivant le mot même de VeditoTy avaient « éclaté comme une bombe », et la publication, à un long intervalle, du rapport inopinément défavorable du Dr Ginsburg, la presse anglaise reprit la question avec une grande vivacité.
Certains journaux se plaçant, bien à tort sur le terrain de Tamour-propre national, se mirent à m'attaquer avec une passion, voire même un manque de bonne foi contre lesquels je me vois dans l'obligation de protester, bien qu'il me répugne fort de m'engager dans un semblable débat.
Si l'on s'é tait borné à protéger l'évolution tardive du Dr Ginsburg et à couvrir sa retraite sans me viser, je me serais tu, me contentant de la satisfaction intime d'avoir fait mon devoir.
Mais, pour faciliter ce mouvement, Ton
a cru nécessaire de mettre publiquement en cause ma loyauté.
Je ne puis pas ne pas relever des allégations aussi blessantes, et je me vois forcé de toucher des points délicats que j'aurais préféré laisser de côté.
L'on m'y contraint, je le ferai résolument.
L'on aurait pu croire que l'on me saurait quelque gré d'avoir mis un terme à une mystification si inutilement prolongée. Erreur !
Bon nombre de journaux anglais, qui tenaient pour l'authenticité, commencèrent par accueillir mes premières révélations avec une incrédulité marquée, me reprochant a d'avoir obéi à des idées préconçues ; de m'être prononcé à la légère ; d'avoir joué témérairement ma réputation sur une assertion insuffisamment fondée ; d'avoir été inspiré par un sentiment hostile à une confirmation possible des saintes Ecritures», etc. (i).
I . Daily News et Écho de Liverpooî du 22 août ; Écho de Londres du 23, etc.
Les insinuations malveillantes et même les gros mots ne me furent pas ménagés.
Survient six jours après le rapport du Dr Ginsburg, reproduisant littéralement mes conclusions. Le final oracle a parlé.
Cette fois, la lumière est faite.
Les arguments qui dans ma bouche étaient sans valeur deviennent tout d'un coup sans réplique dans cette bouche plus autorisée.
Je ne gagne, d'ailleurs, rien à ce changement- de front. Ce n'est plus parce que j'ai parlé légèrement qu'on me blâme, c'est maintenant parce que j'ai parlé trop vite, c'est-à-dire trop tôt.
Le Daily News qui, naguère (i), en annonçant ma présence à Londres, prévoyait, ne croyant pas dire si vrai, que la question du manuscrit Shapira allait entrer dans une nouvelle phase avec mon arrivée ; qui, le lendemain de la publication de ma lettre dans le Times, n'en admet-