‹ Les frères Chantemesse (volume 2)Chapitre 19 sur 23 · RÉVOLTE · texte numérisé non relu

RÉVOLTE

Pendant l'entretien auquel on vient d'assister^ de nouveaux personnages s'étaient succédé dans le salon de la marquise : M. de Saint-Florentin^ M. Rouillé^ le marquis de Mirabeau^ M. de Gontaut, tous ceux qu'alarmait ou qu'intéressait une disgrâce imprévue.

Jamais ce salon n'avait présenté une physionomie aussi troublée ; chacun y entrait sans se faire annoncer et en sortait sans prendre congé. On s'y entretenait à demi-voix, dans chaque coin, près de chaque meuble.

Ces conversations avaient cessé brusquement lorsqu'on avait vu sortir M. de Machault du cabinet de la marquise.

M^^ du Hausset s'empressa d'y aller rejoindre sa maltresse.

Elle la trouva atterrée, suffoquée^ prête ft» s'évanouir.

Ses dents claquaient.

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M°^® du Hausset. lui fit prendre, avec beaucoup de peine, de Teau de ûeur d'oranger dans un gobelet d'argent.

Lorsqu'elle fut revenue à elle, la marquise de Pompadour dit à sa fenune de chambre :

— Préparez tout pour notre départ.. • faites avancer mes voitures... dites à mes gens de se tenir prêts... Nous retournons à Paris*

— Quand cela, madame ?

— Dans une heure.

— Vous n'y pensez pas, dit M"° du Hausset effarée.

— Obéissez.

— Qu'est-il arrivé, grand Dieu 1 s'écria la femme de chambre en allant reporter ces ordres aux amis de la marquise, tous anxieux.

Au bout de quelques instants le salon offrit un aspect incroyable : des coffres y étaient traînés, ouverts, rem* plis.

Des laquais allaient et venaient au milieu de la consternation générale. ,

H'^* de Pompadour av^t sévèrement défendu la porte de son cabinet, où elle s'était réfugiée pour dévorer sa honte.

Une seule personne, une femme il est vrai, osa braver cettQ consigne.

— Ouvrez, c'est moi.

C'était la voix de la maréchale de Mirepoix.

Une des plus charmantea figures du règne de Louis XY et de la société de M""^ de Pompadour 1 Toute petite, toute sensée, toute spirituelle I Une miniature 1

Le prince de Ligne, un connaisseur, a t^acé d'elle un portrait en quelques mots : a Elle avait cet esprit enchanteur q^i fournit de quoi plaire à chficun ; vous auriez juré qu'elle n'avait pensé qu'à vous toute sa vie. x)

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La maréchale était sincèrement dévouée à la marquise.

— ûu'est-ce donc que toutes ces malles^ madame? ditelle après qu'on lui eut ouvert ; on ne saurait mettre ici un pied devant l'autre.

— Excusez-moi, madame la maréchale.

— Vos gens prétendent que vous partez?

— C'est la vérité, répondit M"' de Pompadour.

— Vous vous moquez?

— Hélas 1 ma chère amie^ le maître le veut; il vient de me le faire dire il n'y a qu'un instant.

— Par qui?

— Par M. de Machault.

La petite maréchale eut un mouvement de surprise.

— Je le croyais de vos amis, dit-elle.

— Je le croyais également, répliqua la marquise; il s'est tourné du côté de d'Argenson.

— Et qu'est-ce que M. de Machault vous a conseillé de faire, lui, personnellement?

— De partir sans dififérer.

— Il vous trahit, dit vivement la maréchale.

— Croyez-vous?

— Cela est clair pour moi; il veut rester le maître de la situation.

— Je le crois aussi; mais que faire? demanda M™® de Pompadour.

— Ne partez pas, c'est bien simple.

— Désobéir aux ordi'es de Sa Majesté?

— Pas précisément, mais gagner du temps, feindre une indisposition. Quitter la partie en ce moment, ce serait la perdre I

— En effet, dit la marqiiise de Pompadour, reprenant courage à l'énergie de la petite maréchale de Mirepoix.

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— On vous a dit de vous éloigner, on ne vous a pas dit de fuir. Un départ comme le vôtre doit se faire honorablement et non s'improviser. S'il doit avoir lieu^ qu'il ait lieu au grand jour et non dans les ténèbres. Vous avQz droit aux honneurs de la guerre.

— Vous me rendez la vie, ma chère maréchale I s'écria H"^* de Pompadour en lui pressant la main aveg effusion.

— Pendant ce temps-là, le roi^ revenu de sa panique, réfléchira, et finalement vous rappellera. •• avant que vous soyiez partie.

— Le roi? dit la marquise en soupirant.

On aura remarqué que, dans la grande désolation de l|me ^Q Pompadour, il n'était entré qu'une très-mince préoccupation pour le roi. Elle ne s'était inquiétée que de son sort, à elle.

C'est qu'elle savait au juste ce que pesait l'affection de Louis XY, — et que peut-être, de son côté, Louis XY savait à quoi s'en tenir sur la sollicitude de M™* de Pompadour. ' -

— Hélas I dit-elle^ je n'attends pas grand'chose du roi !

— Laissez donc 1 fit la maréchale ; je ne lui donne pas trois jours pour s'apercevoir qu'il lui manque quelqu'un... que ses ministres ne remplaceront pas auprès de lui.

— Hais si précisément ils allaient imaginer de pourvoir à ce remplacement?

— Raison de plus pour rester, répondit la maréchale.

— Et Machault?

— Il aura réfléchi.

— Je ne suis pas convaincue, dit M™' de Pompadour.

— C'est l'histoire éternelle, ma chère; pourquoi ne serait-ce pas l'histoire de demain?

La marquise hésitait encore.

— Résister, cela est grave 1 murmurait-elle.

— Gela serait grave pour un homme, j'en conviens, dit la maréchale; mais pour une jolie femme...

Ce mot de a jolie femme » décida M'"'' de Pompadour.

— Je reste ! dit-elle.

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