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olombe eurent ude vint, car n chantait, en
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ient fixé pour y songeaient ue matin, ils | ge du Jabeur gis Jamais ils n'avaient Autrefois ils À ii pour elle.
tasser leurs 8 pour eux, plus large,
criait, vociférait en répétant avec une naïveté Se obstination enfantine, et pleurant à sanglots, que Mano comme Mamette, qu’elle lui Hors dans les bras — 1
Cependant Manon guérit; elle échappa à L a aus “1 vérole sans qu’il en restât d'autre trace sur son joli visage q
D . , Or 158 , eg e S ]
et de beauté. a joie. Leur ait réveillé:
jouissances S inapaisés :
ur dévoue- US
toutes ses Ë, et main-
Annibal cha
rriait les herb l’on dfnait a
u restaurant a droite sur 1
ute 'escarpolette du jardin, ge lançant très haut pour faire crier d'effroi les frèr * Elle s’endormait 10 quelquefois dans le trai immobile. On la re
et blonde comme les
es et les fleu près que Manon s
anon à porter Même les
petite table auprès de l’ anger avec
se propo ohn Russel] : Za e goût et sa co Le dessin seul lai
edoubler les 6 de Manon.
Mpagne aux it les châles l'ait couru.
ageait, Et ancée toute haut pour ’endormait aman Pion lle, fraîche regard de 1 à porter Même les assez de et qu’elle
cerises.
Bientôt les plats, les vases, les tasses de porcelaine aux dessins
Eébauchés encombrèrent la salle à manger, tous profondément
respectés par le plumeau de maman Pion et admirés sans réserve
| par Annibal. C'était une émotion pour eux de se dire chaque
soir, en chemin, revenant du bureau : 6
— Voyons ce qu'elle aura fait aujourd’hui |
—C’est qu’elle a du talent ! exclamait Scipion.
—Elle obtiendra certainement une récompense au Salon, ajoutait Annibal. Son dessin se perfectionne,
— Cest vrai; elle vous a un coup de crayon ! C’est même 10 surprenant pour une fillette |
—Oh ! elle est artiste !
Et ils se rengorgeuient, se frottaient les mains, les pauvres frères Colombe ; et ils respiraient d’aise, heureux d’une joie profonde, sans mélange, ayant trouvé pour eux le swmmum du 15 bonheur dans l'attachement de tout leur être à cette fillette qui était leur œuvre et qui était devenue maintenant leur unique raison de travailler et de vivre.
Quand ils arrivaient à leur porte, ils écoutaient une seconde avant d'entrer, la face rayonnante si Manon chantonnait, vague- 20 ment inquiets s’ils n’entendaient aucun bruit, Vite on ouvrait. Peut-être Manon était-elle sortie ! Et, on ne sait pas ! tant de choses arrivent. Les rues de Paris ne sont pas sûres pour une fillette, seule....
Mais elle était là, penchée, la tête nn peu sur le côté, très 25 sérieuse, travaillant,
C'était une grande joie. On venait l’embrasser sur le front et l’arracher à son ouvrage. Elle se fatiguait, ses veux étai. 41 rouges, elle se rendrait malade, Voilà que ses joues flambaient. Si c'était la fièvre! Il n’y avait pas de bon sens à travailler 80 comme cela! Elle pouvuit bien se reposer, se distraire, aller, venir. ...
—Oui, comme un ours en cage, répondit un jour Manon un peu triste. Je préfère m'occuper.
RÉ or he
mt qe
—Eh bien ! lis...
— Quoi ? Vous ne voulez pas que —Certes ! une petite lille.
—Je vais sur
5 —Fuis de
Je lise de romans,
°""» COMmença Annibal.
mes dix-sept ang,
la musique, —Cela m'ennuie, . , ; — Pourquoi (
—Je ne sais pas.
Où dîna mal Je soir de cette explication.
Même Manon 10 S'étunt mise à Manger du bout des lèvres, personne n'eut faim, Alors maman Pion fit un COUp d'État,
Si nous allions au Spectacle ? dit-il br
—Oh ! oui, Oui, cria Manon ayée ; allons au théâtre, . . Vous voulez bien, Papa Nibal 9... 15 Annibal hochait Slavement la tête, fit signe à Manon d'aller dans sa chambre, ;]
USquement, subitement ég:
hésitant. Mais Scipion
s'habiller, et, dès qu’elle eut disparu
dit à son frère :
—T& comprends qu'elle ne s'imuse Journée seule, ici. I] faut la distr
20 SOn âge. Si elle al]
guère, enfermée toute Ja aire. On aime les plaisirs à ait s'ennuyer avec nous | — C'est juste, répondit vite Annibal effrayé,
Et l’on mena 40 théâtre Manon triomphante, C’était une féerie qu’on lui Montra ; mais il y même, comme dans les l'Omans :
25 AVEC une Princesse, amours traversées, Contrariées, Et Manon tépignait de rage, montrant le poing au Génie du mal qui séparait constamment les amoureux. Enfin ils se rejoignirent au dernier acte et ils montèrent ensemble SUE Un trône d'or dans
une apothéose. Manon posséd nt une théorie de 39 l'amour.
I] Jui fallut toutes le dans la pièce. Pend
gosier de Manon, et les drôler
4Vait une intrigue tout de
les 1mours d'un jeune Paysan
ait Maintena
qu'elle avait entendues ant huit Jours, le plano Marcha, et aussi Je
qui loucoula toutes les bêtises sentimentaleg ies idiotes dont le refrain devient une obsession,
nas f
” Manon ut faim.
lons au
Scipion
disparu
ute la isirs à
t une put de aysan anon Sépatau dans
8 de
Les frères Colombe y perdaient un peu de leur raison à écouter Manon imitant les chanteuses légères avec une perfection inquiétante, souligner les mots à effet et traîner les vocables amoureux sur des points d'orgue qui n’en finissaient plus.
Ils trouvaient cela charmant et terrible: ils en avaient le cœur 5 retourné, attendri, en même temps qu'une inquiétude les poignait à leur faire mal. Cette Manon qui s’exprimait comme une femme maintenant, leur apparaissait sous un jour nouveau, presque inattendu et cruel. Ces mots d'amour criés passionnément à travers ce ménage chaste et paisible y réveillaient comme un 10 vent d'orage dont le souffle les suffoquuit.
Le soir, quand Manon fut couchée, les frères Colombe se retirèrent dans la chambre sanctuaire du frère aîné pour délibérer sur ce cas ; mais ils furent obligés de se quitter sans s'être rien dit, embarrassés, émus, avec un besoin de se retrouver seuls, 16 chacun avec ses pensées. Et d’un accord tucite ils ne s’en parlèrent point le lendemain, ni les jours suivants: mais un peu de leur gaieté, de leur joie, était partie.
48 LES FRÈRES OOLOMBE,
VIIT
Vers ce même temps, les frères Colombe furent pris d’une recrudescence de folie pour la dépense qui les amena à une catastrophe prévue. Ils avaient fait des dettes, prenant à crédit quand ils étaient au bout de leurs ressources avant la fin du mois.
5 Le ménage ne pouvait plus marcher rien qu'avec les revenus courants. On emprunta sur la vieille maison du Moustiers. Première hypothèque : cinq mille francs,
Quand les dettes furent payées, il y avait un reliquat que l’on
se proposait de conserver pour les besoins futurs. Mais, par 10 précaution, on se partagea la somme, et, chacun d’eux, comptant
sur l’autre, crut pouvoir se laisser aller à quelques acquisitions
jugées indispensables. Ainsi Annibal offrit à Manon une ar-
moire à glace, et Scipion une montre en or. Il y avait une
excuse : c'était pour son anniversaire. Manon entrait dans sa 15 dix-huitième année.
Mais une jeune fille ne pouvait aller vêtue comme une fillette ; les toilettes de Manon furent renouvelées. Quand elle se mcntra, grande et élégante, dans son costume de bourgeoise riche, les frères Colombe s’avouèrent qu’ils lui feraient déshonneur en
a l’escortant dehors dans la simplicité quelque peu paysanne de leur costume habituel. Et un tailleur du boulevard les habilla,
Maintenant Scipion, rasé de frais tous les jours, cravaté de couleur claire, soigneusement peigné pour dissimuler un commencement de calvitie, paraissait rajeuni de dix ans et pouvait
#5 n’en avouer que quarante ; tandis qu’Annibal, demeuré svelte, c'est-à-dire maigre, bien pincé dans sa redingote, la moustache amincie et d’un noir douteux, les cheveux ras, ressemblait à un officier à la retraite, mais encore vert et bien portant. Leur
tenue, même dans la maison, était plus soignée, Annibal en
LES FRÈRES COLOMPE. 49
vareuse élégante, Scipion en veston court et faisant la cuisine sans tablier.
On avait installé des jardinières toujours fleuries dans les quatre coins de la salle à manger tout égayée déjà par les porcelaines coloriées de Manon. Il semblait qu'un printemps eût 5 soufflé tout à coup sur le vieux ménagedes fières Colombe, balayant de sa tiède haleine les toiles grises des années, ces arraignées infatigables. Tout rajeunissait, tout reverdissait ; les vieux meubles se: allaient, chassés par des nouveautés fraîches et gaies ; les tentures fleuries de roses s'accrochaient aux 10 murs ; on marchait sur des tapis. Tout rayonnait au soleil de la beauté blonde de Manon épanouie. D'un geste de son doigt de déesse, elle avait accompli, comme dans la féerie,le changement du décor qui ne lui plaisait plus.
Tant que ces transformations s’'accomplirent, elle fut charmée, 15 occupée, satisfaite ; mais après? Manon revenait toujours à s'ennuyer.
Puis son ennui devint poétique. Elle chanta des morceaux dramatiques terribles qui faisaient fondre en larmes les deux frères bouleversés. Les adieux de Lucie leur crevaient le cœur ; 20 le grand air de Marguerite dans la prison les rendait malades, encore qu'il fût chanté comme par une serinette, Manon manquant des cordes vocales nécessaires à ces grandes exécutions. Mais elle exprimait, et cela suffisait à faire souffrir horriblement les frères Colombe. Ensuite elle voulut déclamer et la maison 95 s'emplit de volumes de vers. Elle apprenait par cœur, dans la iournée, de grandes tirades qu’elle leur débitait le soir, debout dans un angle, avec des gestes faux et des intonations douteuses. Mais jamais Rachel ne fut tant admirée que Manon tragédienne ne le fut par son naïf auditoire. 30
—Elle réussirait partout, murmurait Scip'on. Ah! si on lentendait !
Mais on bourrait le dessous des portes afin que personne n’entendît Manon, afin que nul ne convoitât ce trésor.
En L ecmatrenhnnat te mtiatétmririnttéintititins £a : SEL PADS EM pus ETS Sr
Quand Manon se fut bien divertie à ce jeu, elle s’en dégoûta et, passant à un autre, elle imagina un soir de se faire faire la lecture par Annibal, qui avait une belle voix sonore. Scipion s’offrit vivement, comme jaloux du choix de Manon ; mais elle
5 insista :
—-Non, non, papa Nibal. Maman Pion ne sait pas lire.
Une fierté passa dans le regard d’Annibal et il prit le livre. Manon, renversée dans un fauteuil, jouait avec ses nattes dorées défaites et regardait vaguement en l’air avec un sourire comme
10 si elle voyait passer sur l'écran de clarté mobile que la lampe jetait au plafond une silhouette, une ombre, l’ombre d’un rêve ou d’une réalité entrevue.
Et Annibal, scandant trop le rythme, mais exprimant avec un feu bizarre, lisait ou plutôt déclamait lentement ce charmant
16 sonnet de Leconte de Lisle : Sommeil de Leïlah :
Ni bruit d’aile, ni son d'eaux vives, ni murmures.
La cendre du soleil nage sur l’herbe en fleur,
Et de son bec furtif le bengali sifHeur
Boit, comme un sang doré, le jus des mangues mûres,
20 Dans le verger royal où rougissent les mûres, Sous le ciel clair qui brûle et n’a plus de couleur, Leïlah languissante et rose de chaleur Clôt ses yeux aux longs cils à l’ombre des ramures,
Annibal s’interrompit, ayant perdu la ligne pour avoir jeté un 2% coup d'œil rapide sur Manon qui baissait ses longs cils en souriant toujours.
— Va donc! cria irrespectueusement Scipion, très agacé. Annibal rougit et continua :
Son front ceint de rubis presse son bras charmant ; 30 L’ambre de son pied nu colore doucement
Le treillis emperlé de l'étroite babouche.
Elle rit et sommeille et songe au bien-aimé.
LES FRÈRES COLOMBE. 51 goûta | Ici le livre trembla dans la main du lecteur, lui échappa et sx la | oula par terre. Scipion le ramassa vivement, l’ouvrit et FPI08 1cheva :
s elle Telle qu’un fruit de pourpre ardent et parfumé Qui rafraîchit le cœur en altérant la bouche. 5 livre. us : ER Manon s'était subitement retournée :
mme —Tiens ! maman Pion ! comme vous avez dit cela | ampe —Je sais lire aussi, répondit Scipion rouge jusqu rêve troublé, bouleversé, éperdu, qu’il se leva pour aller tirer les volets qui étaient clos cependant depuis la nuit. 10 avec Mais il ratraîchit son front à l’air une seconde et rentra. mant | Manon avait repris l’etfilochement rêveur de sa natte et son attitude renversée, le nez au plafond. Annibal feuilletait un livre, gravement, sans voir, le front penché, les yeux presque clos. 15 Tout à coup Manon soupira, étendit les bras et balbutia : —Dieu ! que je voudrais aller là-bas !
— Où ça, là-bas ? demanda Scipion.
Elle murmura:
—Là où les bengalis boivent les mangues mûres, 20 —Tu aimerais donc à voyager ?
—Oui. Je voudrais aller bien loin, bien loin, dans quelque dune “# pays où il y aurait. ...
s en — Quoi ?
—Je ne sais pas. 25
Et Manon subitement éclata en sanglots. Les deux frères la regardèrent un instant, effarés, stupides d’étonnement, d’effroi. —Qu'as-tu? murmura Annibal.
Mais Scipion s'était agenouillé près du fauteuil et essayait de prendre la main de Manon qui s’en couvrait le visage. 80 — Voyons, voyons, ma petite Manon, tu n’es donc pas heu-
reuse avec nous ? Qu'est-ce qui te manque? Dis-le. Tu sais que
52 LES FRÈRFS COLOMBE.
nous t’aimons bien. Allons, sois franche. Qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce que tu rêves ?....
—Rien, répondit Manon farouche, se faisant lâcher et se levant.
5 Elle était toute rouge, comme honteuse, et elle se sauva dans sa chambre en pleurant plus fort.
Au bout d’un silence, les frères Colombe se regardèrent, non pas franchement, mais l’œil baissé, demi-oblique. Annibal, embarrassé, demanda :
10 —Qu'a-t-elle ?
Alors Scipion s’enhardit, et, s'approchant, il lui souffla :
—Elle a...., elle a qu’elle veut un mari, voilà.
Annibal avait courbé la tête sans répondre, sans protester : c'était bien sa pensée aussi.
15 Ils restèrent là un moment à respirer fortement, gênés, anxieux, se détournant l’un de l’autre. À la fin Annibal prit son bougeoir et rentra chez lui, se butant un peu aux meubles comme sil n’y voyait pas clair.
Scipion demeurait adossé au mur, perdu dans une rêverie pro-
20 fonde. Tout à coup il se parla bas, avec des gestes, comme pour s’encourager, et, secouant le front d’un air déterminé, il se dirigea à pas muets vers la chambre de son frère. Il ouvrit et s'arrêta. Annibal n’avait pas entendu. La lampe levée près de son visage, il se penchait vers la glace de sa cheminée, et, attentif,
25 immobile, le regard dévoilé, ardent, il s’examinait.
Scipion referma lentement et sans bruit la porte entre-bâillée et rentra se jeter sur son lit, pris d’un désespoir subit, le cœur navré, brisé, les yeux ruisselants.
ester :
ênés, L prit ubles
> pro-
pour rigea ‘rêta.
) son ontif,
illée cœur
Le lendemain, les frères Colombe évitèrent de se parler de l'incident de la soirée précédente. Il n’y fut fait aucune allusion, et même le nom de Manon ne fut pas prononcé. Au reste, ils se parlèrent peu, paraissant enfoncés dans leurs pensées, graves, un peu tristes. 5
De son côté, Manon, muette et pincée, les yeux baissés, mais secs, ne demanda rien. On ne fit ni lecture ni déclamation à partir de ce jour ; les soirées se passaient presque silencieuses dans une gêne qu’on ne dissimulait même pas. Manon dessinait, ou rêvait dans de longues immobilités. Les frères Colombe 10 faisaient semblant de feuilleter un journal ou un livre, ou bien tisonnaient machinalement, brouillant le feu qui s’éteignait. Cependant, si Manon laissait rouler à terre une règle, un crayon, ils l'avaient vu et se précipitaient ensemble,
Le printemps vint, écourtant les veillées ; le malaise se dissi- 16 pait peu à peu. L’instinctive espérance que le renouveau met dans les cœurs allégeait, semblait-il, toutes ces tristesses, chassait tous ces ennuis. On avait repris les promenades du dimanche ; Manon recommençait à sourire, mais d’un sourire inquiétant qui attirait les regards sur elle. Cet appel inconscient de sa jeu- 20 nesse robuste à quelque bonheur espéré, attendu, la rendait séduisante et dangereuse. Dès qu’elle s’arrêtait en chemin, toujours quelque galant s’arrêtait auprès d'elle ou tournait bêtement comme un papillon affolé. Mais les frères Colombe faisaient bonne garde, le visage empreint d’une sourde colère. Sans se 25 parler, ils se comprenaient pour cela, et d’un regard ils s’étaient désigné l'ennemi.
Un dimanche, comme on allait partir, Manon déclara qu’elle était lasse et ne sortirait pas. Elle avait laissé parachever la
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54 LES FRÈRES OOLOMBE,
toilette de ses gardiens et ne se prononça que lorsqu'ils furent près de la porte, coiffés, gantés, attendant que Manon sortît équipée de sa chambre. Elle vint en peignoir et en pantoufles leur apporter sa décision ; mais elle ajouta qu’on lui ferait
5 plaisir d'aller sans elle cueiller des champignons dans les bois de Chaville : elle les adorait, les champignons, et s’en régalerait le soir même.
Elle disait cela de sa plus douce voix, avec son plus charmant sourire, Mais Annibal fronçait les sourcils et Scipion soufflait,
10 très colère. Cependant il fallait répondre.
—-Nous n'avons pas besoin d'aller si loin, et d’aller à deux pour cette besogne, dit enfin Scipion d’un ton bourru. Ki Annibal veut s’en charger, j'aime autant rester, moi aussi.
—Tu sais bien que je ne m’entends pas à chercher cela, moi,
15 répliqua Annibal très sec.
—C'est vrai, ajouta Manon; papa Nibal n’y entend rien. Mais il aidera maman Pion à porter la cueillette. Je veux beaucoup de champignons, beaucoup, beaucoup. ...
—Et toi, que vas-tu faire, toute la journée, seule ainsi ?
22 —Moi? Oh! que vous restiez ou que vous partiez, ce sera même chose: je vais rentrer dans ma chambre et me jeter sur mon lit, jusqu’à ce soir ; je suis lasse,
Cela les décida. Puisqu’on ne devait pas la voir de la journée, autant valait satisfaire son caprice.
25 —Allons, on va t'en chercher, des champignons, grommela Annibal.
Et il poussa Scipion devant lui pour sortir.
Ils avaient l'air véritablement funèbres, les pauvres frères Colombe, en prenant le bateau qui devait les descendre à
80 Meudon. Et c’eût été pitié que de les voir courir les bois, d’une mine toute hourrue, emplissant leurs mouchoirs, Scipion de champignons larges, bruns, que Manon adorait, et Annibal de violettes sans parfum, mais fraîches et gaies avec leurs cœurs d’or
TT
rent ortît ufles erait
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moi,
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