‹ Les frères DondaineChapitre 9 sur 33 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

JOACHIM, puis NICOMÈDE.

JOACHIM, seul. C'est décidé! il faut que je l'arrache aui artifices de cette fille d'Eve !... Je lui ai ditfiu'eile le trompait... je n'en sais rien ! mais il y a toujours viugl-cinq à parier contre un ! et si j'avais )e moindre indice à cet égard...

NicoMÈOE, enlranl mvemenl, un m (ni choir d'une main, une boise à violon de l'avlre. Madame, voilà votre .. [yJ pnri., Tiens, c'est un homme!

JOACHIM. [Monsieur, que demandez-vous, s'il vous pi ait'.'

NICOMÈDE. Moi, monsieur, ne faites pas attention.. {Â parl.)ie ne la vois pas ! [Il enlrc dans la chambre à droite.)

JOACHIM. Il tue semble, monsieur, que lorsqu'on entre chez quelqu'un...

NICOMÈDE, distrait. Oui, monsieur... {.4 part.) J'aurais bien cru que c'était ici !

JOACHIM. Ah ! ça, monsieur !...

NICOMÈDE. Plail-il, monsieur?

JOACHIM. J'ai l'agrément de vous répéter pour la Iroisième fois...

NI» oMÈDi;, reniranl dans In rhnmbre à gauche. V> n'y a pas de mal... Je me serai trompé de porte.

JOACHIM. Vous cherchez quelqu'un ?

MCOMÈDK. Ou j'aurai moulé trop hntit! '

JOACHIM. Je puis peut-être vous indiquer...

NicoMÈDi:. lue jeune daine, au second, au-dessus de l'enire-siil ?

jo.vcHiM. Au second? C'est ici !... il n'y a qu'un appartement parétagf»!

NICOMÈDE. Ah! c'est ici?... et la jeune dame?

JOACHIM. Vous avez à lui parler ?

NICOMÈDE. C'est-à-dire. ..je lui rapporte son mouchoir.

* Nicomède, Joachim.

JOACiMM. Son mouchoir?

MCOMEOE. Toula l'heure, j'arpentais le trottoir, avrc mon violon, quand ce batisie est tombé .-ur ma bolle... je le ramasse, je relevé le nez !... c'était elle !

JOACHIM. FJle ! .qui elle?

NICOMÈDE, à part. J'ai eu tort dédire ça!.. {Haut.) c'était elle qui avait laissé tomber ce monch':ir!

JOACHIM. Il doit ap[)arlenirà Mlle Sophie!

MCOMÈDi;. Sophie!., je crovaisqu'cle se nommait Elisa!

JOACHIM. Vous la connaissez donc ?

NICOMÈDE, à paît. J'ai eu tort de dire ça!.. {H<iul.) Je la connais sans la connaître, pour l'avoir vue un peu à Dieppe.

JOACHIM. Ah ! t'est à Dieppe ? {./parL)C.^ devient palpitant!

NICOMÈDE. J'y suis allé l'été dernier donnT des concerts avec mon violon... Mlle Elisa y tenait le piano !.. car c'est bien FJisa qu'elle se nomme!

JOACHIM. C'esl po-siblcl. ' //)rtr^) Ces fmmeslà changent de noms comme de camisoles !

NICOMÈDE. Après la saison des bains, je suis revenu à Paris, avec mon violon, et je n'espérais pas la revoir de sitôt, lorsque ce tissu délicat...

JOACHIM. Est tombé sur vos bo'le-;!.. c'fst une preuve de souvenir!., un jeune homme à qui on jette un mouchoir...

NICOMÈDE. Vous croycz qu'elle me l'a jeté?

JOACHIM. Et ça ne vous chagrine pas, car vous l'aimez, c'est clair.

NICOMÈDE Je ne sais pas si je dois vous dire ça.

JOACHIM. Dites, n'ayez pas peur '■ ■ { 4 part.) Exploitons celle ilécouverle ! [Haut.) Au conlraire, ça m'amuse, ça me cause une joie extrême !

MCOMÈDE. A vous ?

JOACHIM. Ça vousétonne ?

NICOMÈDE. Un peu ! parce ([n'en la voyant dans cette maison et vous dans son apparlemeiil, il m'était venu l'idée... vous n'éles i as son mari ?

JOACHIM. Non, Dieu merci !..

NICOMÈDE. Ali ! j'en bénis le ciel el la Icrre !

JOACHIM. Ne bénissez personne I

NICOMÈDE. Pourquoi ?

JOACHIM. Je vais vous porter un coup 1

NICOMÈDE

Air : On dit que je s»/.s sans mnlff. Monsieur, expliquez-vous de grâce,

JOACHIM

Devinez I

MCOMÈDE.

Tout mou sar.u se glace.

Sans doute un autre esl son é(ioux ?

Vous ne dites rien !

JOACHIM

Entre nous, I! et vrai ()u*un lien reii;:age, Mais voyez-vous ce mariage S est fait à l'arrondissement Dont le maire est toujours absent !

MCOMÈDE. Au 13"" !.. oh I ça n'e.-( pas vrii I. Dites-moi que ça n'est pas vrai !

JOACHIM. liiin jeune homme !

McoMÈDi; Elle... une jeune personne si blanche !.. voilà donc pourquoi elle se fail appeler So-

phU'... ri le monsieur ?.. son Anglais ?.. l'aime-lel'.e ?

JOAciiiM. Son Anglais ?

MCOMÈni:. C'esl pciil-èire un Russe !

JOAC'.Î'.M. ^i Inii ni l'auMC?

MC.iiMîCtiE. Est il bel liDminc?

JOACHiM. si j't'iais fal, je rcpondials oui!..

MCDiiKiiE. Commenl ?

.ji> ActiiM. Vous ne devinez pas?

.sicuMi:Dii:. (^esl vuu'.

J|)\^■.^|J^I. Vous l'avez dit.

\i;:o .iKDii. Vous êtes donc bien riche?

JOACHni. Ma foi, mon cher, je n'y niels pas d'aniour-proine... j'ai fail pleu\oir l'or, c'est mon or (jiii a plu !

M('.OMi;DE. .AiTreux calembour ! tenez, monsieur, c'est malgré moi, mais j'ai en\i" de vous frapper! il me serait doux devons casser les reins!

jOACum. Bien jeune virtuose!., ce mouvemenl diaiei.'re.ix ne me déidùl pas !.. je vois que vous l'aim z toujours !

MCOMÈut:. Je la liélesle! je la mets au-dessous de zéo !

jOACiiiM. Vous l'adorez , c'est évident !... cl nous pouvons nous arranj:er, car moi je ne l'aime plus.

ivif:oMKDt;. J»^ n'en crois rien !

JOACUIM. Plus du tout!.. !•' temps, l'iiiconslance naturelle... c'est au poiulquesi quelqu'un lui Taisait la cour, je lui volerais dos remercimeiis !

MCOMÉDE. Vous en avez a.ssfz ?

JOACHiM. .Ainsi, nevousgoncz pas, enlevez -la moi, vous me rendrez service... elle en vauî, parbleu! la peine.

mcomkd::. C'est vrai, qu'elle e:i vaut, parbleu! la peine.

jOAC!!iM. Vousaccepiez?

Nico.vîÈDt:. Oh! non !..maisj'ai besoin de lui dire t\<;> horreurs!.. Perni liez-moi seulement de lui dire des iiorreurs !

jOACHiM. Av-cordé!.. elle esl dans sa chambre !... je vous cède la place.

ENSKMBI.E.

AîU : Assez dormir, ma belle.

MCOMIÎDE.

Ce \\cu\ Fanblas m'élotine, Gninienl il l'abandonne, L'ii minois si piqii.int, Sinstuliérc aventure, Lui même il me c )njure, D'être son remplaçan!.

jo vciini.

Oui, je vo:;s l'abaniionne.

Elle est vraiment mignonne, Son air est aj;açant.

Singulière aventure, C'esl moi qui vous conjure, D'èlrc mon remplaçani.

NICOMÈDE

Mon cœur la répudie, >on, ce n'est pas Sophii*, (le n'esl pas r.lisa 1 Ce n'esl ([u'one lillelle.

Kl du nom de lorctlc L'amour la baptisa.

{Joachim sorl.)

LES FRERES DONDAIXE.

SCÈ V.

MCOMÈDE, puisÉLlSA, en femme.

MCOMÈDE. Ah ! je suis dans un étal qui ferait de Il peine à mes ennemis... si j'en avals... Élisa !.. elle a quelqu'un... j'ai lorl de la revoir!., il vaut mieux m'en aller, avec mon violon !.. {J'hausse sor~ lie.) Après ça, ce serait peul-èlre mallionncte de ne pas lui rendre sou mouchoir!., oui!., je veux au moins qu'elle sache que je suis venu... faisons-lui enleiidrc celte mélodie qu'elle aimait tant !.. [Il suri son violon.) Ce sera mes adieux !.. d'élernels adieux!.. // joue quelques mesures de l'air-. Un jour maire curbeau.)

ÉLISA, cJif; an(. C'est vous, M. Mcomède ?.. vous éles seul ?

iMicosiÉDE. Madame, voilà votre mouchoir, adieu !

Éi.i.SA. Comment!., c'est tout ce que vous avez à me dire ?..

MCoMscDE. Tout!., car si j'entamais ce chapitre!.. .Madame, voilà voire mouchoir, adieu ! [Il lui rend son mouchoir.)

ÉLISA. ivi. Mcomède?

MCOMÈDE. Ne me retenez pas?

ELLS.v. Voilà comme vous éles heureux de me revoir?

MCOMÈDE. J'en suis désolé!., j'en pleure !.. voyez! j'ai des perles sur le? joues ! [Il lui r, prend le mouchoir el s'essuie les yeux.)

ÈLis.x. C'est aimable!

MCOMÈDE. Ah ! pourquoi êtes vous venue à Paris ?

ÉLISA. Esl-c là ce qui vous tourmente ?

MCOMÈDE. Qu'esl-cc que vous y faites?., quel sort vous préparez-vous?

ÉLISA. Oh! soyez tranquille ! je ne suis pas embarrassée, j'ai des re.-sources !

MCOMÈDE. Vous appelez ça des ressources!

ÊLiSA. On en a toujours avec du talent !... et depuis que je vous ai vu, j'ai fait des progrès.

MCOMÈDE. Oh! oui!... d'cfl'rayans !... et vous comptez l;!-dessus, Sophie?

ÉLISA. Sophie?

MCiMÈuE. Elisa, soit! vous comptez là-dessus, infortunée ?... C'est donc It une existence !... c'est donc la un exemple à laisser à vos cnfans... quand vous en aurez !...

ÉLISA. Mon Dieu 1 vous éles bien sévère pour un coop de léte !

NicoMÈDE. Un coup de léle!... Mais, femme imprudenle, il peut vous planlei la d'un jour à l'autre !..

ÉLISA. Me planter la ?

MCOMÈDE. C'esl son projet! . il veut vousquiller?

ÉLISA. Oui ça ?

MCOMÈDE. Lui!... Il élail là tout à l'heure, et j'ai tout appris de sa vilaine bouche!

ÉLISA. Quelqu'un (jue je connais ?

MCOMEDE. L'autre!... le vieux !... Et c'est pour de l'or que vous avez consenti ?... Ah ! celle liée me révolutionne... je sens mes arlèresqui font toc, loc! Tenez, c'est honteux à dire ; mais j'ai en\ie de vous frapper !

ÉLISA. Ah! ça, Nicomède, parlez-vous sérieusement ?.. dois-je rire ou me fâcher ?

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