‹ Les frères Le Chevallier d'AigneauxChapitre 3 sur 5 · P IV · texte numérisé non relu

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Le XVI* siècle était vraiment un siècle heureux pour les poètes et surtout pour les poètes-traducteurs. Épris de l'antiquité , les lecteurs, en voyant les chefs-d'œuvre grecs et latins habillés à la française! leur trouvaient une grâce nouvelle; aussi, pleins de reconnaissance pour les « translateurs » , non-seulement ils ne leur ménageaient pas les éloges , mais encore ils se contentaient souvent d'un mot à mot rimé, ou de la paraphrase prolixe qui leur était servie. Les poètes traducteurs, ou, pour parler plus justement, les traducteurs « en rime françoise *, sûrs du bon accueil qui attendait leur version, si faible qu'elle ^ fût, ne se donnaient aucune peine. Les uns, comme

f Octavien de Saint-Gelais , prêtant à l'auteur qu'ils tra-

duisent leurs propres idées, commentent et souvent travestissent celles du poète; les autres, comme Hugues Salel et Remy Belleau, se piquent d'être exacts, et pour arriver à l'exactitude , se traînent péniblement sur les pas de leur' modèle, sans s'inquiéter si leur prétendue version française n'est pas trop souvent plate ou inintelligible.

C'est dans cette seconde classe de traducteurs qu'il faut ranger les frères d'Aigneaux.

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lit se gardent bien d'allonger leur auteur, et poursuivent, non sans succès, l'exactitude et la fidélité. Mais cette exactitude, cette fidélité, i quel prix l'ont-fls presque toujours obtenue t

Sainte-Beuve a dit avec raison que la langue dans laquelle écrivaient Ronsard et ses disciples est devenue pour nous une espèce de langue morte » et que nous ne sommes guère bons juges de ce que pouvaient être, par rapport à elle, l'incorrection ou l'élégance. Bien de plus juste , assurément ; toutefois on peut ajouter qu'il y a tel passage et telle expression dans les poètes du XVI* siècle qui, sans conteste , ont été , sont et seront toujours détestables. Il serait faoile de s'égayer aux dépens des frères d'Àigneaax. J'ai eu le courage de lire toutes leurs œuvres , poussé par ce patriotisme un peu étroit , je le confesse , qu'on appelle l'amour du clocher : j'avais bonne envie de trouver leurs vers sans défaut; mais il faudrait être aveugle pour laisser passer sans protestation des vers comme ceux-ci , que j'ai notés au passage :

D'aise en poussent leurs sons aux célestes planchers Les hauts monts non tondus.

Ipsi lœtitia voce$ ad sidéra jactant Intonsi montes»

( Virg., V« Ed., 61 et 62. )

Pu (le taureau) de rude feuillage, ou bien de pointu jonc,

Frondibus hirsutis et cariée pastus acuta.

(Géorg. t lll, 230.)

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LE CHEVALLIER d'AIGNEAUX. 13

Secrette une gelée abat en ces desastres Tous les membres (TEnée.

Extemplo Mneœ solvuntur frigore mernbra.

(/En. t I, 91.)

Pallas

Le saisit ( Ajax) par l'effort d'un tourbillon tortu Et le fiche brûlant contre vn rocher pointu.

Tllum exspirantem transfixo pectore flammas Turbine corripuit scopuloque infiocit acuto.

(/En., I, A3 et M.)

De sa barbe (d'Hector) lé poil de crasse estoit souillé , Le poil de ses cbeueux colé de sang caillé.

Squalentem barbam f et concretos sanguine crines.

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