CHAPITRE III
L’influence du pajs natal sur les Le Nain. — La Picardie et Laon au xvne siècle. — Paysans et vignerons. — Tableaux religieux peints à Laon. — Portraits, scènes de la vie bourgeoi'se. — Scènes de la vie rurale : la Forge, le Repas de paysans, les Bénédicités, types et personnages rustiques.
Il n’est pas douteux pour nous que les frères Le Nain, — nous parlons surtout ici des deux aînés — n’aient profondément subi, dans leur observation un peu étroite et dans leurs conceptions sincères et naïves, l’influence de leur ville natale et de leur province. Peintres de terroir, ce nom leur convient bien. Ils ont pris autour d’eux les éléments du monde réel dont ils nous ont donné Timage, laissant à leurs œuvres un caractère tout local, et n’y ajoutant guère de ces détails étrangers, par lesquels des artistes inventifs aiment à agrandir un sujet, et à faire preuve de leur imagination.
La région qui a donné le jour aux frères Le Nain, Laonnois ou Yermandois, était foncièrement française, touchant à la Picardie et s’y rattachant, et appartenant primitivement à l’Ile-de-France. Laon était, d’autre part, une ville bien spéciale ; très ancienne par l’ori-
gine, bâtie sur une hauteur qui domine une plaine étendue, elle avait joué de bonne heure un rôle historique.
Elle avait été cité royale et seigneuriale, puis elle était devenue une commune ; tout en se modifiant suivant ses nouvelles conditions d’existence, elle avait, avant tout, conservé une physionomie féodale et militaire.
Lorsqu’on arrive à Laon aujourd’hui, on voit se détacher, sur la colline élevée, sur la (( montagne » que la ville occupe, sa cathédrale dressant le grêle profil de ses tours découpées et comme ajourées. On gravit lentement la hauteur par un escalier dont les degrés s'échelonnent à travers des champs et des jardins en terrasse. Tout indique au voyageur, qui parvient peu à peu jusqu'aux esplanades des fortifications, qu’il va se trouver dans une cité escarpée et isolée. La vue, d’en haut, est fort belle, mais du côté où se tournent d’abord les yeux, le pays est uni et j)lat, et l’on n’aperçoit, à une certaine distance, que de lointains horizons boisés.
Au xvm siècle, l’abord de Laon était encore jdIus difficile ; la situation delà ville ajoutait à son isolement. Gardée par une imposante citadelle, enveloppée de son enceinte, elle avait des communications assez restreintes avec ses environs. Peu de villages, peu de fermes dans la campagne. Çà et la des masures, des huttes, des abris en planches, pour renfermer les outils. Il s’y ren-
contrait beaucoup de ruines, ce qui n’était pas extraordinaire aux alentours d’une place forte, souvent exposée à des sièges.
Les frères Le Nain étaient nés dans un quartier ecclésiastique et bourgeois. Nous savons par une des pièces que nous avons citées, l’acte de donation et de partage consenti par Ysaac Le Nain à ses enfants, que celui-ci possédait à Laon une maison rue des Prêtres (i). Nous avons aussi le texte d’un bail de cette maison, conservé dans les Archives départementales de l’Aisne. On peut encore retrouver cette liabitation dont l’aspect a évidemment changé, depuis deux siècles. Elle s’élev ait, àpeu de distance de la cathédrale, dans une de ces rues qui se prolongent au milieu de Laon. On suivait, presque en face, une ruelle où l’on entrait en passant sous une voûte ; on remarque encore, dans la ville, de ces arcades pittoresques, enjamhant la rue entre deux maisons. Fermée le soir par une porte, sorte de défense intérieure, qui contribuait à la sécurité du clergé, cette ruelle portait le nom de : Radie à la Vaulte (2). On arrivait au cloître, après avoir défilé entre de grandes murailles dénudées, qui donnaient à ce passage un air solitaire et presque abandonné. Les nombreux chanoines du chapitre de la cathédrale occupaient tous
(1) Aujourd’hui, rue Sainte-Geneviève, n°s 4 et 6 (Champfleury, Documents positifs). Cette maison a l’apparence encore ancienne. Elle semble avoir formé autrefois deux corps de logis, deux bâtiments séparés.
(2) Aujourd’hui rue Fourrier.
une maison claustrale, avec cour et jardin. La rue des Prêtres, voisine de ce centre religieux, méritait bien son nom ; elle était surtout habitée par des prêtres desservants. Une ruelle conduisait, au midi, à la petite église Sainte-Benoîte, paroisse de la famille Le Nain. On descendait près des maisons qui touchaient aux remparts, et l’on pouvait sortir de la ville par la porte d’Ardon, quand on voulait gagner la campagne.
Si ce quartier était bien clos et peu animé, c’est que tout s’y trouA^ait subordonné au cloître. Il avait pour prolongement d’autres rues pauA^es et populaires, oii vivaient ceux qui se logeaient dans les dernières maisons de la ville. Les voisins de nos peintres ne représentaient pas un monde très riche ni très actif ; les Le Nain durent être frappés, dès l’enfance, de leur caractère sérieux et concentré.
Les maisons étaient basses, et n’aAment pour la plupart qu’un étage ; les salles du rez-de-chaussée s’étendaient au-dessous du niveau de la rue. Les intérieurs étaient ceux d’une Aulle entourée de vignobles, et où le vin donnait lieu au principal négoce. Pour enfermer le produit de la vendange, chaque habitation contenait quelques pièces qui se confondaient avec celles qui étaient habitables, et qui formaient souvent un sous-sol, conduisant à un caveau. Partout des celliers en contre-bas, des couloirs et des entrées de caves, parfois très profondes et qui se développaient librement dans le sol de la (( montagne ». Les escaliers étaient
voûtés et peu éclairés, comme s’ils menaient à des allées souterraines. La vie, dans chaque logis, était reléguée au fond de quelque salle unique.
Aujourd’hui encore, on retrouve aux environs de la maison où les Le Nain ont demeuré, quelques détails qui reportent l’esprit vers le passé. Dans la (( Ruelle à la Vaulte )) et dans d’autres rues, on entrevoit des cours pavées, des galeries de hois dressées en plein air, des fenêtres à grilles, qui ressemblent à des soupiraux de caves, qui reçoivent le jour et le répandent dans des pièces allongées et surbaissées. A côté du puits qui donne l’eau aux habitants, on découvre, au fond de quelque jardin en retrait, l’escabeau, le banc qui fait tant de fois l’office de table dans les compositions de nos peintres.
On peut s’étonner de relever à Laon ces détails ; mais dans cette ville resserrée et haut perchée, les choses ont peu changé, comme dans certaines places fortes (i). On a envie de chercher de même, aux environs, des particularités qui répondent à celles que nous avons remarquées dans la ville. On pourrait croire, d’une manière générale, que la largeur des horizons ne contribuait pas à donner aux Le Nain des sensations rustiques, très diverses ni multiples. Ils voyaient
(i) Nous avons entendu résonner le soir, dans les ruelles de Laon, la llùte et le flageolet dont se plaisent à jouer les paysans des Le Nain. C’est un goût musical qui s’est conservé, et que l’on comprend, dans une ville où la vie est demeurée, malgré tout, très retirée, surtout en hiver.
s’étendre sous leurs yeux une admirable perspective où tout se confondait, où les détails ne se détachaient guère, où l’on ne pouvait surprendre que par hasard le mouvement et l’agitation de la vie. Sur une des pentes de la colline, presque aux portes de Laon, quelques habitations forment un hameau, un faubourg distinct, les Creuttes. Là, comme le nom l’indique, des grottes et des caveaux sont creusés dans le roc et le sable, sur l’emplacement d’une ancienne carrière. Les maisonnettes, qui ont été bâties autrefois en cet endroit, assez pauvres, étaient à moitié faites de pierres ou de torchis, et avaient une partie de leurs pièces cachées sous la roche. On y voit encore des étables souterraines, des hangars intérieurs, des corps de bâtiment, formant saillie au dehors et pénétrant dans le sol. Le hameau ne s’est guère embelli de nos jours, et l’on peut encore y retrouver, après deux siècles, des logis entourés de clôtures et de palissades, que dépassent à peine quelques arbustes rabougris. Tout semble avoir servi, en cet endroit, d’objet d’études aux Le Nain. Le fond de paysage qu’on voit dans leurs tableaux, est celui qui se déroule autour de ces fermes. On voit jouer, dans les jardinets et le long des haies, ces enfants de paysans qu’ils aimaient à peindre, étalant au grand air leurs cheveux blondasses et ébouriffés (i).
(i) Voir surtout, dans leur œuvre, le Voleur pris (sujet gravé) et le Retour de la Fenaison au Musée du Louvre. Le site, avec ses masures, semble rendu, d’après l’endroit que nous avons décrit. Nous parlons ici
Portrait présumé d’un des Le Nain Musée du Puy.
Le Laonnois était autrefois rielie en vignobles ; quand on regarde les vieux plans des environs de Laon, ee ne sont partout que des vignes. Les ceps grimpaient sur chaque versant de la hauteur où est située la ville. Ces vignobles ont disparu, à la suite d’un lent refroidissement de la température. Le jardinage s’est développé, de toutes parts, dans les champs en terrasse et sur les terrains accidentés.
Les bourgeois de la ville, presque tous petits propriétaires, vendangeaient leurs a ignés, faisaient leur vin et le vendaient eux-mêmes. Le père de nos peintres aimait sans doute à faire valoir une partie de ses terres ; il s’associait avec ses fermiers et ses métayers ; il était quelque peu marchand après la récolte. Dans l’acte de partage de ses biens, nous voyons qu’il avait dans sa cave jusqu’à 17 pièces de vin. Lorsque ses enfants allaient avec lui à la campagne, lorsqu’ils se rendaient à la Campignolle, ils devaient prendre plaisir à observer certains détails de la vie rurale, certains types de paysans au travail. Ils devaient aimer à considérer le caractère de certaines scènes. Ils avaient assisté à des dîners rustiques où la table était dressée sur quelque tonne abandonnée. Des villageois avaient murmuré devant eux les paroles d’un bénédicité. Ils avaient
des Creultes de Saint- Vincent, qui font partie, pour ainsi dire, de la ville. Un autre hameau, portant le même nom, formé aussi d’habitations creusées dans d’anciennes carrières, s’élève près d’une localité que les Le Nain ont beaucoup fréquentée, Mons en-Laonnois.
contemplé le paisible groupement des membres d’une famille, au seuil d’une ferme ou près du manteau de la haute cheminée. Ils s’étaient arrêtés souvent à l’ombre du hangar qui servait de refuge, à la porte de la remise qui abritait les charrettes, et de l'étable qui cachait sous son toit les bêtes d’un troupeau.
Dans les ruelles de la ville, voisines de leur quartier, ils retrouvaient le même spectacle, le tableau de la vie ouvrière de cette époque, quelque dentellière à demi paysanne, tenant près d’elle son carreau, quelque vieille filant sa quenouillée de chanvre, pour renouveler le linge du ménage. Ils voyaient les pauvres gens boire, gorgée par gorgée, le vin du pays. Chaque tableau semble le prouver, les personnages que les frères Le Nain ont représentés, sont, pour la plupart, des vignerons. On ne les voit point participer aux grands travaux des champs, au labour, aux semailles, à la moisson. Les tonneaux ont partout leur place dans le mobilier de la ferme. Le type du vigneron est d’ailleurs bien reconnaissable. Dans ses attitudes, dans son maintien, il se ressent du travail auquel il se livre. Il a le dos voûté, comme s’il se penchait encore au milieu de sa vigne. Tout indique son métier, jusqu’à ses habitudes les plus vulgaires ; il tient à la main ou auprès de lui un flacon, une gourde, un verre ; ce geste naturel lui est familier presque à tout propos. Il y a, dans l’œuvre des Le Nain, un tableau dont nous reparlerons plus loin qui a été gravé par Le Bas et qui repré-
sente des accords de mariage dans une famille rustique. Le fiancé fait sa cour, en tenant un verre de vin, il va boire sans doute à la santé de sa promise. C’est un détail tout particulier, mais qui, se répétant de tableau en tableau, devient bientôt significatif.
Les Le Nain venaient, sans doute, souvent dans leur ville natale, qui n'était guère éloignée de Paris. Ils retrouvaient dans leur pays les types qu’ils aimaient à reproduire ; après avoir exécuté maintes compositions de commande, ils reprenaient instinctivement leurs sujets préférés, leurs naïves bambochades ; ils se retrempaient dans l’étude de la nature.
Ils peignirent à Laon, au début, quelques tableaux religieux ; ils devaient se faire connaître, et ils furent probablement soutenus par leurs voisins les chanoines. Les Le Nain avaient fait pour l’église Sainte-Benoîte, leur paroisse, le (( tableau du maître autel », nous tenons ce détail de Claude L’Eleu, qui a omis toutefois de nous dire quel était le sujet représenté dans cette peinture. Nous savons encore par le meme historiographe que les frères Le Nain exercèrent leur pinceau pour d’autres églises : ils avaient exécuté, pour Saint- Bémy-à-la-place, une Cène, placée dans la chapelle du Saint-Sacrement, et pour les Cordeliers un Martyre de saint Crépin et saint Crépinien. Dom Grenier, ajoutant ce détail aux notes qui lui avaient été fournies par Claude L’Eleu, nous fait savoir que ces tableaux avaient été offerts par des confréries de la
ville (i). Il ne nous est pas permis de dire si les Le Nain avaient peint ces compositions sur toile ou s’ils avaient exécuté des peintures murales. Ces œuvres n’existent plus, les églises qu’elles décoraient ont été détruites ; c’étaient des édifices religieux de second ordre, des sanctuaires populaires. Une maison, assez modeste, renfermant un atelier d’ouvrier, s’élève aujourd’hui sur l’emplacement de Sainte-Benoîte.
Les frères Le Nain peignirent aussi à Laon des portraits. Ils pouvaient suivre leur genre et leur spécialité, dans cette ville où ils étaient bien connus. Ils représentèrent, sans doute, quelques bourgeois, quelques gentilshommes et hobereaux du voisinage, peut-être même des membres du clergé. Le type de ces portraits nous paraît être, dans la note légère et aisée, celui qui a été acquis par le musée de Laon, et qui nous montre un jeune homme de dix-neuf ans (3). Ce personnage au maintien sérieux, à l’air distingué, porte un pourpoint jaune clair, boutonné, orné de broderies et d’aiguillettes, et qui laisse passer vers le bas une dentelle. Ses cheveux châtains et bouclés retombent sur une collerette à pointes, serrée à l’aide d’un cordon où pendent des glands. C’est le costume qu’on portait vers la fin du règne de Louis XIII et sous la régence d’Anne d’Autriche. Nous n’avons pas à nous demander ici ce
(1) Voir, à l’Appendice cet extrait de dom Grenier.
(2) On lit sur la toile : Ætatis suæ 19.
que sont devenus tous les portraits exécutés par les trois Le Nain, à Laon ou à Paris. On peut certainement en retrouver, un jour ou Lautre, aux environs de leur ville natale.
Les Le Nain composèrent aussi, en s’inspirant du milieu laonnois, quelques-unes de ces scènes d’intérieurs, où ils plaçaient des personnages, plutôt bourgeois que paysans et àoni\Q Bénédicité, que nous avons décrit et qui appartient à M. Eugène Hamot, ainsi qu’un des petits tableaux du Musée du Louvre, nous offrent les plus parfaits modèles. C’étaient surtout des scènes de famille, des compositions intimes qu’ils retraçaient dans ces toiles, dont ils prenaient les détails autour d’eux, et parfois même dans le logis paternel. On est, en effet, porté à croire que les jeunes personnages qu’on voit réunis pour réciter une prière ou pour jouer aux cartes ne sont autres que leurs neveux, ceuxlà même dont nous avons parlé, à propos des contrats de donation de Mathieu Le Nain. Dans le tableau intitulé Portraits dans un intérieur, on pourrait voir aussi deux des filles de Nicolas Le Nain, dont nous retrouvons les noms cités dans différents actes (i). Nicolas lui-même pourrait être présent dans cette composition. N’oublions pas que le commis greffier, devenu sergent royal et établi à Laon, se chargeait des affaires de ses frères, et représentait leurs intérêts; il dressait
(i) Voir, à l’Appendice.
les baux, touchait les fermages et visitait les fermiers .
Mais nous devons chercher, avant tout, l’influence du pays natal dans les scènes rustiques que nos peintres ont représentées tant de fois. Il nous faut entrer ici au cœur de leur œuvre. La vie rurale qui leur a fourni leurs sujets de prédilection, a été reproduite par eux dans des toiles d’un caractère et d’une vérité inestimables. Sans doute les frères Le Nain ne songeaient en peignant ces sujets villageois, qu’à traiter des tableaux de genre ; mais ils avaient conservé une impression si exacte et si profonde des types qu’ils avaient vus, que le cadre où ils plaçaient leurs compositions a été bientôt dépassé. Chacune de leurs toiles a gardé, grâce à cette observation scrupuleuse et fidèle, l’empreinte d’une existence toute spéciale.
Le monde rustique que les Le Nain ont représenté leur appartient bien en propre. C’est dans un milieu peu relevé, assez pauvre et assez misérable qu’ils ont recueilli leurs figures principales. Ils voyaient la vie de campagne se détacher sur un fond d’une extrême simplicité ; elle était plus étroite et plus immobile encore, à travers les anciennes divisions provinciales. Les habitants de chaque village se trouvaient éloignés les uns des autres, et le paysan très sédentaire vivait surtout chez lui. Les fêtes avaient, la plupart du temps, un caractère mesquin ; les lieux de réunion étaient j)eu nombreux ; il n’y avait guère de cabarets que dans des
centres d’une certaine importance. On ne rencontrait pas, en Picardie, la guinguette en rase campagne, si fréquente dans le Nord et qu’ont reproduite les peintres flamands aussi bien que Watteau.
La vie rurale, telle qu’elle se présentait au temps des Le Nain, n’avait rien de commun avec celle dont nous retrouvons l’image dans les opéras comiques du xvni® siècle. C’est surtout sur les faits et les aspeets de la vie usuelle et domestique que devait porter leur étude.
La Forge, du Musée du Louvre, est une de leurs compositions les plus caractéristiques. C’est la première œuvre des Le Nain que notre galerie nationale ait possédée. Cette peinture a traversé le cabinet du duc de Choiseul; elle fut gravée, avec les tableaux les plus importants qui composaient cette célèbre collection. Elle appartint ensuite au prinee de Conti, et fut yendue, en 1777, pour 2460 livres. C’est un tableau qui a été reclierclié, et dont on peut reconstituer l’iiistoire.
Les frères Le Nain ont représenté la forge, qu’on rencontre à l’entrée des villages et des petites villes, la forge dont les clients les plus assidus sont les paysans qui viennent y amener leurs bêtes, ou qui y font raccommoder les ferrures de leurs charrois. Le maréchal est à l’œuvre, entouré de sa famille ; il tient une barre de fer qu’il fait chauffer, et qu’il posera bientôt sur l’enclume. Serré dans sa veste de laine rouge qui
So
s’entrebâille près du cou, il est absorbé par son travail et lève les yeux tout en s’écartant légèrement pour éviter la chaleur du feu. Un jeune garçon fait aller le soufflet de la forge ; d’autres enfants semblent faire leur apprentissage du regard. Une femme, déjà âgée, se tient debout, les mains croisées. Un autre personnage, le père de famille, qui ne peut plus être qu’un faible auxiliaire pour son fds le maréchal, se repose sur un escabeau, l’air grave et paisible. Il tient d’une main une gourde recouverte d’osier. Altéré par la chaleur de la forge, fatigué peut-être par le travail auquel il vient de prêter son aide, il s’est versé un verre de vin, d’une couleur pâle, vin ou piquette, suffisant à peine pour lui rendre un peu de force. Ces personnages donnent par leurs physionomies sérieuses, par leurs attitudes compassées, l’impression d’une sorte de résignation instinctive. Ils semblent vivre dans l’habitude prolongée d’un silence lourd et profond, laissant aller leurs pensées, tandis que le soufflet de la forge jette, dans un va-et-vient égal, son ronflement monotone.
Cette famille de forgerons garde au visage l’empreinte des lassitudes de chaque jour et de l’asservissement à ce dur métier. Le labeur de la forge exige un bras robuste, et par moments des efforts presque surhumains. On croirait que les personnages de ce tableau se plaignent intérieurement de la besogne à laquelle ils sont obligés de se livrer, pour gagner leur pain quotidien.
Cüciic lirauii, Cienifiil cl
La F ORGE.
Musée du Louvre.
Le reflet du feu de la forge anime les physionomies et jette dans cet intérieur d’ouvrier pauvre, dans cet atelier aux murs lézardés, des notes vivantes, des tonalités vigoureuses. L’étude de l’effet de lumière a atténué les maladresses propres au pinceau des Le Nain ; la Aubration rougeâtre et dorée, qui se répand largement dans chaque partie de la composition, aide au groupement des figures qui se détachaient les unes des autres et s’isolaient. Une lueur rouge tombe sur un coin de l’enclume; une sorte d’irradiation, plus intense ça et l'a, court sur les vêtements des personnages, et rejaillit sur quelques ferrailles accrochées au hasard. 11 est bien évident, pour nous, que ce tableau représente avant tout un effet. Au xvn*" siècle, cette toile était appréciée pour ses qualités d’exécution, et on ne lui demandait rien de plus. La vérité, qui s’y montrait, était faite pour saisir les yeux. On recherchait alors ce genre de sujets ; plus d’un peintre classique, suiA^ant le goût du moment, s’était ingénié, même dans des tableaux religieux, à rendre avec justesse, la lumière et la flamme. Nous sommes tenté de percer l’énigme que nous présente le travail de nos peintres, et de croire que Louis Le Nain, ditle Romain, aurait été l’auteur de cette toile. 11 aurait songé à imiter quelques-unes des dernières recherches de l’Ecole italienne, recherches auxquelles des artistes hollandais et flamands s’étaient tant de fois associés. Cette peinture ne représentait pas les dehors de la forge, les chevaux
Yalabrègue. 6
OU les mulets attachés sous l’auvent, pendant que leur maître attend la fin de la besogne du maréchal ferrant. C’était l’intérieur du forgeron, sa famille, sa vie ; cette composition, expressive et intime, relevée par un effet de clair obscur, était à tous les points de vue, un véritable chef-d’œuvre (i).
Un autre tableau rustique, qui appelle aussi une appréciation détaillée, est le Repas de paysans, de la galerie Lacaze. « Ce tableau, un des plus singuliers des Le Nain, dit Champfleury, fut exposé en 1860, au Boulevard des Italiens, au milieu des maîtres galants du xvin® siècle, Watteau, Pater, Lancret, Boucher, Gillot, Le Moine, etc. Cette peinture faisait une triste figure, je l’avoue, au milieu de toutes ces sensualités élégantes. Qu’on s’imagine, au milieu de courtisans habillés de soie une bande de charbonniers qui sont tombés dans la farine. . . (2). » Ne nous arrêtons pas davantage à ce récit qui n’est pas dépourvu d’exagération. Nous retrouvons aujourd’hui le Repas de paysans dans le même entourage d’œuvres gracieuses et brillantes. C’est une antithèse qui se prolonge, et il faut constater que cette peinture, dans sa rudesse un peu fruste, dans sa brusquerie de coloration, n’est pas affaiblie par de séduisants A^oisinages.
Les couleurs, au premier abord, semblent ternes et
(1) Voyez la description de ce tableau dans le Catalogue du Cabinet du duc de Clioiseul, 1772.,. « Le tout est éclairé par la lumière du feu, qui produit un effet étonnant. La belle touche de ce tableau et la naïveté de toutes les figures a toujours plu aux amateurs. »
(2) Les frères Le Nain, p. 55.
effacées ; elles ont pâli, en effet. Cette tristesse de la coloration donne aux personnages un aspect mélancolique, une physionomie souffreteuse et presque navrante. Un épisode, qui montre un côté douloureux de la vie des champs, se déroule dans cet humble intérieur. Une famille de villageois est réunie près d’un banc qui sert de table, non loin de la haute cheminée. Ue maître du logis a près de lui un pauvre homme aux pieds nus, aux vêtements en loques, qui a pris place sur un eseabeau. De l’autre côté est assis sur une planche un personnage, vêtu de bure, qui ne paraît pas moins misérable. Le paysan charitable, qui a laissé entrer chez lui ces hôtes de hasard, Auent de couper le pain, et il tient à la main un verre rempli de vin, qu’il offre au plus vieux des deux mendiants. Celui-ci, gardant une contenance timide, osant à peine lever les yeux, pauvre vraiment honteux, a posé son chapeau sur ses genoux ; il joint ses mains sur son tablier de cuir, et semble avant d’accepter, murmurer lentement une prière. L’autre pauvre a déjà en mains son verre qu’il vide d’un trait, pressé de réparer ses forces. Le vin, en effet, a rendu un peu de couleur à sa joue. La femme du paysan, en corsage rouge brique, debout près de la cheminée, paraît prise, elle aussi, d’un profond sentiment de commisération. Pendant ce temps, un jeune homme, aux cheveux emmêlés, joue du violon ; un petit garçon, pieds nus, se tient en arrière. Un autre enfant se montre près du foyer, et vient, curieusement et sans bruit, se mêler à la scène.
On ne saurait dire que le paysan compatissant soit beaucoup plus riche que les malheureux qu’il a accueillis. C’est à peine si dans sa maison un lit à colonnes, à pentes de serge, indique un peu d’aisance. Sa table, hélas ! est frugale. Qu’olFre-t-il ? Un morceau de pain et un peu de vin. On n’aperçoit pas d’autres mets sur la nappe. N’imjiorte ; il a rempli son devoir, en recevant cordialement ceux qui venaient lui demander de les secourir. Le sentiment de pitié que ce villageois éprouve se traduit simplement, sans qu’il adresse une question aux mendiants qu’il a admis dans son logis. Il a soulagé leur faim et leur soif, puis tout est fini. Les paysans sont charitables d’instinct et sans y mettre tant de façons. N’y a-t-il pas chez eux une sorte d’égalité qui rapproche, même en dépit de la misère, puisque nous voyons, après tout, si peu de différence entre celui qui possède quelque chose et celui qui n’a rien. Ne doit-on pas, d’autre part, remarquer aux champs, un penchant naturel pour la solidarité ? Qui sait si celui qui s’estime aujourd’hui heureux ne sera pas appauvri demain. Tout peut lui manquer, au moment où il s’y attend le moins. Le sens philosophique de cette composition se dégage clairement, et il a été bien compris, à en juger par le titre que ce tableau portait primitivement dans la collection Lacaze, titre qui évoque tout entier une idée de bon accueil et d’hospitalité (i).
(i) Le Fermier bienfaisant. Ce tableau est décrit en ces termes, dans le Catalogue de l’Exposition où il figurait en 1860, catalogue rédigé par
Dans quelques autres toiles, les frères Le Nain ont plus spécialement retracé des bénédicités. Nous avons signalé précédemment un de ces tableaux, le plus important peut-être ; nous pouvons en décrire d’autres où nous retrouvons des gens de la campagne, instinctivement pieux, et qui n’omettent pas de mêler la prière au repas. La représentation de cet acte de piété intime est assez fréquente chez les graveurs du début du xvii® siècle, nous l’avons constaté dans une autre notice, à propos d’Abrabam Bosse, contemporain des frères Le Nain(i). Empruntons la description de la prière aux champs à l’un de nos anciens poètes. Le sieur de Pibrac, l’auteur des Quatrains, esprit fervent et grand moraliste, a dépeint dans une de ses œuvres, les Plaisirs de la vie rustique, les principales occupations d’un ménage villageois. Il nous montre la paysanne remerciant Dieu :
Ayant ainsi prié, des deux mains elle coupe
Des tranches de pain bis pour en faire la souppe...
Puis prend le pot en main, le rince de claire eau,
Par un degré tremblant dévale en son caveau.
D’un muid presc[ue failli, qui à peine dégoutte,
Enfin son petit pot elle emplit goutte à goutte.
Philippe Biirty : « Un fermier offre des verres de vin à deux hommes en habits misérables, dont l’un semble réciter mentalement une prière ; à gauche, une paysanne debout; adroite, un petit garçon, la tête et les pieds nus. Près d’un lit à pentes de serge verte et derrière le fermier un jeune garçon qui accorde son violon, tandis qu’un autre s’appuie au manteau de la cheminée. .)
(i) Abraham Bosse. Les Artistes célébrés. Librairie de l’Art, 1892.
Hastive s’en rêva là-haut, où sur un aiz De ce sobre disner dresse l’unique mets,
Le charge sur son chef, et courant d’allégresse,
Va trouver son mari que la faim desja presse.
Ne croiriez-Yous pas avoir sous les yeux un tableau des frères Le Nain ? Le style lui-même est rude, heurté, compassé comme le coloris de nos peintres. Pibrac nous présente plus loin la villageoise économe de ses instants, et se mettant à fder :
Elle, chiche du temps, met aux flancs sa quenouille.
Et remouillant ses doigts, achève son fuseau.
Ou dévide au rouet un entier escheveau.
Nous pouvons revoir cette ménagère, cette fileuse dans quelques tableaux où elle se trouve fidèlement représentée.
La voici, par exemple, armée de sa quenouille, dans une composition que nous connaissons seulement par une gravure (i). Un vieillard à barbe blanche, enveloppé dans un manteau troué, et serrant entre ses jambes son bâton ferré, dit lentement la prière. C’est encore quelque mendiant, quelque loqueteux, tout heureux d’être hébergé dans un ménage de braves gens. La fermière murmure avec lui le bénédicité, tandis qu’un jeune garçon, qui s’était déjà emparé d’une cruche pleine de vin, la pose sur son genou. Dans le fond une
(i) Sujet gravé par Elisabeth Cousinet, sous ce titre : Le Bénédicité flamand.
LES FRÈRES LE NAIN 8j
petite fille, attendant que le vieux ait terminé, se tient en contemplation devant les flammes du foyer.
Ce type de ménagère reparaît encore dans un petit tableau qui appartient au musée de Nancy. Autour de riiumble table, sont réunis, au seuil d’une ferme, une femme, sa fille aînée et deux petits garçons ; un des enfants, le plus jeune tient pieusement ses mains jointes, en récitant la prière, l’autre placé au centre, l’air attentif, les cheveux épars et tombant en longues mèches, se prépare à couper du pain. La sœur aînée, immobile au bout de la labié, tient de la main droite une cruche degrés, posée sur la nappe. La scène n’offre d’autre incident que la prière ; il n’y figure aucun personnage étranger. Malgré l’absence du père de famille, on a sous les yeux un ménage rustique dans son existence ordinaire. On ne saurait dire qu’il y règne une grande pauvreté, mais on y sent une vie étroite et passive. Tous les actes journaliers y prennent un air de placidité docile et soumise.
Les frères Le Nain ont peint fréquemment des repas, caractérisés presque toujours par l’extrême frugalité des mets, et par la manière dont la table est improvisée à l’aide d’un banc, d’un tonneau ou d’un cuveau qui supportent une planche. Il semble que n’importe quel morceau de bois, grossier et mal équarri, est bon au paysan, pour poser devant lui, même sans nappe, son dîner ou son goûter. Parmi les tableaux que le Louvre possède, il en est un d’une valeur très secondaire et bien infé-
rieur à celui que nous venons de décrire, qui nous montre de nouveau une famille rustique à table. Nous ne prendrons pas garde, nous attachant avant tout au sujet, au style un peu mince, un peu négligé, que nous apercevons dans ce Repas villageois. Il semble bien apparent, d’ailleurs, que le tableau a subi des retouches au XVIII® siècle ; les visages des personnages ont reçu une expression conforme au goût de l’époque. Un paysan est assis devant une écuelle de terre rouge ; il tient sa cuiller d'une main et va goûter la soupe. La fermière donne la part qui lui revient à une jeune fille qui se tient debout, comme sa mère. Une autre fillette, que l’appétit n’excite point encore, fait de la dentelle aux fuseaux. Un autre personnage survient, enveloppé <i’un manteau et se tenant près de son âne. Dans le fond, un villageois sort par une porte entre-bâillée ; des ustensiles de ménage sont posés çà et là, à terre. C’est un •tableau d’une composition facile, et dont l’ensemble dénote pourtant une certaine bonhomie. Nous avons seulement sous les yeux un déjeuner en plein air, au dehors d'une grange. Point de scène ici ; des figures, des objets, des accessoires de nature morte traités avec vigueur. Dégagez la composition des changements qui y ont été apportés, vous aurez sous les yeux une page sobre, sinon brillante, de la vie aux champs.
Il est facile, en résumé, de suivre, dans chacune de leurs occupations, les personnages que nos peintres ont représentés. Les scènes qu’ils ont retracées forment
Gollccüon Lacaze, Musée du Louvre.
un petit cycle rustique, qui se développe autour du logis. La ménagère allaite son enfant, ou l’endort près du feu ; elle file, on la voit traire ses chèvres, porter des fruits, dresser la table. Le mari la retrouve à l’ouvrage, quand il rentre le soir; il est fatigué du traA^ail, et va s’asseoir sur un escabeau ou sur un banc; parfois il charme ses loisirs en jouant du flageolet.
Le cercle, en général, ne s’étend guère; quelques Amisins, quelques parents, viennent se mêler à la réunion de famille. Voici des Aalets de ferme, de jeunes pâtres qui mènent les bestiaux à l’abreuvoir. On voit apparaître quelques types de villageois de tous les âges, groupés dans une cour de ferme, avec leurs chiens et leurs volatiles. Ces compositions nous offrent une échappée paisible sur un côté du monde champêtre.
Par moments, quelques épisodes nouveaux se joignent encore aux scènes que les Le Nain ont composées. Ils ont tiré profit des circonstances dont ils ont été témoins, et qui venaient faire diversion à l’existence quotidienne. Regardez, par exemple, un des tableaux du musée de Laon, les Accords de mariage. H y a là, près du tabellion et des parents, une jeune fiancée, et son amoureux, qui n’est plus un gauche paysan et dont la mise est presque celle d’un bourgeois. Nous n’avons plus en face de nous des campagnards appauvris et fatigués ; on se sent, malgré l’apparence un peu simple de la scène, dans une atmosphère moins étouffée que d’habitude.
Parmi les personnages des Le Nain, les jeunes femmes devaient être saerifiées ; elles se trouvent, en effet, presque toujours reléguées au second plan. Dans la famille rustique, ce sont les enfants qui ont eu le privilège de fixer plus spécialement l’attention de nos peintres.
Les enfants leur ont inspiré quelques-unes de leurs meilleures toiles. On reconnaît ces petits villageois, à Toeil vif, aux libres allures, qu’on rencontre allant par bandes, au bord des chemins ou près des fermes, qui courent dans les terrains en friche, et qu’on voit jouer en désordre près des meules de blé et des tas de paille.
Garçons et petites filles, tous se ressentent de la négligence que donne la pauvreté. Ils vont pieds nus ou portent des souliers troués. Il est rare que les garçons soient coiffés d’un petit chapeau ; à peine ont-ils quelquefois un bonnet de loutre, une toque ou une calotte. Les petites filles n’ont pas toujours la tête enveloppée d’un bonnet ou d’un fichu. Les jupons et les corsages de ces petites paysannes, sont déchirés et rapiécés, comme les vestes de leurs frères ; on voit même apparaître le corset ou la chemise.
Ces enfants sont timides de leur nature ; ils se regardent avec embarras les uns les autres, avant de se décider à prendre part à un jeu. Ce sont de vrais enfants de paysans qui s’amusent en dedans sans laisser voir aucune gaîté vive ni folâtre. Ils sont quelque peu vagabonds, mais paraissent dociles, et ont déjà
des lialDitudes sérieuses. Ils suivent les moutons à la fontaine : ils harcellent les volatiles qui s'ébattent. Ils dénichent des oiseaux ; une baguette à la main, ils se tiennent prêts à punir le chat qui a forcé la porte d'une cage, et menacent le voleur de se livrer sur lui à une exécution sommaire (i).
On danse à tout propos aux champs : c'est un plaisir naturel, et qui ne conte rien. Pour ces enfants, la danse est aussi un délassement de tous les instants. Les parents les aident à se divertir, s’amusant euxmêmes : le père ou le frère aîné leur joue l'air de musique qui les entraîne. \ous connaissons deux tableaux conservés dans des collections anglaises : le Flùtear de village, au duc de Sutherland, et la Danse d’enfants, à la comtesse de Lonsdale. Nous avons là, deux petits chefs-d œuvre, deux scènes pénétrantes, tant elles sont intimes et familiales. Les enfants écoutent gra- A'ement, sans faire un geste ni un mouvement, ou bien ils se mettent en branle et battent du pied le parquet. Pendant ce temps, les vieilles gens les suivent des yeux, et se sentent regaillardir. Le grand-père pourra prendre une goutte de vin : la grand’mère, qui joint les mains, recueille ses souvenirs, et contemple la mère qui berce sans ennui son nourrison roulé dans une couverture de laine (2).
(1) Le Voleur pris, gravé par Elluin.
(2) A oir la scène cTintérieur du musée de Laon, cataloguée sous ce titre : Repas de famille.
Où aurait été la gaîté de la ferme, si ces enfants ne s’y étaient point trouvés ? Ils méritaient bien, par leur obéissance, par leur attitude recueillie, qu’on leur fît entendre un air de danse. Le vigneron laonnois jouait volontiers du flageolet. Cet instrument modeste et sur lequel il est facile de s’exercer, semblait fait pour résonner dans les intérieurs étroits et voûtés. Le musicien improvisé mettait dans son jeu tant de sentiment, qu’il répandait une ardeur communicative, un contentement profond, parmi tous ceux qui se laissaient bercer par cette douce et lente harmonie.
Collection de M'"» la comtesse de Lonsdale, à Lowther Castle.