‹ Les frères Le NainChapitre 11 sur 26 · DESSINS · texte numérisé non relu

DESSINS

Le Musée du Louvre possède, dans sa riche collection de dessins, un dessin lavé sur crayon, de Le Nain, représentant deux femmes assises. Ce dessin n'a pas besoin d'être signé. Dessiné d'une façon simple et modeste , il est réellement d'un Le Nain.

C'est le seul dessin de Le Nain que je connaisse.

Même par le catalogue des œuvres des trois frères, passées en vente publique de 1755 à 1845, on verra combien sont rares les crayons de ces maîtres; ils dessinaient peu, ils ont beaucoup peint. Je ne m'arrêterais pas sur le dessin du Louvre , si je ne l'avais fait graver dans une intention particulière , à cause du costume des deux femmes. Frappé à la vue des poteries émaillées en vert qui se trouvent au premier plan d'un des Intérieurs de ferme de Le Nain de la Galerie Française au Louvre, je me suis dit que les Le Nain avaient dû voyager ou résider dans le midi de la France. Il est rare que les poteries d'Avignon , de Montpellier et d'Arles aient circulé dans le Nord. Les études que j'ai faites de la céramique populaire et mes voyages dans différentes parties de la France

m'ont confirmé dans ces. idées; il a fallu l'élan donné de nos jours à l'étude de la faïence pour amener certains échantillons précieux des fabriques marseillaises dans les collections; mais la poterie grossière ne s'est guère répandue dans un rayon de plus de vingt lieues.

Quoique les peintres aient été de tout temps enthousiastes des curiosités , les Le Nain n'étaient pas des gens à sacrifier au pittoresque et à placer des pots de forme bizarre pour appeler l'attention du public. S'ils ont peint des terrailles du Midi , c'est qu'ils les avaient sous les yeux , qu'ils se trouvaient dans un pays où ils ne retrouvaient pas les écuelles du Nord : et comme ils dessinaient ce qui frappait leurs yeux , ne peuton pas expliquer ainsi leur séjour ou leur passage dans le Midi ?

Le dessin du Louvre confirme ces idées. Les deux femmes assises ont de certaines coiffes qui rappellent les coiffes jetées sur le derrière de la tête des femmes des campagnes autour d'Arles et de Nîmes. Les bonnets des femmes du centre de la France et particulièrement de la Picardie ont été inventés pour préserver la tête du froid ; jamais ne se voient ces légères coiffes ainsi jetées sur l'arrière du crâne; au contraire, ils entourent la figure, la protègent par de grandes ruches ajustées à la calotte de l'étoffe. Ces bonnets particuliers, ces poteries ne suffisent-ils pas à prouver que les Le Nain ont travaillé, séjourné et peut-être ont fini leurs jours dans le Midi?

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