NOTRE-DAME DES ANGES
"R T OTRE-Dame des Anges n'était plus qu'une 1 ^ ruine. Les Anglais en avaient enlevé ce qui leur avait plu. Des colons s'y étaient ensuite installés, puis les Pères Jésuites, à leur ietour en Canada s'y étaient abrités aussi bien que possible jusqu'au jour où ils eurent réparé leur propre maison. Enfin un abandon presque complet pendant près de quarante ans n'avait pas peu contribué à hâter son délabrement. Tout était à refaire. Les Récollets se mirent aussitôt à l'œuvre, et d'abord ils se construisirent en six semaines une maison en plan-
ches où ils purent célébrer les saints mystères. (( M. L'Evêque de Pétrée nous fit l'honneur d'y célébrer la première messe le jour de nostre Père Séraphique S. François, quatrième d'octobre. La croix y fut plantée au concours de tout ce qu'il y avait de plus considérable à Québec, avec les cérémonies ordinaires, au bruit du canon et de la mousquéterie, rien n'ayant manqué pour rendre cette action des plus solennelles. » (I)
Encouragés par cette première marque de bienveillance, les fils du Pauvre d'Assise pensèrent à relever aussitôt leur ancien couvent de Notre-Dame des Anges. On se mit au travail, les uns préparant les matériaux, d'autres déblayant le terrain, Le nouveau couvent devait s'élever à peu près sur l'emplacement de l'ancien. La première pierre en fut posée le 22 juin 1671 par l'intendant Talon. L'église,, dans laquelle le célèbre Frère Luc promena son pinceau et qu'il orna de quelques-uns de ses ouvrages fut achevée en 1673. Mgr de LavaLen
(1) Leclercq. — 1er Btabliss. de la foi, vol II, P- 93-
fit la bénédiction solennelle en présence de M. de Frontenac, arrivé de l'année précédente. A cette occasion, le Supérieur des Jésuites fut invité à prêcher dans le sanctuaire re.s auré de Notre-Dame des Anges. « Le R. P. Dablon, supérieur des Jésuites, honora cette cérémonie d'un très beau sermon. On fit en même temps la dédicace de l'église des Révérends Pères Jésuites et la solennité de la canonisation de S. François de Borgia a laquelle le Révérend P. Eustache, supérieur des Récollets, eut l'honneur de prescher avec applaudissement (l). » Le vieux couvent des Récollets était lui aussi sorti de ses ruines, mais il ne fut vraiment terminé que vers 1680, après que Frontenac y eut à ses dépens fait ajouter une aile.
Une des plus belles fleurs du parterre canadien vint s'épanouir dans ce sanctuaire à peine restauré. En septembre 1678, un enfant de Ste-Anne de Beaupré, Claude Pelletier, fils de Georges Pelletier et de Catherine Vannier y embrassa la vie austère des Frères Mineurs.
(1) Lcclcrcq. — 1er Etablis*, de Li foi, vol. n,
Il est le premier canadien entré dans l'Ordre franciscain à Québec, en qualité de frère convers. Novice fervent et saint religieux, il em-
Vrai portrait du très religieux Frère Didace, Récollet
bauma Notre-Dame des Anges du parfum de ses vertus. L'obéissance l'envoya ensuite travailler à plusieurs fondations faites par les Récollets à cette époque. Le Frère étant très ha-
bile, se rendit très utile en sa qualité de menuisier, et c'est en travaillant à la construction de l'église conventuelle aux Trois-Rivières qu'il tomba malade et mourut saintement dans le Seigneur, un samedi, comme il l'avait désiré, le 21 Février 1699. « A la mort du Frère Didace, il n'y eut qu'une voix pour glorifier le pauvre Frère et lui donner le plus beau titre que l'on puisse donner à un homme, le nom de saint. Les fouies accouraient en pèlerinage à son tombeau. Les habitants des Trois-Rivières le regardaient comme leur sauveur, les malades lui demandaient leur guérison, comme autrefois ceux de la Judée qui venaient des villes et des villages auprès de Jésus. Ils sentaient qu'une vertu sortait de son tombeau et ces effluves de la puissance divine étaient le remède dont tous attendaient pleins d'espérance, la santé et la vie. Les prêtres, les supérieurs ecclésiastiques même, se faisaient un devoir de se recommander à ses prières et de lui confier leurs besoins les plus pressants (l). » Mgr de
(1) Hist. des Ursulines des Trois-Rivières, vol. 1, p. 209 et s.
St-Vallier lui-même fit un pèlerinage au tombeau du Récollet et témoigna ensuite avoir été guéri d'une fièvre lente et ((fort opiniâtre», (( à la fin d'une neuvaine que je crus être obligé de faire dans le lieu de son tombeau . . . c'est le témoignage que je dois à la vérité et que je rends bien volontiers pour lui marquer ma reconnaissance et augmenter dans tous les cœurs la confiance qu'on a à ce saint Frère Récollet, dont je voudrais bien qu'on imitât les vertus... )) (l) Sur son ordre un grand nombre de prodiges opérés par le Frère Didace ont été rédigés en procès- verbaux par son grand Vicaire, M. Glandelet. (2) (( Il est certain qu'à cette époque l'on prévit que tôt ou tard on porterait à Rome la cause de la béatification du vertueux Frère Didace. Voilà pourquoi l'Evêque fit colliger tous les documents qui pourraient être utiles. Cependant l'affaire en resta là, et le silence se fit sur le Frère Didace jusqu'à l'époque actuelle,
(i) Mandements des Bvêq. d? Québec. — ière série, vol. i, p. 487.
(2) Le Séminaire de Québec possède une copie très-ancienne de ces actes.
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Fac-similé d'une ordonnance de Mgr de Saint-Vallier au
sujet des prodiges opérés par le F. Didace (Archives du Séminaire de Québec)
où l'on voit revivre une confiance extraordinaire dans la puissance auprès de Dieu de son excellent serviteur. Il n'est guère possible de ne pas remarquer, dans cette espèce de résurrection, la main de la Providence, qui s'est réservée son heure pour faire éclater devant tout l'univers les vertus d'un humble Frère du Canada, en attendant le jour si désiré, où elle lui accordera une place d'honneur sur les autels de l'Eglise » (i;.
( i ) Serviteurs et servantes de Dieu en Canada, — N.-E. Dionne, p. 169 et s.