LE (( COUVENT DU CHATEAU
T^ evexus dans leur monastère, les Récollets *^ ne restèrent pas oisifs. L'ardeur avec laquelle ils avaient souhaité leur retour n'avait pas d'autre but que de leur permettre de reprendre leurs travaux apostoliques en ce pays, de partager les peines et les fatigues des ouvriers du Seigneur, dont le nombre était loin de suffire à l'immense tâche qui s'imposait, et de contribuer ainsi à l'extension du règne de Dieu par une plus grande diffusion de l'Evangile. Aussi acceptèrent-ils avec joie et ferveur les missions qu'il plut à l'Evèque de leur confier ; et tandis que les uns luttaient au loin pour la cause de Dieu, les autres travaillaient
au même but à Notre-Dame des Anges, en se dévouant aux besoins de la population de Québec par le ministère de la parole et de la confession.
Cependant les Récollets s'aperçurent de jour eu jour davantage que leur monastère était trop éloigné de la ville ; que le peuple, désireux de profiter de leur ministère, ne pouvait qu'avec peine se rendre jusqu'à Notre-Dame des Anges et que c'était à eux à se mettre à la portée des âmes. Ils s'en ouvrirent aux autorités. Le roi de France leur concéda en 1681 le terrain de la Sénéchaussée, compris entre les rues St-Louis, Des Jardins et Ste-Anne. L'Evêque donna son approbation pour l'emplacement. Cette fondation éprouva bien des vicissitudes ; elle commença par un petit bâtiment de soixante-quatre pieds de long et de dix-huit de large, en bois, reposant sur des fondations en pierre. On l'appelait communément le « couvent du château. » Il comprenait une petite chapelle, trois petites chambres, un réfectoire et une cuisine. Les choses restèrent à peu près dans cet état jusqu'en 1692.
Depuis quelque temps, Mgr de St-Vallier, poussé par sa charité envers les pauvres et les infirmes, cherchait à fonder une maison de re-
Mgr de Saint-Vallier
fuge pour ses privilégiés. Notre-Dame des Anges lui plaisant beaucoup par ^:i situation agréable, il proposa aux Récollets «de réunir les deux maisons des dits Pères on une seule
pour la plus grande commodité du public, en échangeant leur couvent de Notre-Dame pour en faire l'Hôpital Général qu'il a plu à sa Majesté d'établir par ses lettres patentes, en cette ville, et transportant et mettant la communauté du dit couvent en leur hospice, sis à la haute ville, au bout de la Place d'Armes, vis-à-vis du château, qui serait et demeurerait changé à l'avenir en un couvent régulier où ils feraient toutes leurs fonctions et exercices comme ils font dans tous leurs couvents de la Province de Paris. . . (I). »
L'échange fut accepté de part et d'autre. Le contrat passé à cette fin donne de Notre-Dame des Anges une description complète qu'il faut reproduire ici. Frontenac, en sa qualité de syndic apostolique des Récollets, cède à Mgr de St-Vallier le terrain, puis « les bâtiments du dit couvent, consistant en une église, avec une chapelle et sacristie derrière l'autel et chapitre, un chœur au-dessus, un cloître en carré long composé de sept et huit arcades de chaque côté,
(i) Contrat d'abandon de N.-D. des Anges à Mgr de St-Vallier, Genaple, notaire.
dont l'un des dits côtés (au sud) est le long de la dite église, le deuxième est sous partie et le long d'un dortoir bâti en pierre contenant \mgt-quatre cellules, sous lequel sont les dépense, cuisine, réfectoire et vestibule et les caves au dessous et pardessus un grenier de toute la longueur ; le troisième des dits côtés du dit cloître est le long d'un bâtiment de colombages qui consiste en chambre et office et que mon dit Seigneur le comte de Frontenac a fait bâtir, lequel a été appelé à ce sujet le bâtiment de Mle comte, et le quatrième côté (au nord-est) est une simple allée de cloître sans bâtiment. » Tel était le couvent que les Récollets allaient quitter et dont ils ne devaient emporter que (des meubles et ustensiles ci-après: comme tableaux, armoires, pupitres du réfectoire et du cireur, deux tables du dit réfectoire, les grabats et tables des chambres, les chaises, le balustre de la chapelle, les bancs du chapitre et le dessus de la chaire de la dite église )) (l).
En retour de cette cession de Xotre-Dame
( i ) Contrat d'abandon de Notre-Dame dos Anges.
des Anges, Mgr de St-Vallier s'engageait à payer aux Récollets douze cents livres destinées à l'achat d'un (( terrain près de cette ville, sur le bord de l'eau (pour leur chaloupe qu'ils ont à voiturer leurs provisions) où il leur permet de bâtir et établir un hermitage pour y faire leurs retraites et d'y avoir une chapelle avec un petit clocheton pour y sonner la messe {l) )) ; en outre (( seize mille livres monnaie de ce pays, pour aider à rebâtir les dits Religieux au lieu de l'hospice en cette dite ville et pour acquérir les emplacements contigùs à ce nécessaire. . . » (2), enfin un petit terrain à lui appartenant auprès de la Sénéchaussée.
Satisfait de la façon avec laquelle les Récollets entraient dans ses vues, et avant même que le contrat fut signé (3) de part et d'autre, Mgr de St-Vallier publia, le 4 septembre 1692, le mandement suivant :
« Jean, par la grâce de Dieu et du Saint-Siè-
(1) Contrat d'abandon de N. D. des Anges.
(2) Ibidem.
(3) Le contrat d'échange porte la date du 13 sept. 1692.
Légende
jt Conitructions- da JR.ecol!cti
JJ i. ■, de Frontenac