COUVENT DE ST-ANTOINE
1 E contrat d'échange entre Mgr de St-Val- ■*--' lier et les Récollets avait été passé le 15 septembre 1692. Les Récollets se transportèrent sans retard au couvent de la haute ville, après l'avoir fait agrandir un peu et provisoirement, en sorte que l'Evêque put loger ses pauvres à Notre-Dame des Anges à partir du 30 octobre 1692. L'année suivante les travaux commencèrent près de la Place d'Armes pour l'érection du couvent déjà projeté, devenu nécessaire aux Récollets maintenant plus que jamais. Mer de St-Vallier et l'intendant Bo
chard de Champigny posèrent solennellement la première pierre de l'église conventuelle le 14 juillet 1693.
En 1824, un ouvrier, nivelant la Place d'Armes, a trouvé deux plaques de plomb, qui avaient été mises dans cette première pierre du monastère et sur lesquelles étaient gravées deux inscriptions latines dont voici la teneur en français : (l)
L'an du Seigneur 1693, le 14e jour de juillet,
En la fête solennelle du Séraphique Bonaventure,
Innocent XII occupant le Siège du Souverain Pontife
Sous le règne du roi très-chrétien
Louis XIV Le Grand,
À la gloire éternelle de Dieu,
A l'honneur de la Vierge Mère de Dieu,
À la louange du Séraphique Père François,
Sous l'invocation expresse
Du céleste Antoine de Padoue,
L'Illustrissime et Révérendissime'Seigneur, Seigneur
Jean de la Croix de Saint-Vallier,
Second Evêque de Québec,
(1) Cette traduction a été publiée par la Revue du Tiers-Ordre, Montréal, déc, 1899 et janv.
En vue de la réédification d'une nouvelle
Église et d'une maison
En faveur des Frères Mineurs Récollets
Pour remplacer l'ancien couvent
De Xotre-Dame des Anges
Des mêmes Frères échangé et transformé en hôpital
Par sa grande charité et piété,
Après libre concession des mêmes Frères :
Posa
Cette première pierre
De cette église et de ce couvent
De Saint Antoine de Padoue.
Sur le verso de la plaque :
L'Assistait
Fr. Hyacinthe Perrault
Commissaire Provincial de toute la mission
Gardien du dit couvent, et de la construction
Du nouvel édifice indigne promoteur.
La deuxième inscription est celle-ci:
L'an du Seigneur 1693, le 14 juillet.
Jour consacré au Séraphique (Bonaventure),
L'Illustrissime et très noble Seigneur
Seigneur Jean Rochart de Champigny,
Xoroy, intendant de Justice, police et finances
Royales pour toute la Nouvelle-France, Après avoir, dans son insigne charité à leur égard Concédé aux Frères Mineurs Récollets des Missions
Canadiennes, la terre et le fond de leur ermitage,
Connu sous le nom de Notre-Dame de la Portioncule
Situé près de ses terres non loin de Québec,
Comme un mémorial perpétuel de leur ancien
Couvent actuellement consacré à l'usage des pauvres
Leur a témoigné
Sa bienveillante affection et sa munificence
Par la pose de cette première pierre
De leur nouvelle église dédiée à Saint Antoine
De Padoue
Et de leur couvent de Québec.
Le nouveau couvent des Récollets s'éleva «tout vis-à-vis le château (du gouverneur). Leur église est belle. Elle est entourée en dedans d'une boiserie de noyer de huit à dix pieds de haut .... La maison est bien bâtie. Le cloître est très beau, tout vitré avec les armes de plusieurs particuliers. ...» (l) Charlevoix loue aussi la beauté de l'église : «Les Pères Récollets ont une grande et belle église qui
(i) La Potherie. — Histoire de l'Amérique Sept.
leur ferait honneur à Versailles (I>). Elle est proprement lambrissée, ornée d'une large tribune, un peu massive, et d'une boiserie bien
Couvent de St-Antoine — Place d'Armes Québec
travaillée qui règne tout autour. . . c'est l'ouvrage de leurs Frères Convers. Enfin rien n'y manque, mais il faudrait en ôter quelques t;i-
(2) Cette affirmation est un peu exagérée
bleaux qui sont grossièrement peints ; le Frère Luc en a mis de sa façon, (l) qui n'ont pas besoin de ces ombres. La maison répond à l'église, elle est grande, commode, accompagnée d'un jardin spacieux et bien cultivé. )) (2) Citons encore un judicieux écrivain qui, en nous donnant une courte description du monastère de St-Antoine, nous en fournit aussi la topographie. L'église des Récollets : (( couvrait un espace dont les bornes est et ouest seraient aujourd'hui le centre du haut de la place d'Armes, et l'extrémité sud-est du terrain occupé par le Palais de Justice. Elle était ornée de vitraux coloriés et de beaux tableaux dûs au pinceau du célèbre Frère Luc. La flèche de son clocher, que respectèrent les obus en 1759, était d'une pureté de lignes admirable. Le couvent. . . était contigu à l'église et formait avec celle-ci un carré parfait : au centre se
(1) Les tableaux du Frère Luc placés dans cette église furent apportés de Notre-Dame des Anges. Ce moine artiste n'a pas habité ce couvent, puisque, d'après le « Mortuologe des Récollets de St-Denys,)) il est mort à Paris le 18 mai 1685.
(2) Hist. Génér. de la Nouvelle-France.
trouvait la cour, qui était spacieuse et de forme régulière. Le clocher de l'église des Récollets s'élevait au point précis où se trouve aujourd'hui l'entrée principale du Palais de Justice. Tout le corps de l'édifice (l'église) était sur la Place d'Armes. Le couvent qui lui était contigu était construit en grande partie sur la Place d'Armes, en moindre partie sur le terrain du Palais de Justice et en moindre partie encore sur le terrain de l'église anglicane» (l). Dans cette église furent inhumés quatre gouverneurs de la Nouvelle-France : Frontenac, de Callières, de la Jonquière et de Yaudreuil.
(1) M. Ernest Gagnon. — Le Palais de Justice de Québec. — Appendice, no. 4, du: Rapport gêner, du Corn, des Travaux Publics de la Prov. de Québec.— 1897.