‹ Les Frères mineurs à Québec, 1615-1905Chapitre 16 sur 21 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

SIEGE ET PRISE DE ol'EBEC

Pvaxs leur couvent de saint Antoine, les Ré- *-** collets reprirent leur vie de prière, de sacrifice et de dévouement. Cette douce et salutaire influence que les Frères Mineurs ont de tout temps exerce sur les cœurs, alla toujours eu grandissant au profit des âmes et du règne de Dieu. Tout alla pour le mieux jusqu'à la prise de (Juchée par le- Anglais en 1750.

A plusieurs reprises les Anglais d'Amérique avaient tenté la conquête du Canada. Les dé-

faites qu'ils avaient éprouvées, loin d'imposer silence à leurs prétentions injustes, ne firent que les accroître ; aussi tentèrent-ils encore un essai plus vigoureux en 1759. On apprit tout à coup que la flotte ennemie remontait le St-Laurent, tandis que des troupes répandaient la terreur dans les campagnes avoisinantes. Puis on l'aperçut un jour devant Québec, dont le siège et le bombardement commencèrent. Pendant ce temps d'autres armées envahissaient le Canada par le haut. La colonie française était loin de pouvoir résister à tant d'ennemis. Son matériel de guerre était peu considérable et ses munitions de bouche encore moins suffisantes. Pour comble d'infortune le pays avait pour intendant le trop fameux Bigot, et la France, à moitié ruinée par ses guerres européennes, sa marine presque anéantie, ne pouvait guère, et, hélas ! ne pensait peut-être pas beaucoup à secourir sa colonie ; cette colonie précieuse que Voltaire, l'infâme, le sans-patrie, calomniait indignement quand il parlait avec dédain de ces (( quelques arpents de neige )).

Mais l'amour de la France et du foyer fit des

prodiges. Elle multiplia Fardeur guerrière des troupes françaises de la colonie, plaça dans les mains calleuses des habitants du Canada des armes pour se défendre et donna à ces milices improvisées une valeur et une habileté extraordinaires. L'ennemi étonné de la résistance commençait à désespérer, et Wolfe parlait de se retirer. Cependant il n'avait pas épargné ses munitions de guerre et il avait fait pleuvoir sur la ville de Québec des projectiles sans nombre. « Cette pluie de ter et de feu ne cessa que lorsque la malheureuse cité ne fut plus qu'un monceau de ruines et de cendres. La cathédrale, une grande partie de la haute ville et toute la ville basse devinrent la proie des flammes. Les citoyens, dont un grand nombre étaient ruinés par cette mesure aussi cruelle que vaine, regardaient avec désespoir les nuages de feu et de fumée montant nuit et jour au-dessus de leurs remparts » (l).

Le couvent et l'église des Récollets ne furent pas dévastés par le feu, mais les dégâts fu-

(1) L'abbé H.-R. Casgrain. — Montcalm et LévtSj Québec, vol. 11, p. 107.

rent cependant considérables. Une vue de l'intérieur de l'église nous montre ce temple de Dieu tout délabré ; le toit est percé de larges ouvertures ; en maints endroits les murs sont détériorés ; les autels sont fort endommagés et le pavé est couvert de bancs renversés et de débris. Des curieux, des soldats considèrent cette église autrefois si belle, d'autres ramassent des morceaux de bois sans doute, tandis qu'un Récollet à genoux, dans le côté opposé, et les bras étendus, semble crier à Dieu que la lésolation de l'abomination est dans son temple et le supplie de mettre un terme aux douleurs de Sion.

Fendant cette guerre funeste à la France, que firent les Récollets ? Tandis qu'un petit nombre demeura pour la garde du couvent, les autres suivirent les vaillantes troupes françaises et les braves milices canadiennes dans leurs luttes homériques, qui, semble-t-il, auraient dû mériter à leurs armes un sort plus heureux ; mais écrasés par le nombre, plutôt que vaincus, les défenseurs de la domination française en Amérique durent enfin capituler. Dieu avait

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Il6 LES FRÈRES MINEURS

ses vues miséricordieuses dans ces événements douloureux et dans cette séparation violente de l'enfant d'avec sa mère, et aujourd'hui les Canadiens toujours français remercient la Providence d'avoir ainsi éloigné de leur pays la vague impure de la Révolution française.

Le Supérieur des Récollets de Québec était alors le R. P. Emmanuel Crespel, qui remplissait en même temps la charge de Commissaire Frovincial. Ce Père, célèbre par son naufrage à l'île d'Anticosti, était arrivé jeune, à Québec, en octobre 1724. Il fut ordonné prêtre deux ans après par Mgr de St-Vallier. Après avoir exercé divers ministères, ses supérieurs le rappelèrent en France, c'est alors qu'il fit naufrage avec cinquante-quatre passagers le 14 novembre 1736. Il faut lire le récit du Récollet pour se faire une idée des souffrances qu'ils endurèrent dans l'île déserte d'Anticosti, durant l'hiver qu'ils furent obligés d'y passer. Ses compagnons y moururent les uns après les autres, à l'exception de six. Son retour en France fut remis à 1738. Il revint au Canada en 1752, et, lisons-nous dans une biographie

A OCEBEC

du Père Crespel (l), « environ deux ans après il était appelé à diriger le couvent de son Ordre à Québec. » D'après cette même biographie, il devint Commissaire Provincial en 1758, la veille des hostilités entre les deux colonies.

(1) Par S. J. M., publiée en tête de l*éd. canad. de 1884, de: Volages et naufrage du R. P. £/;/. Crespel.

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