‹ Les Frères mineurs à Québec, 1615-1905Chapitre 20 sur 21 · COUVENT' DES SS. STIGMATES · texte numérisé non relu

COUVENT' DES SS. STIGMATES

T E temps était venu vie renouer la chaîne ■*"-' deux fois brisée qui attachait les Frères Mineurs à la cité de Champlain. Avec faut irisation de Mgr Bégin, quelques Frères Mineurs quittèrent leur couvent de Montréal pour se rendre à Québec. Le Supérieur de la petite colonie franciscaine était le R. Père Ange- Marie Hiral. C'est lui qui devait être l'ouvrier choisi de Dieu pour cette restauration. Il arriva dans la vieille capitale le 29 septembre 1900, en la fête de St-Michel archange. Les souvenirs du passé joints a l'importance de la

mission qui lui était confiée firent naître dans son cœur des émotions bien vives : (( Le lendemain, dimanche, 30 septembre, j'ai célébré

S. G. Mgr Bégin, archevêque de Québec

ma première messe à Québec, et je vous avoue qu'une vive émotion s'est emparée de mon âme

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à la pensée que je renouais en ce jour l'antique chaîne de l'histoire deux fois brisée par le malheur des temps. Elles venaient naturellement à ma mémoire les dates de 161 5 et de 1670, auxquelles vient maintenant s'ajouter celle de 1900. Il me semblait être transporté aux temps reculés de la colonie naissante et je partageais les sentiments de ces vaillants missionnaires, célébrant leurs messes dans une humble chapelle ou au milieu de la forêt, surtout quand ils

célébraient pour la première fois Sans

doute, les temps sont changés, ce qui autrefois était une mission sauvage que nos Pères venaient éclairer des splendeurs de la foi, c'est maintenant une ville prospère et florissante ; la forêt s'est retirée bien loin pour faire place à l'industrie et au commerce ; il n'y a plus là de sauvages à évangéliser. . . toutefois il y a encore des pécheurs à convertir et des âmes à conduire au ciel )) (l).

Mais il fallait un gîte à la petite famille. I ta

(1) Lettre du 4 oct. 1900 au R. P. Coloraban- Marie, Cam. Prov., Cf: Revue du T.-0., iqoo, p.

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fit choix d'une bien modeste résidence sise au village de Xotre-Dame de Québec ou Montplaisant. Cet édifice était une maison d'école mais que ses dimensions restreintes rendaient maintenant impropre à sa première destination. Elle mesurait 35 pieds de long sur 25 de large. Elle était en bois lambrissé de brique-, reposant suides fondations en pierre. A droite un petit lopin de terre propre au jardinage. Le nouveau couvent provisoire ne comptait à part le rez-dechaussée qu'un étage dont les fenêtres étaient pratiquées dans les combles. On fit des séparations en planches et la nouvelle résidence eut bientôt sa chapelle, ses parloirs, sa lingerie, son réfectoire, sa cuisine et quelques cellules, mais le tout en miniature, sans ajouter qu'une même salle servait à plusieurs usages. Puis une clôture en bois entoura le jardin et le petit couvent, lui procurant une solitude plus grande et plus complète. Deux ans durant, les enfants de S. François y sont restés, passant des jours heureux dans leur pauvreté et partageant leur temps entre la prière, le travail et le saint ministère.

Mais le moment n'était pas éloigné où la jeune communauté, augmentant en nombre, allait être obligée de chercher un abri

R. P. Colomban M. Dreyer, Commissaire-Provincial

sous une tente plus grande. Aussi dès le printemps de 1901 on se mit à l'œuvre. Le couvent de Québec était destiné à servir d'asile aux

jeunes Religieux prof es attendant dans l'étude et l'éloignement complet du monde l'I eure où ils recevront l'honneur terrible du sacerdoce ; il fallait donc choisir un site calme et solitaire. On s'arrêta à un terrain situé sur le cap dominant la paroisse de St-Sauveur. Le choix fut vraiment providentiel ; rien de mieux pour un couvent d'études : l'air y est pur et le calme profond. De cet endroit la vue embrasse un magnifique horizon. A droite, l'école Normale, l'église St-Jean-Baptiste, l'île d'Orléans, le grand fleuve et toutes les paroisses semées sur sa rive gauche depuis Limoilou jusqu'à Ste- Anne de Beaupré que l'on devine dans le lointain ; devant soi Québec depuis St-Malo jusqu'à St-Roch, la rivière St-Charles avec ses replis tortueux, à la campagne, Charlesbourg, la Jeune et l'Ancienne Lorette; à gauche quelques maisons de St-Augustin, plus près Ste-Foy dont on aperçoit le clocher à travers les branches et le feuillage; plus près encore la villa Manrèze des RR. FP. Jésuites; au fond les Laurentides, apparaissant comme les ombres nécessaires de ce tableau réellement magnifique.

Enfin pour un couvent qu'on voulait dédier aux Saints Stigmates de S. François d'Assise, le site était bien idéal. Le cap, fort élevé et très escarpé à cet endroit fait penser au Mont Alverne, témoin muet de la stigmatisation.

Pas une maison à cet endroit du cap, pas un arbre, seuls des buissons croissaient sur ses bords. Mais dès l'automne de 1901, on vit sortir de terre des fondations, et le 12 novembre la pierre angulaire du nouveau couvent fut bénite solennellement par Mgr l'Archevêque. Le lendemain, un manteau de neige recouvrait le pays et suspendait les travaux qui furent repris de bonne heure au printemps suivant, et dès le 7 avril 1902, l'activité régnait sur le chantier.

Le 7 septembre au soir, les Frères étudiants de Montréal arrivaient à Québec pour commencer l'année scolaire, comme de coutume, le 8 du même mois. Il ne fallait pas songer à les loger dans la petite résidence ; on dut s'installer tant bien que mal dans le nouveau couvent pas encore entièrement achevé. Le' 17, en la fête des Saints Stigmates de S. François, fête oa-

Relique du sang dos Stigmates île saint François d'Ass

(in)

tronale du couvent, Mgr l'Archevêque vint en faire la bénédiction solennelle. Le soir de cette belle journée, où l'Ange de l'Eglise de Québec avait attiré les faveurs du ciel sur le nouveau monastère, eut lieu dans le jardin une procession aux flambeaux en l'honneur des Saints Stigmates. On y portait une relique précieuse et qu'on vénérait à juste titre en ce jour du 17 septembre. Cette relique du sang sorti des Stigmates de S. François a été offerte au couvent de Québec par Mgr Etienne Potron, franciscain, évêque de Jéricho. Le reliquaire e!n vermeil, digne de la relique, est un don du T. R. P. Léonard d'Estaires, Provincial de France. La procession du 17 septembre se renouvelle tous les mois dans l'intérieur du cloître. La clôture fut prononcée le même jour. Peu à peu le calme et la solitude succédèrent au tumulte des voix et des outils, et la communauté put enfin goûter les douceurs du silence et du recueillement. Ce ne fut pas pour longtemps. L'édifice terminé n'était qu'une partie d'un tout. Il manquait des salles communes, des cellules et l'église conventuelle. En atten-

dant, une partie du rez-de-chaussée avait été disposée eu chapelle pour la récitation de l'office divin et la célébration des saints mvstères.

R. P. Ange-Marie Hiral, premier Gardien du couvent des Stigmal

l n événement bien triste vint hâter la nécessité de nouvelles constructions. Du beau pays de France, an gouvernement satanique chas-

sait les Religieux. Les Frères Mineurs de la Province de France jetés comme les autres hors de leurs couvents cherchèrent ailleurs un abri plus tranquille. Le plus grand nombre vint demander au Canada la paix avec l'hospitalité, sachant qu'ils y seraient reçus à bras ouverts et qu'ils y retrouveraient une autre France, la France chrétienne d'autrefois. En conséquence on se remit à l'ouvrage et aujourd'hui le monastère forme un couvent régulier. Il compte 55 cellules, possède toutes les salles communes nécessaires et un cloître vitré qui formera un carré complet autour de la cour intérieure, l'église conventuelle manque toujours. Les travaux commenceront ce printemps et l'année 1905 ne s'achèvera pas sans voir le monastère enfin terminé. Le tout sera en pierre grise comme les autres constructions. Le monastère des Saints Stigmates est le quatrième couvent régulier bâti par les Frères Mineurs dans la cité de Champlain.

Le couvent a été érigé en Gardiennat (l) pan

(1) C'est-à-dire en couvent régulier, dont le Supérieur est appelé par S. François lui-même: Gardien.

le Chapitre Provincial tenu à Paris le 22 septembre 1902. et son premier Gardien a été et est encore le R. P. Ange-Marie Hiral, l'ouvrier de la première heure dans la fondation de Québec. Sur les côtés sud et sud-ouest du monastère, les rues des Stigmates, de l'Alverne et d'autres, ont été ouvertes et des maisons s'élèvent nom-» breuses déjà. Le vaste champ solitaire disparaîtra bientôt, tout le cap sera couronné de constructions, et ce qui était autrefois un simple pâturage sera un des plus beaux sites habités du Village Notre-Dame.

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