CHAPITRE IV
h ORDRE SERAPHIQUE ET LES MISSIONS
/~* hamplain avait désiré doter la Nouvelle-
^■^ France au berceau d'un des éléments essentiels de sa stabilité, de sa force et de a m progrès, de missionnaires zélés pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, lui s'adressant aux Frères Mineurs Récollets, ne se trompaitil pas ? Non, certes ! L'Ordre Sera] nique n'est-il pas essentiellement apostolique ? Ft François n'a-t-il pas appris de la bouche de Claire et du frère Sylvestre, que de par Dieu. lui et ses disciples étaient destinés à la prédi-
cation de l'Evangile ? Ne disait-il pas souvent lui-même à ses frères : (( Dieu ne nous a pas seulement appelés pour nous-mêmes, mais aussi pour le bien et l'utilité des autres )) ; ira-t-il pas donné l'exemple en portant la lumière de la foi b.vec les ardeurs de la charité jusqu'au pied du trône du Sultan d'Egypte ? Laissons un enfant de cette province de St- Denis, qui a donné au Canada ses premiers missionnaires, répondre à ces questions dans le vieux langage du temps. Il écrivait en 1676: (( Le zèle pour le salut des âmes a esté si merveilleux en la personne de notre séraphique Père saint François, qu'il ne s'est pas contenté de l'employer dans les missions pour les fidèles, mais il l'a porté de paroles et d'exemples jusque dans les pays étrangers, aux infidèles, se dévouant luy-mesme et ses premiers disciples, à la conversion des infidèles, luy-mesme, l'année onzième de sa conversion, alla en Egypte pour convertir le Soldan et les Sarrazins ... Il est impossible de rapporter le nombre des missions que l'Ordre a faites depuis quatre cent soixante années dans les pays étran-
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gers. ny de compter le nombre des Religieux qui y ont esté employez, des prédicateurs qui y ont presché l'Evangile et des martyrs qui l'ont iée de leur sang et scellée de leur vie. puisqu'on peut dire qu'il n'y a pas de peuples infidèles et de nations barbares, n'y de terres habitables dans les quatre parties du monde où les Religieux de l'Ordre n'ayent esté presché l'Evangile avec des succez inconcevables, pour le grand nombre de peuples qu'ils ont c< nverus à la foy avec le secours de la grâce. Il est constant que l'esprit de Dieu a conduit Nostre Séraphique Père saint François dans toutes ses actions, mais principalement quand il s'est agy de la conversion des infidèles ; d'où vient que ce mesme esprit qui luy a dicté nostre sainte Règle, luy inspire de taire un chapitre particulier qui porte pour titre : de ceux qui veulent aller entre les Sarrazins et autreinfidèles, lequel chapitre qui est le douzième et le dernier, doit être considéré comme le sceau qui a esté apposé à nostre -aime Règle.
<< Entre tous les Ordres Réguliers, ceîuy de saint François remporte la gloire d'avoir fait
le plus de missions parmy les infidèles et plus de conversions qu'aucun autre » (l).
Le zèle tout apostolique de S. François s'est toujours conservé dans la famille franciscaine. Les fils du Pauvre d'Assise se sont fait gloire, à travers les siècles, de marcher sur les traces de leur Père et ils ont promené la torche de l'amour divin et de la vérité sur toutes les plages du monde. Il leur en a coûté de cruels tourments et des flots de sang ; un grand nombre même ont perdu glorieusement leur vie pour le triomphe de la cause du Christ.
Les Frères Mineurs se sont dévoués avec un soin spécial à la mission de la Terre-Sainte, à la garde des Lieux-Saints acquise à l'Ordre séraphique par S. François lui-même. Depuis l'origine de l'Ordre jusqu'à nos jours ils sont restés à leur poste, et y ont supporté trois vrais martyres, le martyre de la patience, en butte sans cesse à la malveillance, aux calomnies, et à toutes sortes de vexations ; le martyre de la
(i) Hist. chronol. de la Prov. St-Dcnis, de 1612 à 1676, par le P. Hyacinthe Lefebvre, Récollet, Paris, 1677.
charité, par leur dévouement aux victimes de la reste et de la barbarie musulmane, p'us de 6,ooo religieux sont morts à la tâche ; le martyre du sang enfin, dont la palme a été cueillie par deux mille Frères Mineurs, au milieu des plus cruels supplices. La custodie de Terre- Sainte compte aujourd'hui près de 500 religieux occupés à la garde des Sanctuaires, à l'évangélisation et à l'instruction des musulmans et des Arabes, et aux soins des malades et des pauvres.
A l'époque même où Champlain s'adressait aux enfants de S. François pour l'évangélisation du Canada, les Frères Mineurs avaient déjà produit de> fruits étonnants de salut dans l'Amérique du Sud et au Mexique. On n'ignore pas que le Xou veau-Monde a été révélé à l'Europe par un tertiaire de S. François, Christophe Colomb, et que ses meilleurs soutiens et conseillers dans cette entreprise furent des Frères Mineurs. Ils furent aussi les premiers missionnaires de ces nouvelles plages ; le P. Jean Pérez de Marchena y célébra pour la première fois le saint sacrifice de la messe et
un Frère Mineur français, le P. Bernard Cousin y cueillit le premier les palmes du martyre. (( Dès lors les Frères Mineurs passent par milliers dans ces immenses régions... ils fécondent
Saint François de Solano
de leurs sueurs, et souvent de leur sang, ces terres barbares, apportent enfin à ces peuples, avec la lumière de la foi, les bienfaits de la civilisation chrétienne. Après un demi-siècle d'apostolat ils auront baptisé, en Amérique, vingt mil-
lions d'infidèles; ils fonderont jusqu'à cinq cents couvents partagés en dix-huit Provinces » (l). Parmi les vaillants pionniers de la foi, dans le Nouveau Monde, il faut mentionner le P. Jean Zumarraga, premier archevêque de Mexico ; le Frère Pierre de Gand, frère convers, que Paul III voulut élever au sacerdoce et honorer de la dignité épiscopale, à cause de ses grands travaux et de ses brillants succès ; le Père Martin de Valence qui mérita le titre d'apôtre du Mexique ; et un demi-siècle plus tard. S- François Solano, le plus grand des apôtres de l'Amérique, surnommé l'apôtre des Indes occidentales, le thaumaturge du Nouveau Monde.
De nos jours, comme autrefois, les Frères Mineurs ont des missions dans toutes les parties du monde. La dernière statistique nous donne un total de 4.957 Frères Mineurs occupés dans 503 résidences et desservant 246 paroisses, 1591 églises ou chapelles et 2062 chrétientés. Ces chiffres disent assez le zèle
( 1 ) S. François et l'Ordre Séraphique. — L. de Kerval, p. 253.
des fils de S. François pour la diffusion de l'Evangile et le salut des âmes, et tout ce qui précède explique et justifie amplement le choix du fondateur de Québec ; choix d'autant plus heureux qu'il tombait sur une Province pleine de ferveur et de jeunesse.