‹ Les Frères mineurs à Québec, 1615-1905Chapitre 7 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

MISSION DU CAXADA

SEPT ans après la fondation de Québec par Champlain, sept ans après la prise de possession du Canada au nom de la France, par le marin Saintongeois, le 24 mai, « jour de la translation de Xostre Père S. François» (l), de nouveaux ouvriers débarquaient sur les rives

(1) Sagard. — Hist. du Canada, p. 36. édit. Tross, Taris 1866. C'est toujours cette édition que nous citerons. Cette histoire « est l'œuvre d'un esprit instruit, sagace, primesautier, lumineux souvent, d'un cœur simple, aimant et croyant toujours». ■ — H.-E. Chevalier, introduction au même ouvrage.

40 IvES FRERES MINEURS

du St-Eaurent, à Tadoussac, et rendant grâces au ciel, prenaient possession eux aussi, mais au nom de Dieu, de ces vastes contrées. Aussitôt ils se mettaient à l'œuvre et dépensaient sans compter leurs forces et leurs peines. Que faisaient-ils donc ? Ils fondaient l'Eglise du Canada et le Christ posait son empreinte divine sur ces plages barbares. Jusqu'ici les peuplades indigènes de ces contrées avaient vécu dans les ténèbres, ils faisaient luire sur elles la Lumière incréée, le démon régnait en maître, ils élevaient un trône à un plus fort, à Jésus- Christ, l'idolâtrie tenait lieu de culte, ils lui substituaient l'Eglise catholique, la seule véritable. Et comme marque visible de cette prise de possession, au nom du Christ et de son Eglise, une chapelle s'éleva au pied du promontoire de Québec et le Sang de l'Agneau Divin coula sur l'autel en trois endroits différents, sur les bords de la rivière des Prairies, non loin d'Hochelaga, dans la petite cité de Champlain et sur l'emplacement des Trois-Rivières. Le sceau de la France que le guerrier Saintongeois apposa sur le sol canadien, certes, il

est indélébile et les ouragans ont passé, ils passeront peut-être encore sans pouvoir l'effacer. Le sceau de l'Eglise catholique apposé par les ministres de Dieu est lui aussi indélébile, et si les ennemis de la vraie foi ont cherché à le détruire, ils n'ont réussi qu'à le rendre plus beau. Quels étaient donc ces ouvriers infatigables, ces envoyés du ciel dont les noms doivent être redits d'âge en cage' ? Xous les connaissons déjà : c'étaient nos Récollets. Ils s'appelaient : Denys Jamay, Jean Dolbeau, Joseph Le Caron et Pacifique Duplessis. ce dernier était frère convers, les trois autres étaient prêtres. Le P. Denys était le chef de cette petite mais vaillante phalange.

Sagard raconte ainsi leur départ de France . « Ces bons Pères s'estant tous disposés par fréquentes oraisons et bonnes œuvres à une entreprise si pieuse et méritoire, se mirent en chemin pour commencer leur glorieux voyage, à pied et sans argent, à l'apostolique selon la coutume des vrais Frères Mineurs, et s'embarquèrent à Homfleur, l'an 1615. le 24 d'avril, environ les cinq heures du soir que le vent et la

marée leur estoient favorables» (l). Ils partirent fortifiés par l'obéissance qui dirigeait leur zèle, soutenus par les largesses du roi de France et d'autres âmes charitables et surtout appuyés sur l'autorité du Souverain Pontife; c'est qu'en effet (( pour ce que la chose estoit d'importance, dit Sagard, et qu'elle ne pouvoit estre bien faite que par les voyes ordinaires et bien séantes aux Religieux de S. François », (2) les Récollets s'adressèrent au Saint-Siège et en obtinrent l'autorisation nécessaire pour mettre à exécution leur glorieux projet. Le vaisseau qui les portait était le St-Etienne. Que se passa-t-il durant les longs jours de la traversée ? Tout d'abord, sans doute, nos missionnaires regardèrent aussi longtemps qu'elles parurent, les rives toujours aimées de la patrie et dans leur cœur dut s'élever cette voix : nous partons pour conquérir un royaume à notre Dieu, mais avec l'amour divin nous sèmerons aussi l'amour de la France. Puis quand leurs yeux n'aperçu-

(i) Sagard. — Hist. du Canada, p. 36.

(2) Sagard. — Hist. du Can. p. 28.

rent plus que le ciel et l'eau, après avoir fait un acte d'abandon complet à la Divine Providence, ils durent confier leur voyage et leurs futurs travaux à leurs protecteurs d'en haut, et dans leurs prières quotidiennes implorer leur aide pour eux-mêmes et leurs bénédictions fécondes pour les âmes qu'ils allaient sauver. Enfin quand la terre canadienne apparut à leurs regards, ce dut être un long cri de joie plein de cet enthousiasme que donne au missionnaire le zèle divin pour le salut des âmes.

Les quelques français établis au pays eurent les prémices de leur saint ministère. Mais « nos Religieux prirent résolution de travailler aussi par un zèle singulier â la conversion des sauvages » (l) et (( à l'exemple des premiers Apôtres, les missionnaires tinrent conseil avant de se séparer pour aller commencer leur œuvre d'évangélisation. Champlain et les principaux colons y furent invités. L'immense espace â parcourir fut divise en trois missions: au P. DolbeaUj furent assignées les tribus

(i) Hist. chronol. de la Prov. de St-Denis.

montagnaises, dont le rendez-vous était le poste de Tadoussac ; au P. Le Caron les pays inconnus de l'ouest. Le P. Denys Jamay dut rester pour le moment à Québec» (l). Chacun fut fidèle à sa mission et s'y dévoua tout entier. « Et de fait, le P. Dolbeau partit le deuxième de décembre de la mesme année, pour aller avec les sauvages Montagnais, pour apprendre leur langue et ensuite les catéchiser. Le P. Joseph Le Caron porté de mesme zèle se transporta dans le pays des Hurons où il fut fort bien reçu- Il passa mesme jusqu'à la nation des Pétuneux où n'ayant pu rester contre la volonté de ces barbares, il retourna parmy les Hurons où il apprit en partie leur langue et les disposa à mener une vie plus honnête et plus civile, pour ensuite trouver plus de facilité à leur conversion » (2).

Le travail était immense, mais l'ardeur de nos missionnaires loin de diminuer grandissait

(i) L'abbé H.-R. Casgrain. — Les anciens Récollets, Revue du T. Ordre, Montréal, 1901, p. 420.

(2) Hist. chranol. de la Prov. de St-Denis.

en proportion du vaste territoire à évangéliser. Devant tant de zèle on comprend bien ce cri échappé à un écrivain : (( à la vue de cet acte d'héroïsme sublime et de tant d'autres qui pullulent dans notre héroïque histoire (tous relatés dans ce bon vieux langage de nos anciennes annales), un seul cri, un cri d'enthousiasme part tout naturellement du fond du cœur et vient éclater sur nos lèvres... quels hommes! (l)

(i) 2e Centenaire de V érection du diocèse de Québec, p. 218.

Couvent des Stigmates.— Cloître des cellules

Page 1