‹ Les Frères mineurs à Québec, 1615-1905Chapitre 8 sur 21 · PREMIERE CHAPELLE ET PREMIER COUVENT · texte numérisé non relu

PREMIERE CHAPELLE ET PREMIER COUVENT

T7 n arrivant à Québec, le premier soin des

-■— à Récollets fut d'élever une chapelle. Construit sous les soins et la direction du P. Dolbeau, ce premier temple de Dieu sur la terre canadienne fut bâti en bois, sans doute à peine équarri. Les travaux furent rapides et moins d'un mois après il servit au culte. Cette modeste chapelle s'élevait près de « l'habitation )), «près du lieu, dit Ferland, où est à la basse ville l'église de Notre-Dame des Vie-

toires » (l). Quel en était le titulaire? Si nous en croyons Monsieur de Laroche-Héron, c'était l'Immaculée Conception. Le fait paraît tout naturel, quand on se rappelle le zèle ardent des enfants de S. François à défendre ce privilège de Marie et à développer la dévotion des chrétiens à la Vierge Immaculée. Mais nous ne connaissons pas la source où cet écrivain a puisé son assertion. « La dévotion des fidèles envers l'Immaculée Conception, dit-il, ne date pas d'aujourd'hui dans l'Amérique du Nord. Elle remonte aux premiers temps de la découverte de ce continent, et, dès 161 5, Samuel de Champlain, le fondateur de Québec, dédiait à ce vocable la petite chapelle qu'il bâtissait dans sa ville naissante.» (2) De petites cellules aussi primitives que la chapelle étaient attenantes et devaient servir à loger les missionnaires. Ce fut leur premier couvent sur le sol de la. Nouvelle-France, ce fut la première tente dressée par les fils de François sur les bords du St-

(1) Hist. du Canada, vol. 1, p. 170.

(2) L'Église aux États-Unis. — Cf : La Minerve, 28 juin, 1855.

Laurent, dans la cité de Québec, tente provisoire sans doute, mais bien digne de nos souvenirs. Cette première église de Québec peut à juste titre être comparée au grain de sénevé dont parle Jésus-Christ dans le Saint Evangile ; cette graine est la plus petite de toutes, mais quand elle a germé et grandi, elle p end les proportions d'un arbre et les oiseaux du ciel viennent s'y reposer. Cette chapelle avec son humble apparence fut la mère de l'Eglise de Québec, de cette Eglise qui a brillé et resplendit encore d'un éclat singulier, cette chapelle avec sa pauvreté fut aussi (( la mère de toutes ces innombrables chapelles, églises et somptueuses cathédrales, ornées de l'or le plus fin, resplendissantes des pierres les plus précieuses, que l'on voit disséminées partout aujourd'hui sur ce vaste continent de l'Amérique du Xord et devant lesquelles le voyageur s'arrête étonné » (l).

C'est dans son enceinte aussi que les rites

(i) 2e Cent, de l'érection du diocèse de Québec, p. 216.

imposants et sacrés de l'Eglise catholique ont commencé à s'accomplir sur le sol canadien. Là fut béni par un Récollet le premier mariage entre Etienne Jonquet et Anne Hébert, fille de Louis Hébert premier habitant de Québec ; là aussi l'eau sainte commença à couler sur le front des nouveaux-nés ; là encore une terre bénite s'entrouvrit afin de recevoir en dépôt pour le jour de la résurrection la dépouille mortelle d'un colon ; là vint se reposer, en 1619, du repos de la tombe, un ouvrier de la première heure dans le champ du Seigneur, le frère Pacifique Duplessis, mort à la tâche, emportant avec lui les regrets unanimes de tous les colons et même des sauvages ; là enfin le Dieu véritable avait trouvé sa première résidence et dressé l'autel de son sacrifice.

Cette première chapelle fut encore témoin d'un événement important dans les annales de l'Eglise en ce pays. Le Père Dolbeau était repassé en France pour solliciter des secours en faveur des missions du Canada. Cependant pas plus heureux que le Père Le Caron, il n'avait pu obtenir aucun subside de la Compagnie

des Marchands, gens cupides et sans désintéressement. Mais s'il n'apportait pas à la colonie des richesses matérielles, il ne revenait pas pourtant les mains vides, il apportait une grâce insigne, une bénédiction extraordinaire du ciel sur ces contrées, il apportait « un jubilé obtenu de Xostre Saint Père le Pape pour la Nouvelle-France, lequel il publia le 29 juillet 1618, dans la chapelle de Québec et en fist faire la procession pour l'ouverture cinq ou six jours après son arrivée, au grand contentement et consolation d'un chacun, pour estre le premier qui se soit jamais gaigné dans le Canada » (l). Le Très-Haut n'a certes pas ménagé ses grâces à cette colonie française au berceau, et il est glorieux pour les pauvres enfants de S. François d'Assise d'avoir été les irstruments élus de Dieu pour répandre ses premières bénédictions sur la Xouvelle-France et pour opérer les grandes œuvres des commencements. Cette première chapelle de Québec subsista jusqu'à la prise de cette ville par les Kerk en

( 1 ) Sagard. — Hist. du Can., p. 62.

1629. Elle fut toujours desservie par les Récollets et servit jusqu'alors d'église paroissiale aux colons. On peut donc la considérer comme ((la première église paroissiale de Québec )) (l), et on peut dire que (( le Père Jean Dolbeau, Récollet, a été le premier curé de Québec » (2).

(1) Églises et chapelles de Québec, par Jos. Trudelle, vol. 1. p. 37.

(2) Ibid, p. 39-

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