‹ Les Frères mineurs à Québec, 1615-1905Chapitre 9 sur 21 · NOTRE-DAME DES ANGES · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DES ANGES

À Tadoussac. aux T rois-Rivières, à St-Gabriel chez les Hurons, les Récollets se bâtirent avec des branches et du feuillage de petites cabanes qui leur servaient de chapelle et de logement. C'était comme autant de petits camps dressés sur le champ de bataille, où ces nouveaux soldats se reposaient un peu de leurs fatigues et retrempaient leurs énergies dans le Sang de Celui qui est la science des apôtres et la force des martyrs. Mais cette petite phalange séraphique avait ses quartiers généraux à Québec ; et c'est dans la cité de Champlaîn

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que, de temps à autre, quand les circonstances le permettaient, nos missionnaires, nos soldats du Christ, venaient renouveler leurs munitions de guerre dans la retraite et la contemplation. La petite chapelle de Québec et les petites cellules bâties auprès étaient loin de répondre à ces fins ; aussi les Récollets jugèrent enfin nécessaire d'avoir à Québec une maison conventuelle plus stable et plus grande. En 1619, ils se mirent à l'œuvre, et bientôt, grâce aux largesses des âmes charitables, grâce surtout à la générosité de M. Charles de Boues, Grand Vicaire de Pontoise, et de M. Houel, secrétaire du roi, un monastère s'éleva sur les bords de la rivière Ste-Croix, depuis lors appelée St- Charles, en souvenir de M. Charles de Boues. Leclercq décrit ainsi l'endroit où fut bâti le couvent. (( Ce lieu représente une espèce de petite isle entourée de forests naturelles où passent et serpentent agréablement les eaux des sources claires et douces qui tombent d'une montagne voisine et qui y sont conduites insensiblement, ayant au nord une petite rivière qui se décharge tout proche, et à l'est le fleuve

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St-Laurent. Le terrain y est gras, fertile, commpde et aisé : la vue grande, étendue et fort agréable ; l'air y est extrêmement pur et sain, avec tous les agréments que l'on peut souhaiter pour la situation » (l).

Ces avantages matériels ne furent cependant pas les motifs principaux qui portèrent les Récollets à choisir cet emplacement. Ils n'étaient pas venus en Canada seulement pour évangéliser les sauvages mais encore pour le service spirituel des colons ; ils devaient donc se fixer sinon au milieu du moins à proximité des postes français. C'est ce qu'ils pensèrent faire à Québec, en s'établissant sur la rivière Si -Charles. C'est, qu'en effet (( d'après un projet qui ne s'est complètement réalisé que de nos jours, la ville devait être bâtie sur les bords de la rivière St-Charles où s'élève aujourd'hui le populeux faubourg St-Roch. Elle devait s'appeler urbs Ludovic a. Le besoin de protection et de sécurité obligea les premiers colons à -v grouper à proximité du fort St-Louis. à

(i) Prem. établis, de la foi en la N.-France, vol. i, p. 156.

l'abri des canons, dont la voix tonnante effrayait les hordes sauvages, comme, plus tard elle faisait fuir les nombreux vaisseaux de toute une flotte ennemie » (l).

La première pierre du nouveau monastère, marquée aux armes de France, et de Condé, vice-roi de la colonie, fut posée par le Père Dolbeau le 3 juin 1620. Le Père Denys Jamay, commissaire, était alors en France. Il en revint peu après et fit avancer rapidement les travaux. Une lettre qu'il écrivit la même année nous dépeint ainsi les constructions : (( A nostre arrivée, nous sceumes que le sieur du Pontgravé, capitaine pour les marchands de l'habitation, avait commencé à nous faire bastir une maison (laquelle depuis nostre arrivée nous avons fait achever), dont je suis fort réjoùy tant pour l'assiette du lieu que de la beauté du bastiment. Le corps de logis donc est faict de bonne et forte charpente. ... et entre les grosses pièces une muraille de 8 et 9 pouces jusqu'à la couverture ; sa longueur est de

(t) Le Fort et le Château St-Louis. — Ern.

Gagnon. — n. 2.

trente-quatre pieds, sa largeur de vingt-deux, il est à double estage ; nous divisons le bas en deux, de la moitié nous en faisons nostre chapelle en attendant mieux ; de l'autre une belle grande chambre, qui nous servira de cuisine et où logeront nos gens : au second estage nous avons une belle et grande chambre, puis quatre autres petites : dans deux desquelles, que nous avons faict faire tant soit peu plus grandes que les autres, y a des cheminées pour y retirer les malades à ce qu'ils soient seuls; la muraille est faicte de bonne pierre, bon sable et meilleure chaux que celle qui se faict en France ; audessoubs est la cave de vingt pieds en carré et sept de profondeur. » (l). A l'extérieur, le couvent avait tous les dehors d'un petit châteaufort avec donjon, courtines, bastions et remparts. . . en bois, et aussi « un beau fossé naturel qui circuit tout l'alentour de la maison et du jardin. » (2) Cet aspect peu ordinaire à un couvent était nécessité par le danger où se trou-

Ci ) Sagard. — Hist. du Canada, p. 69. (2) Ibid. p. i6t.

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vaient les missionnaires d'être attaqués par les sauvages : ce qui arriva effectivement, mais avec insuccès pour les indigènes.

L'église avait été commencée en même temps que le couvent, elle fut terminée un peu plus tard, et bénite par le Père Commissaire, le 25 mai 162 1. Il la dédia à Notre-Dame des Anges en mémoire de l'illustre chapelle de la Portioncule, auprès de laquelle était le berceau de l'Ordre Séraphique en Italie. C'est dans cette église que furent déposés les restes précieux du premier martyr du Canada, du Père Nicolas Viel. Ce Récollet revenait à Québec, après avoir séjourné deux ans parmi les Hurons, quand il fut précipité avec son néophyte Ahuntsic dans le dernier sault de la rivière des Prairies, au nord de Montréal. Le rapide qui l'engloutit prit le nom de Sault-au- Récollet, et ce nom s'attacha au village qui se forma plus tard en ces lieux. La population de l'endroit, allant au devant des désirs d'un grand nombre, a voulu rendre impérissable sa vénération pour ces martyrs, en élevant au Récollet et à son disciple, en face de l'église paroissiale, deux

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P. Nicolas Viel. — Ahuntsic, son discipk

magnifiques statues de cinq pieds de haut posées sur des piédestaux de huit pieds et demi (l).

Sans abandonner la chapelle de la Basse- Ville, les Récollets s'étaient transportés àNotre Dame des Anges, dès que le couvent avait été terminé. Là ils s'adonnèrent à la vie conventuelle, partageant leur temps entre la prière, la récitation de l'office divin et le ministère des âmes. Ils se livrèrent aussi à l'instruction et ouvrirent dans leur couvent la première école et comme dit Leclercq <( le premier séminaire )) qui ait existé à Québec. D'ailleurs le zèle que les Récollets ont déployé dès le commencement pour l'instruction des Français et des sauvages leur mérite bien le titre de premiers instituteurs de la Nouvelle-France.

Enfin Notre-Dame des Anges eut son noviciat en 1622. Le premier Maître en fut le Père Guillaume Galleran et son premier novice fut Pierre Langoisseux, natif de Rouen, qui reçut en religion le nom de Frère Charles.

( 1 ) Le dévoilement de ces statues a eu l'eu le 30 mai 1903, en présence d'un grand concours de peuple et avec une grande solennité.

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