‹ Les Frères-Mineurs Capucins 1923Chapitre 7 sur 13 · chapitre des Nattes. En 1643, l’Ordre compte 214,000 mem · texte numérisé non relu

chapitre des Nattes. En 1643, l’Ordre compte 214,000 mem

bres (1). Le grain de sénevé est devenu le grand arbre de l’Evangile. Ce qui étonne ensuite, c’est sa prodigieuse et éminente sain-

teté. À chaque siècle, le ler ordre, à lui seul, engendre des’ saints dont un seulement suffirait à réjouir et à illustrer maïints instituts et maintes congrégations. :

Après les premiers compagnons de François, popularisés par les Fioretti, et presque tous bienheureux, voici du vivant du Saint les cing martyrs du Maroc. De suite apparaît la grande figure de saint Bonaventure, général de l’Ordre, — ami et émule de l’angélique saint Thomas, — avec son auréole de Docteur Séraphique.

Près de lui, saint Antoine de Padoue, le grand thaumaturge du |

XIIIe siècle, dont le culte est mondial, prédicateur sans rival, panégyriste enthousiaste de l’Assomption. François, entre ses fils saint Bonaventure et saint Antoine de Padoue, ne serait-ce pas assez? Bientôt saint Louis d'Anjou, évêque de Toulouse, le Louis de Gonzague des Frères-Mineurs, de race royale, gardant au sein

des splendeurs de sa charge la pauvreté et la simplicité du cloître,

comme d’ailleurs saint Bienvenu, évêque d’Osimo. (2) Le XIVe siècle offre sa gerbe d’or avec les Bx Thomas de

Tolentin et Jean Discalcéat, de Quimper. Le Bx Jean de lL’Al-

verne devient célèbre par ses visions, ses prophéties, ses miracles, et son séjour prolongé sur la sainte montagne où François reçut les stigmates. Le Bx Duns Scot s’immortalise par la défense de

(1) Cf. infra, page 25.

(2) Dans le même siècle, deux martyrs franeais à Avignonnet, les BB. Etienne de Narbonne et Raymond de Carbonne. A Valence, en Espagne, les BB. Jean de Pérouse et Pierre de Saxo-Ferrato.

l’Immaculée-Conception, thèse de l’Ordre devant l’Université de Paris, et devient chef d’école en philosophie et en théologie.

Le XVe siècle retentit de la grande voix de sant Bernardin de Sienne, le Docteur de demain. Par son apostolat, la dévotion au nom de Jésus se propage partout, répand des bienfaits sans nombre sur l’Italie qu’elle pacifie, passe en France avec sainte Colette et va briller sur l’étendard libérateur de Jeanne d’Arce, la franciscaine. Son compagnon, son défenseur, son émule et son ami, saint Jean de Capistran, prêche la croisade contre les Turcs assiégeant Belgrade, baptise plus de 200,000 infidèles. Saint Jacques de la Marche accourt à leur aide pour apaiser l'Italie dévorée par les factions, dissiper ou convertir les sectes innombrables qui ravagent le champ de l’Eglise. D'un autre côté, le Bx Bernardin de Feltre donne, au péril de ses jours, la chasse aux Juifs usuriers et crée les Monts-de-Piété, qui ont gardé le nom sans en retenir le fonctionnement chrétien. Epoque de vitalité franciscaine: on se croirait au XIIIe siècle. (1) |

Le XVIe siècle n’est pas moins florissant. Voici l’austère phy- sionomie de saint Pierre d’Alcantara, réformateur lui-même, conseiller et soutien de sainte Thérèse, dans sa réforme du Carmel. Saint Benoît le More embaume la Sicile du parfum de ses vertus. Saint Pascal Baylon ravit l'Espagne par le nombre et la grandeur de ses miracles. Simple frère, sa dévotion envers le Dieu du Tabernacle est si extraordinaire toute sa vie, qu'il est choisi par Léon XIII pour Patron des Œuvres Eucharistiques. Au Japon, saint Pierre-Baptiste, avec ses nombreux compagnons, versent leur sang pour la foi, et en Hollande, à Gorcum, saint Nicolas et onze de ses frères donnent leur vie pour témoigner de la vérité de la présence réelle, - : | : Saint Joseph de Cupertin, au XVIIe siècle, est un prodige par

la grandeur et la fréquence de ses extases. Dans l'Amérique du Sud, saint François Solano renouvelle les merveilles opérées aux Indes par saint François-Xavier. L'Ordre, à cette époque, a le bonheur d’avoir pour général l’oncle de saint Louis de Gonzague, le V. de Gonzague, prince du saint Empire, mort évêque de Man-

(1) Il faudrait encore citer saint Pierre Régalat et saint Didace d’Alcala.

Saint Pierre-Baptiste et ses cinq Frères-Mineurs

et dix-sept Frères du Tiers-Ordre, martyrs du Japon.

Compagnons

Mis à mort à Nangazaqui le 6 février 1597, les corps des saints martyrs restèrent pendant deux mois suspendus à leurs croix, en état de parfaite conservation. Canonisés par Pie IX, le 8 juin 1862.

Les FRÈRES-MiINEURS CAPUCINS 7.

toue. Sa béatification est en cours. Sur leurs traces, saint Pacifique de saint Séverin. ù

Le XVIIIe siècle s’ouvre, en France, avec l’angélique V. Jean- Baptiste de Bourgogne, mort à 26 ans, et en Corse avec le Bx Théophile de Corte. Saint Jean-Joseph de la Croix fait revivre l’esprit de pénitence de saint Pierre d’Alcantara dont il est le fils. Parcourant les plus grandes villes d’Italie, le grand missionnaire, saint Léonard de Port-Maurice, propage partout la dévotion, depuis si populaire, du Chemin de Croix, attire des foules au pied de sa chaire et opère des prodiges de conversion.

Malgré la grande Révolution, la sève de sainteté ne perd rien de sa vigueur au XIXe siècle. Lies procès de béatification s’instruisent en grand nombre. |

Citons au hasard : le V. Michel de saint François, le Bx Egide, les BBx Léopold de Gaiches et Jean de Triora, le V. Ludovic de Casoria, etc.

Réformes.

Une sainteté aussi prodigieusé en un si grand nombre de ses enfants aurait dû, semble-t-il, écarter de l’Ordre de saint François, même le soupcon de réforme. Celle-c1, cependant, dès le début, se fait jour. Elle ne cessera de se produire à travers les siècles. Parmi les Conventuels les plus anciens et les plus mitigés, se lèvent les Frères de l’Observance, de la Stricte Observance, les Réformés, les Alcantarins, les Récollets, les Capucins. Et nous ne citons que les principales réformes.

Pourquoi ce besoin de renouveau? La sublimité de l’idéal de François. L'Ordre, par son fondateur, est placé sur les sommets ; il s’agit de l’y maintenir.

Nombre de congrégations ont pu traverser les siècles sans réforme, du moins apparente. Elles ne pouvaient déchoir de leur règle, sans, par le fait, cesser d’exister, en perdant presque aussitôt toute vie religieuse. Tout autre est l’ordre de saint Françoïs. On peut descendre des sommets et pourtant conserver une vie aussi et plus sévère même, que beaucoup de congrégations, et avoir, l’histoire le prouve, des saints, comme saint Joseph de Cupertin pour les Conventuels. C’est done uniquement pour relever, rétablir l’ordre dans les ascensions du fondateur que s’opèrent les réformes,

8 Les FRrÈèRESs-MiINEURS CAPUCINS

avec presque toujours des saints à leur tête. Ainsi se réalise la promesse faite par Jésus-Christ à son serviteur François.

En fait, le ler Ordre, après ces différentes réformes, se divise en trois branches. L'autorité pontificale a tranché là question. D'un côté les Conventuels, de l’autre les Capucins, et, au milieu, oroupant toutes les autres réformes, les Frères-Mineurs Léoniens. Dans sa bulle ‘‘Felicitate,’’ en 1897, Léon XIII a fixé les points

La rencontre de Saint François avec Dane Pauvreté

suivants: il n’y a qu’un ler Ordre de saint François. Dans cet Ordre, il y a trois branches avec, à leur tête, un général. Les Frères de ces trois branches sont tous légitimes enfants de saint Francois; tous portent le nom de Frères-Mineurs ou Me sans qu'aucune des trois branches puisse monopoliser ce nom à son profit.

Il n’y a donc plus désormais que les Frères-Mineurs Conventuels, les Frères-Mineurs Capucins et les Frères-Mineurs qui, par opposition aux deux autres branches, s’appellent Frères-Mineurs de l’Union Léonmenne.

Les FRèREs-MiNEuURs-CaAPucINs 9

Pénibles et laborieux furent les débuts de cette nouvelle réforme de l’Observance (1525). Le capuchon de ces fils de saint François frappe les enfants; ils les appellent: Capucins. Le nom leur est resté dans l’histoire.

Dans ce nouveau parterre du jardin franciscain ne tarde pas à s'épanouir une fleur d’une exquise beauté et du plus suave parfum séraphique. — Saint Félix de Jantalice (1513-1587) n’est qu’un frère laïc ou convers. D'’instruction aucune, pauvre paysan, 1l à pour tout alphabet cinq lettres rouges et une blanche: les cinq Plaies de Jésus crucifié et l’Immaculée-Conception. Mais quelle science de Dieu et de ses mystères! Il confond les théologiens les plus savants.

Saint Charles Borromée ne craint pas de recourir à ses lumières et l’honore de son amitié, ainsi que Saint Philippe de Néri. Lui s’appelle ‘‘l’âne du couvent.”’ Les enfants l’entourent en lui criant:

‘‘Frère Deo gratias.’’ Fréquentes sont ses extases. Par sa vie simple et ses miracles éclatants, il édifie la Ville Eternelle, où il fait durant, quarante ans la quête et contribue à la popularité dont les Capucins, dès ce jour, ne cesseront de jouir à Rome. |

En contraste providentiel, près de cet humble, de ce simple d’esprit, se lève un des plus grands et des plus savants hommes de son temps (1): Saint Laurent de Brindes. Jean de Rossi mériterait d’être plus connu. Il prêche en dix langues. La théologie n’a pas de secrets pour lui. Il se fait fort de reproduire en trois langues, de mémoire, la Bible toute entière. C’est un don qu'il

L'Enfant Joaus dans Les bras de St Félix de Cantalire, Capurin

(1) Cf. Marion, Histoire de l'Eglise, 3e vol. 198.

10 Les FRrèRESs-MiNeurs CAPUCINS

attribue à sa Mère Marie Immaculée. Pendant la messe, ses extases sont si fréquentes qu'il doit la dire dans une chambre particulière. Il lui faut deux, trois heures et plus. Il parcourt l'Italie; ses prédications, accompagnées de miracles, opèrent des merveilles dans les plus grandes Cités. Chargé par le Pape de travailler, à Rome, à la conversion des Juifs, il les prêche en hébreu avec une telle connaissance de leur langue qu’ils en sont ravis, et il a le bonheur d’en convertir 30,000 à la foi catholique. Les Papes Jui con- : fient les missions les plus délicates auprès des < souverains et, à pied, il parcourt presque l’Europe entière. ;

Vers 1598, avec le Bx Benoît d’Urtbin, il est envoyé en Allemagne pour arrêter l’hérésie protestante. Etonnante est son action. Il fonde trois provinces : à Prague, à Vienne et à Gratz. Le Turc approche: tout est perdu; dans sa détresse, l’empereur d’Allemagne, Rodolphe, se tourne vers saint Laurent. Nouveau Capistran, il part prêcher la croisade, lève des troupes, ordonne la bataille, prophétise le succès, et, un crucifix à la maïn, s’élançant à la tête des soldats, assure la grande victoire d’Albe Royale. 20,000 catholiques avaient culbuté 120,000 musulmans. :

Définiteur général, puis en 1602 général, il imprime à l’ordre un élan décisif. Ses écrits, très nombreux et fort remarquables, en font un véritable Docteur. \ |

Le Frère et le Père, Félix de Cantalice et Laurent de Brindes, apportaient ainsi à l'Ordre au berceau, la seule preuve de légitimité : l’authenticité des œuvres; le sceau de Dieu: la sainteté éminente. Léon XIII, par le droit, n’a fait que consacrer le fait. D'autres, d’ailleurs, sur leurs pas, vont donner à la démonstration de la vérité tout son éclat. De nouvelles étoiles vont briller au ciel du ler Ordre dans la branche des Capucins (1).

Voïci d’abord un groupe à part, d’une beauté toute surnaturelle, d’une fraîcheur céleste. Ce sont les imitateurs de Félix de Cantalice. Humbles frères, s’immolant à l’ombre du cloître, dans la prière, la pénitence et le travail: vaquant aux emplois les plus ordinaires, portiers, jardiniers, cuisiniers, quêteurs, beaucoup sans

(1) I1 suffirait d’ouvrir ‘‘les Icônes”? du Capucin Charles d’Aremberg, des princes d’Aremberg, pour voir, dans une galerie superbe de gravures, le défilé des capucins illustres. Et pourtant l’Ordre sort du berceau.

connaissances littéraires, de condition modeste; lancés sur les routes de la quête ou de la charité, ils font revivre les merveilles de la Thébaïde. — Comme leurs Sœurs, les Filles de Claire, ils ne peuvent prétendre qu’à l’action de Madeleine aux pieds de Jésus à Béthanie: prier, s’immoler, tout autre apostolat leur semble fermé; et voici que des villes, des contrées qu'ils habitent s’élèvent des bénédictions enthousiastes. A la suite de leurs devanciers, les Didace, les Pascal Baylon, ces pauvres, ces petits, distribuent des secours aux malheureux, consolent les affligés, guérissent les malades, procurent la paix et convertissent les âmes. ‘(Ces contemplatifs sont de vrais apôtres. De leurs biographies s’exhale le parfum du Christ. A leur contact, l’âme est transportée dans une autre sphère : on respire un air du ciel; un je ne sais quoi de franchement franciscain vous enveloppe comme une atmosphère sacrée. Les Fioretti, pourtant si suaves, si poétiques, n’ont rien de plus exquis.

Voyez Saint Séraphin de Montegranaro (1540-1604). Tout enfant il marche sur la Potenza débordée, sans s’en apercevoir, tant est grand son désir d’arriver à Liorette, de voir Marie, sa Mère, qu’il aime tant. Autre Pascal Baylon, il passe ses nuits en extase devant l’Eucharistie. (C’est la charité même. Le P. gardien trouve qu'il donne aux pauvres trop de légumes. ‘N’ayez crainte !”? répond le frère. Ce qu'il coupait le jour pour donner aux pauvres, par miracle repoussait la nuit. L'année de sa mort, le Bx Bernard d’Offida vient au monde (1604-1694). Il est quêteur. Disciple de saint François, il pratique la prédication muette. On ne peut le voir les yeux baïssés, humble, modeste, s’avançant péniblement sous le fardeau de sa besace, perdu en Dieu, sans se sentir édifié. On court vers lui. De son cœur s’échappent des paroles de flamme. Aux miséreux, il donne les secours temporels qu'il a quémandés; mais plus précieux encore sont les secours spirituels qu'il tire de son cœur comme d’une bourse toujours pleine.

Des lointains pays de l'indifférence, vers la même époque, le Bx Bernard de Corléon (1607-1667) vient se réfugier chez les Capucins. Bretteur émérite, il a d’abord refusé de se battre en duel. Il s’y voit forcé enfin, il a le malheur de tuer son adversaire. Sous un nom d'emprunt, il se rend au couvent pour y commencer une

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vie surprenante d’austérité et d’union avec Dieu. Un jour, dans sa cellule, il essaie d’apprendre à lire. Tout à coup Jésus paraît, le prend par les cheveux: ‘Que fais-tu là, Bernard? — Eh! Seigneur, j’apprends à lire afin de pouvoir puiser dans les saints Livres les trésors que vous y avez déposés. — De livre, tu n’en auras pas d’autre que moi, mon Cœur et ma Croix!” Transformé par l’amour qui le dévore, il multiplie les miracles et embrase des feux de la charité tous ceux qui l’approchent.

Le Bx Crispin de Viterbe (1668-1750) évolue dans le même cadre. La joie que le Séraphique Père recommande à ses enfants embaumait son âme, rayonnait sur son visage et dans toute sa petsonne. C’est le Saint joyeux. Il aime tant la sainte Vierge! il en parle, il la chante. Il a appris des tirades de vers du Tasse sur Marie, et son bonheur est de’ les déclamer à ceux qui viennent à la porte de sa cuisine. Il arrache des larmes d’attendrissement. I1 a le don des miracles et opère de nombreuses guérisons.

La vie du Bx Félix de Nicosie (1715-1787), avec tout l'intérêt du roman le plus extraordinaire, offre à l’âme le bienfait d’une édification croissante. C’est un tissu de miracles, une série d’anecdotes, un enchaînement de faits, dont l’authenticité est attestée par les pièces du procès de lbéatification. Et le bon saint, avec sa simplicité franciscaine, son humilité, sa bonhomie, semble ne pas avoir conscience de ce qu'il accomplit. :

Sur les traces de saint Félix de Cantalice, les Frères; les Pères sur les pas de saint Laurent de Brindes. En eux, Dieu se prépare une phalange de moiïines-apôtres contre. l’armée formidable de Luther. Sans vouloir en effet diminuer le mérite de personne, une connaïssance plus approfondie des documents nous permet de dire aujourd’hui, avec certitude, que la famille des Capucins dans l'Ordre de saint François a été suscitée par Dieu pour opposer une

digue victorieuse aux flots envahissants de la Réforme. Dans la

lutte contre les Albigeoiïis, au XIITe siècle, la part considérable qui revient à saint Antoine de Padoue et aux fils de François n’est en rien au préjudice de saint Dominique et de ses enfants. De même la gloire des Jésuites d’avoir bataïllé sans cesse contre les protestants, ne sauraït mettre dans l’oubli l’immense appoint, le rôle exceptionnel fourni par les Capucins en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Hollande, en Belgique, en Angleterre, en France, sur

Le Bienbeureux Félix de Nicosie, Capucin (1715-1787) |

A l’annonce de sa mort prochaine, il demanda par trois fois à son Supérieur la ! permission de quitter cette terre. L'ayant obtenue, il rendit son âme à Dieu au soir de la clôture du mois de Marie. Béatifié par Léon XIII le 3 fév. 1888.

tous les théâtres de l’hérésie. Dans l'apparition des Capucins, au XVIe siècle, en face du Protestantisme, il y a plus qu’une coïneidence, il y a un dessein de la Providence.

Certes, l'Ordre de François, malgré quelques regrettables défections, était loin de capituler. Des soldats se levaient partout pour défendre François attaqué dans sa Règle, et plus encore pour venger la sainte religion catholique outragée; mais il fallait du secours, des renforts, des réserves, des troupes fraîches pour donner l’assaut. Les Capucins sont là. Le Pape les lance dans la mêlée. Nous verrons nos Capucins français à l’œuvre en France et jusqu’en Angleterre. Mais quelle influence prépondérante n’a pas exercé saint Laurent de Brindes à travers l’Europe avec le prestige de sa science et de sa sainteté ?

Ses compagnons en Allemagne lui cèdent à peine. Le Bx Benoît d’'Urbin (1560-1625) appartient à une famille apparentée aux plus grandes familles d’Italie et à quatre papes. Dès son enfance, il a pour Marie une dévotion surprenante. Il fait ses études de droït, lauréat à Pérouse et à Padoue. Il entre chez les Capucins. Sa piété l'emporte encore sur sa science et sa noblesse. En Allemagne, pendant quatre ans lieutenant de saint Laurent de Brindes, il remporte avec lui, sur les protestants, des succès dont les conséquences durent encore aujourd’hui. Revenu en Italie, il prêche avec un succès incomparable dans les grandes villes; mais 1l préfère se consacrer à l’évangélisation des campagnes. Partout il touche les cœurs les plus endurcis et convertit les âmes.

Lutter à force de science et de vertu contre le Protestantisme, ce n’était pas assez: les Capucins songent à organiser le combat. Pour protéger la foi, la défendre et la recouvrer là où l’hérésie a pénétré, il faut une direction, une permanence, une institution ad hoc. Le V. P. Chérubin de Maurienne, le premier, en a eu l’idée: maïs ce n’est qu’en 1622, sur les conseils de son prédicateur favori, le P. Jérôme de Narni (1), Capucin, que le Pape Grégoire XV établit la Congrégation de la Propagande et la place sous la présidence de Ludowvisi, Cardinal Protecteur des Capucins. Deux Capucins doivent, dans la suite, protéger cette institution naiïssan-

(1) ‘‘Je viens d’entendre saint Paul,’’ disait le Vén. cardinal Bellarmin, en sortant d’un sermon du P. Jérôme de Narni.

16 Les FRÈèRESs-MiNEuRs CAPUCINS:

te: le Cardinal Barberini, frère d’Urbain VIII, et le Cardinal Casini d’Arezzo. |

Le premier Martyr de la Propagande sera un Capucin, saint Fidèle de Sigmaringen (1577-1622). Docteur en l’un et l’autre droit de l’Université de Fribourg en Brisgau, il entre chez.

les Capucins où son frère l’avait déjà précédé. Son unique désir, comme à son Père séraphique, est de verser son sang pour Jésus-Christ. A l’Elévation de la messe, il requiert tous les jours cette orâce. La Propagande, nouvellement fondée, demande des missionnaires aux (Capueins pour défendre la Suisse infestée de protestants. Plusieurs sont envoyés chez les Grisons.

Fidèle est leur chef. Le poste est plein de danger, il le sait; son âme tressaille de bonheur à la pensée de la palme du martyre. Courses, prédications, controverses, il ne recule devant rien, entraînant ses compagnons à sa suite. Le Saint Fidèle de Sigmaringen, Capucin one

Premier Martyr de la Propagande LE

rieux de se voir confondus,

les Protestants méditent la mort du Capucin. On l’avertit; il continue son ministère. Pendant qu'il est en chaire, une troupe de soldats entre, se précipite sur lui en hurlant et en le sommant d’em-. brasser la religion de Calvin. ‘‘Je ne suis pas venu pour embrasser l’hérésie, répond Fidèle avec calme, maïs pour la combattre.”’ Cette profession de foi exaspère les fanatiques, ils se précipitent sur lui. Fidèle, baigné dans son sang, succombe sous leurs coups.

C'était pour l’ordre une bénédiction et une semence d’ouvriers apostoliques. Les” Capucins sont partout. L’Allemagne, toujours foyer d’hérésie, produit cependant de généreux athlètes de la foi. Tel le fameux Martin de Cochem, mort en 1712. Il inonde le pays de sa ‘‘Sainte Messe, ’” de la ‘Prière du Cœur,’ et d’autres ouvrages qui, aujourd’hui encore en Alsace et dans les pays circonvoisins, sont entre les mains de tous les catholiques. On se demande comment ces religieux pouvaient suivre les observances et suffire à tant de labeurs. Non seulement Martin de Cochem prêche, mais il écrit des controverses en allemand, en latin, en grec et en hébreu, poursuivant l’erreur partout où elle se fait Jour. |

Le chanoine Erasme, par ses écrits, prépare les voies à Luther, mais le célèbre Titelman, capucin de Belgique, lui donne une chasse victorieuse sur tous les terrains de la science, de la littérature, de la linguistique et de l’histoire.

Mais quelle que soit la valeur de tous ces lutteurs, il en est un qui les domine de toute la hauteur de sa taille, En lui nous retrouvons saint Laurent de Brindes. C’est le V. Marc d’Aviano,(1) Vénitien, dont la cause de béatification tenait tant au cœur de son compatriote le Pape Pie X. En Allemagne, en Autriche, il imprime une vigueur nouvelle aux œuvres déjà établies par les Capucins qui l’avaient précédé. Il réussit à donner à la religion de telles bases qu’on n’a pu les ébranler jusqu’à nos jours. Mais son plus beau titre est d’avoir sauvé Vienne, l’Autriche, et, on peut bien le dire, la chrétienté. En vain Jean de Capistran, Laurent de Brindes avaient brisé deux invasions formidables, les Turcs revenaient avec une pression plus effrayante que jamais. Ils ont mis le siège devant Vienne qui va succomber. Marc d’Aviano peut seul sauver la situation. Entre ses mains l’empereur remet la direction. Le Capucin accourt à Krems. Charles de Lorraine n’a que 40,000 hommes. La division et la discorde sont parmi les généraux. Tout tombe devant le Capucin, qui réussit en même temps à gagner le général de la cavalerie, Orneas Cagnera, et le décide à

(1) Vie du Vénérable Père Marc d’Aviano (Apôtre, diplomate et guerrier), Capucin, par les Pères Louis-Antoine de Porrentruy et Ernest-Marie de Beaulieu, du même ordre. Beau volume in-8 de XVI—584 pages. Prix $2.00. En dépôt aux Bureaux de ‘‘L’Echo?? à Ottawa.

marcher au secours de Vienne. Bientôt les armées sont en présence. Charles de Lorraine dirige l’aïle droite. Le roi de Pologne, Jean Sobieski, l’aile gauche; au centre, les électeurs de Saxe et de Bavièré. Le 7 septembre 1683, le P. Mare célèbre la messe s0lennelle. Jean Sobieski veut la servir lui-même. Le 10 l’armée est à Vienne, prête à en venir aux mains. Le saint Missionnaire, en haut d’une colline d’où il domine, donne la bénédiction aux combattants. Il étend les bras et crie d’une voix sonore: “Ecce Crucem Domini, fugite partes adversæ!”? Pendant toute la bataille il se tient en prière. La victoire est complète. Taillés en pièces, les Tures abândonnent aux vainqueurs camp, convois et un riche butin. Le même Père, avec Charles de Lorraine, reprend Vise- : | grade (1684), Neuhaufel. En 1686, au siège de Buda, il porte au : haut d’un bâton l’image de saint Joseph et pénètre un des premiers dans la brèche. On le voit encore à l’armée en 1687-1688. Les généraux hésitent à attaquer Belgrade: elle est au pouvoir des Turcs depuis cent soixante-huit ans. Il les décide, et, en deux * 4 heures, le 6 septembre, la ville est prise malgré les prévisions les | plus pessimistes. Vienne et l’Autriche ont gardé le souvenir de leur sauveur. Son comps repose dans la chapelle impériale de l’église des Capucins.

Ces luttes gigantesques contre les Turcs et les Protestants sont loin d’absorber l’activité des Capucins. Les Missionnaïres continuent à se prodiguer, dans les villes et les campagnes de la chrétienté, pour le salut des âmes. A leur tête, saint Joseph de Léomisse (1566-1612). Dévoré du feu sacré, ïl est d’abord envoyé à Cons- Le tantinople. En peu de temps il fait un bien immense. Il visite les chrétiens captifs, les console, les fortifie dans la foi et travaïlle avec succès à la conversion des Musulmans. Le bruit s’en répand. Furieux, le sultan le fait arrêter et le condamne à mourir sur un’ gibet. Martyre horrible: on le suspend à une potence par deux crochets, l’un enfoncé dans une main, l’autre dans un pied, et, sous lui, on allume un brasier fumeux. Il reste trois jours et trois nuits dans cette agonie. Mais un ange vient le détacher, guérit ses. plaies et lui ordonne de retourner en Italie. D'une austérité qui fait frémir, malgré une santé compromise, il ne cesse de prêcher jusqu’à six et huit fois par jour. Partout il apaise les rixes, fait

disparaître les scandales, ruine le péché, fait fleurir la vertu. Il sème les miracles sous ses pas. Souvent en extase, doué du don de prophétie, deux foïs sur son manteau, avec son compagnon, il traverse le Tronto et la Marvia débordés. Exténué de travaux, à 71 ans, il rend sa belle âme à Dieu. Son corps, d'une maiïgreur effrayante, revêt aussitôt une beauté céleste. Encore aujourd’hui conservé, il exhale une suave odeur. Saint Joseph de Léonisse fut un des plus grands prédicateurs de son temps.

Un demi-siècle après lui, le Bx Ange d’Acre (1669-1739) va, dans cette même Italie, renouveler ces merveilles avec encore plus d'éclat. Par trois fois il quitte le noviciat. Comprenant la troisième fois que c’est l’œuvre du démon, il se jette à corps perdu dans la vie franciscaine.

La première fois qu'il monte au saint

autel, il est ravi en extase. Sa science égale sa piété. Tout fait prévoir qu'il sera un grand missionnaire, Dans cet espoir, en 1702, on lui confie un carême.

Tout est écrit, tout est appris aux pieds du Christ: le succès est assuré. Hélas! au milieu du Carême, plus de mémoire, il doit interrompre sa prédication ‘‘ Que voulez-vous donc que je fasse, Ô mon Dieu ?’? s’écrie-t-il en tombant à genoux dans sa cellule. — Une voix: ‘‘Ne crains rien, je t’accorderai le don de la prédication; désormais tes travaux ne seront plus stériles.’ — ‘Qui êtes-vous ?’” —— À ce moment, la cellule est ébranlée, et la voix: ‘‘Je sufs Celui qui suis: tu prêcheras à l’avenir dans un style simple et familier, afin que tous puissent te comprendre.’ Saisi d’un saint effroï, le Bienheureux tombe évanoui. Revenu à lui, il brûle ses sermons, ne veut plus d’autre livre que la Bible et le Crucifix, et ne monte plus en chaire qu'après s'être préparé dans l’oraison. Voïe extraordinaire, voie de l’Esprit! Science des Ecritures, langage à la portée de tous, feu sacré, onction pénétrante : tout ce qu’il faut pour illuminer les intelligences, toucher les cœurs, gagner les volontés, le don de prédication l’apporte au Bienheureux. Avec ce don, le don de miracle, de

St François, de Murillo

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guérison, de prophétie, de pénétration des cœurs, d’agilité. En un instant, pour secourir un malade, un mourant, convertir un pécheur, il franchit des distances considérables. Sa vie n’est qu’un prodige. En chaire, on le voit tantôt en extase, tantôt entouré d’une lumière céleste, tantôt avec une colombe aux aïles déployées au-dessus de la tête. Avancé en âge, il termine par un miracle qui se renouvelle chaque jour cette vie qui n’est qu’un miracle. Aveugle, en effet, il recouvre la vue, le temps de dire sa messe et de réciter son bréviaire. ‘‘Apôtre comme saint Antoine de Padoue et saint Bernardin de Sienne, enrichi comme eux du privilège, des thaumaturges, pénitent comme saint Pierre d’Alcantara, extatique comme saint Joseph de Copertino, il semble réunir en lui tous les dons’si libéralement concédés par la Providence aux plus grands saints de l’Ordre franciscain. Que lui manque-t-1l pour devenir célèbre à l’égal des plus grands saints? D'’avoir franchi les frontières de la Calabre dont il est l’apôtre. |

Non moins étonnante est la vie du Bx Diego de Cadix (1743- 1801), avec une portée sociale de premier ordre. Le Bx Ange brûle ses sermons et le Bx Diego laisse à sa mort, écrits de sa main. plus de 3,000 sermons sur tous les sujets que peut aborder un orateur. Le Bienheureux a dû parler à tous les auditoires possibles : aux grands, aux petits, à la cour, aux religieux, aux personnes du monde, aux soldats, aux étudiants, aux avocats, aux officiers, aux savants, aux magistrats, aux académies, et, à tous, il a tenu le langage propre, professionnel, et tous étaient obligés de convenir que sur la matière traitée le Capucin en savait plus que les spécialistes lès plus compétents, vérification de la parole de saint Paul: ‘‘L’Esprit souffle où il veut et ses formes sont variées.’ Fils d’une illustre famille qui fait remonter son origine jusqu'aux premiers rois d’Espagne, le jeune Diego se fait remarquer par une incapacité intellectuelle que compense à peine sa piété précoce. ‘‘Votre fils est un âne,’ ne craint pas de dire le professeur de l’enfant au père humilié. Le saint aimaït à le rappeler: ‘‘Je ne suis qu’un pauvre âne des Asturies.”’ En vain il demande à entrer chez les Capucins, la porte reste fermée. Il ne peut faire d’études: à la fin, cependant, on l’accepte par commisération et pour récompenser sa persévérance. Voilà les débuts du Missionnaire que l'Espagne, : d’une voix unanime, n’appellera plus que saint Paul.

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Ses études terminées sans éclat, le moine-apôtre se lève. Ce n’est plus qu’une série de triomphes à travers la Péninsule. L'’enthousiasme tient du délire; on se croirait au temps des Antoine de Padoue, des Bernardin de Sienne. Et pourtant c’est en plein XVIIIe siècle. A Barcelone, il a plus de 80,000 auditeurs. Les plus vastes cathédrales: Séville, Cordoue, Grenade, enceintes immenses, ne peuvent contenir les foules. (C’est une vogue qui n’a d’égale que les fruits de salut. La cour, malgré sa frivolité, veut entendre ce missionnaire dont le nom est dans toutes les bouches. Le roi le nomme son prédicateur et son confesseur honoraire. Les Académies l’invitent à parler, et, ravies, lui décernent les titres les plus flatteurs. Le pauvre Capucin est docteur, conseiller, membre de tous les instituts. Les Chapitres croient s’honorer en couvrant ses épaules de leur camail. Les distinctions, chose presque inouïe dans la vie d’aucun prédicateur, pleuvent de toutes parts sur la bure de l’humble fils de François. Belle stature, attrayante physionomie, voix prenante, il avait tous les dons de l’orateur. Mais le vrai secret de son éloquence, c'était son éminente sainteté. L’admirable Curé d’Ars n’a pas eu une vie plus grande d’austérité et de pénitence. Plus on l’entoure d’honneurs et de distinctions, plus il s’enfonce dans l’humilité. (Ses prédications sont accompagnées de miracles et de prodiges. ‘Oh! je prêcherais bien, moi aussi, s’écrie un jour une enfant; le Père a une colombe qui lui souffle tout à l’oreille!?’ Son principal sermon traite de la saïnte Trinité pour laquelle, dès sa plus tendre enfance, il a une singulière dévotion. Il ne dure pas moins de trois heures. Les foules accourues restent suspendues à ses lèvres. Son amour pour le Saint Sacrement dépasse tout ce qu’on peut dire. Il monte en chaire avec l’Hostie en mains, et la montrant à ses auditeurs, il arrache des larmes de repentir et fait tomber les haïines les plus invétérées. Partout en Espagne il institue des Confréries du Saint-Sacrement, sorte de garde d’honneur, qui fonctionnent encore aujourd’hui. La Vierge en lui trouve un cœur d’enfant. Notre-Dame de la Paix, la Pastora ou la Divine Bergère, est pour lui pleine d’attraits. (Cette dévotion, la grande dévotion espagnole depuis la vision célèbre du V. Isidore de Séville, Capucin, ravit le . Bienheureux, et, à la lettre, le ravit en extase. La chanter dans

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ses prédications, grouper autour de cette pastourelle si aïmée les fidèles comme de mystiques brebis, c'était son bonheur. Il avait toujours un sermon sur la Pastora et il ne durait pas moins de trois heures, au ravissement de ses auditeurs: la plupart du temps il entrait en extase. Aussi, grâce à ce puissant en œuvreset en parole, l’Espagne échappe en partie à l’influence néfaste de Choiseul et de Pombal: la Révolution française, qui déborde ses flots d’anarchie sur l’Europe, trouve en Diego un rempart qu’elle ne peut franchir. |

Que dire enfin des Bienheureux Agathange de Vendôme et Cassien de Nantes, ces prémices sanglantes de notre mission d’Abyssinie, morts pour le Christ le 7 août 1637, âgés le premier de 40 ans, le second de 81 ans à peine?

Né à Vendôme le 31 juillet 1598, le Bx Agathange entra dans l’Ordre des Capucins à l’âge de 21 ans et fit son novitiat au Couvent du Mans, où le Père Maître n’eut qu’à modérer son zèle. Ordonné prêtre en 1625, il était déjà armé pour les luttes de l’Apostolat. (C’est à Rennes que son départ pour les Missions se décida d’une manière providentielle. Envoyé d’abord à Alep où il apprit rapidement l’Arabe, il se mit à prêcher avec fruit aux Européens, aux indigènes, aux Maronites surtout. D’Alep, il fut envoyé à la Mission d'Egypte, se rendit au Caire où il devait rencontrer son compagnon de travaux et de martyre, le Père Cassien de Nantes.

Le Père Cassien, lui aussi, était français d’origine, maïs de famille portugaise, établie à Nantes. IL naquit le 14 janvier 1607. Jeune enfant, il allait passer ses heures de recueillement au pied de l’autel, dans la chapelle des Capucins, voisine de la maison 1naternelle. (Cette assiduité le mit en rapport fréquent avec les religieux. Dès l’âge de neuf ans, il avait demandé d'entrer dans leur Ordre dans l’espoir d’être envoyé plus tard aux Missions étrangères. Ce désir ne fit que s’accroître quand, sept ans\après, il fut admis au noviciat, puis pendant ses études de philosophie et de théologie à Rennes. Ce fut le célèbre Père Joseph du Tremblay, qui, au lendemain de la prêtrise du P. Cassien, mit le comble à ses vœux en lui donnant une obédience pour l’Egypte où l’attendait le P. Agathange. Après de nombreux travaux, nous les trouvons

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ensemble au Caire, où le Père Agathange était chargé de diriger la Mission. Mais bientôt nos deux religieux partirent du Caire pour la nouvelle Mission d’Abyssinie, munis de lettres de recommandation pour le Négus, l’Abouna et le peuple abyssin.

Ils arrivèrent à Souakim et se rendirent de suite à Bawa, capitale d’une des provinces d’Ethiopie, où leurs premiers travaux d’évangélisation furent couronnés des succès les plus rapides et les plus consolants. Malheureusement, un luthérien, suédois d’origine et médecin, Pierre Heyling, plus connu sous le nom de Pierre Léon, avait prévenu contre eux le Négus, qui ordonna de les lui amener à Gondar sous bonne escorte et traités en criminels d'Etat. Enchaînés un mois durant, les deux Capucins donnèrent à tous l’exemple d’une vertu héroïque. Sommés de comparaître devant le tribunal du Prince et mis en demeure de choisir entre l’apostasie et la mort, ils préférèrent la mort et confessèrent leur foi. Le Névus les condamna à être pendus, et les bourreaux les conduisirent immédiatement au lieu du supplice, devant les deux arbres, toujours dressés comme potences pour les criminels.

Les Abyssins furent alors témoins d’un spectacle nouveau pour eux. Nos deux missionnaires s’en allaient au supplice comme des invités à un festin de noces, avec un empressement et une joie qui se trahissait sur tout leur extérieur. C’est que la prière qu’ils avaient faite de mourir comme le divin Rédempteur, suspendus au gibet des malfaiteurs, allait être exaucée.

Les potences étaient prêtes. Déjà les Confesseurs de la foi avaient vu brûler sous leurs yeux, leurs livres, leurs objets de piété, tout ce qu’ils avaient apporté. Pourtant, les bourreaux attendaient. Dans leur empressement satanique, ils avaient oublié les instruments du supplice. Mais, dans une sainte impatience de conquérir la couronne du martyre, le Père Cassien leur dit: ‘‘Estce que nos habits ne sont pas ceints de cordes ?”7?

Ce fut un traït de lumière pour les bourreaux, aussi ardents à accomplir leur triste besogne que les Capucins à être les victimes. Aussitôt, les condamnés sont dépouillés de leurs vêtements, les cordes — leurs propres cordes — sont passées autour du cou, ils sont soulevés, suspendus entre ciel et terre. Il était midi, l’heure où le Sauveur lui-même fut élevé sur la croix.

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Et la prière des suppliciés et leurs élans d’amour monlèrent en silence vers le ciel; ils offrirent leur vie au Sauveur en témoignage d’amour, le Rratate de les avoir jugés dignes de souffrir pour son nom et pour sa foi. |

La mort de ces généreux martyrs provoqua sur le champ plusieurs conversions et leur sang est devenu une semence de chrétiens pour notre chère Mission d’Aïbyssinie, fécondée depuis par les sueurs de nos Missionnaires, notamment de l’illustre Cardinal Massaïa, Capucin, de Mgr Taurin, de Mgr Jarosseau et de Mer Pascal Lombard. Plusieurs religieux ont en outre versé leur sang comme nos Bx martyrs et pour la même cause: les Pères Chérubin

La Léproserie de Harrar

et François, qui, après avoir été missionnaires en Perse, s’embar-

quèrent pour l'Ethiopie. Malheureusement, ayant voulu y péné-

trer en traversant les tribus des Somalis, ïls ne tardèrent pas à être massacrés. Citons, plus récemment, en 1890, le Père Ambroise et le Frère Etienne, tombés à Ensa sous la lance des Somalis ; enfin, en 1919, le Père Julien, un ancien étudiant d'Ottawa, ordonné prêtre par Mer Duhamel, qui fut lâchement assassiné, au retour de la guerre, dans sa propre mission de Minné.

Ce fut le ler janvier 1905 que Sa Sainteté Pie X placa sur les autels nos deux Bienheureux martyrs Agathange et Cassien, mis à mort en Ethiopie par les schismatiques en haine de la foi catholique. |

D’autres Capucins, en dehors de ces illustrations, préparent

de. déni pat Gb

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des gloires nouvelles à l’Ordre pour leur béatification, en instance à Rome. Dans les XVIe et XVIIe siècles il est encore des trésors inexplorés, par exemple le V. Raymond de Borgo San Sepolcro (1589). Au XVIIIe siècle commencent à poindre, radieuses étoiles, des émules de saint Félix de Cantalice, les V. André de Burgo, V. Ignace de Laconi, Georges d’Aoste (1761) (1); d’autres imitateurs de saint Laurent de Brindes, le V. Joseph de Carabantès (1694), l’intrépide missionnaire espagnol, le V. Bonaventure Barberini, mort évêque de Ferrare (1743), le V. Charles (1763), le V. Topatius de sainte Agathe (1770), le V. Laurent Zibello.

Dans le XIX siècle, le V. Simon Philipovich t 1802, Jesuald de Reggio, surnommé le Marteau de la franc-maçonnerie, t 1805, le V. François de Lagonège t 1804, le V. Dominique de Rome f 1813, et, plus près de nous, le V. Innocent de Berzo t 1890, tous missionnaires aussi remarquables par leurs vertus que par leurs travaux apostoliques.

Terminons cette première partie par un mot de statistique.

Nous savons qu’à la mort de saint Bonaventure, l’Ordre comptait près de 200,000 religieux. Nous avons aussi la statistique de l’Ordre au milieu du 17e siècle, en 1648.

Conventuels: 1,509 couvents, 80,000 religieux.

Observants: (différentes réformes), 163,000 religieux.

Capucins: 1,379 couvents, 21,000 religieux.

Total du ler Ordre : 214,000 religieux.

Deuxième Ordre, Clarisses: 3,850 couvents, 73,000 religieuses.

Troisième Ordre: des centaines et des centaines de mille.

En 1685, d’après le catalogue de l’Ordre dressé au chapitre - général des Capucins: couvents 1,611, Hospices 186, religieux

En 1754, Les Capucins:. 63 Provinces et la Custodie de Malte, 1,719 maisons, 123 noviciats, 390 collèges ou lieux d’études, 227 missions.

(1) Nous ne pouvons oublier le Vén. François de Gênes, 1804-1866, mort victime pour sa patrie. é

15,165 prédicateurs, 5,409 prêtres, 3,111 clercs, 9,300 ais T'otal: 32,885 religieux.

Plus 108 missions ou hospices desservis, dans les quatre parties du monde, par environ 1,000 religieux.

Total, chiffre rond : 84,000 Capucins.

La Révolution a passé depuis, semant partout la ruine et la mort. Avec une rage d’enfer, elle s’est abattue sur cet arbre séraphique si beau et si puissant. Mais par la miséricorde de Dieu, bien que fortement ébranlé par l’orage, il reste debout, plein de vigueur.

À L'HEURE ACTUELLE, le ler Ordre de saint François est encore le plus nombreux des Ordres religieux.

Près de 2,000 Mineurs Conventuels, 16,000 Mineurs de l’Union Léonienne, 10,000 Mineurs Capucins. Approximativement, 28,000 Frères-Mineurs.

En des accents dignes d’Isaïe dans une vision prophétique, le Séraphique Père S. François a chanté la prospérité grandissante de son Ordre. ‘‘...Les Français arrivent, les Espagnols s’empressent, les Allemands et les Anglais accourent, toutes les nations, s’ébranlent. Encore un peu de temps, et beaucoup de sages et de nobles viennent se joindre à vous pour prêcher aux rois, aux puissants et aux peuples. Car Dieu veut multiplier à l’infini cette petite famille. ??

De la bouche de Jésus même, il en a reçu la promesse formelle: les Frères-Mineurs subsisteront jusqu’à la fin du monde.

Le Bx Bernard de Corléon, Capucin (1607-1667)

. Modèle d’autérité surprenante et d’umion à Dieu. Il veut apprendre à lire. ‘‘Que fais-tu, Bernard? lui dit Jésus. — Seigneur, j’apprends à lire afin de pouvoir mieux vous aimer. — De livre, tu n’en auras pas d’autres que moi, mon Cœur et ma Croix! ??

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