‹ Les Frères-Mineurs Capucins 1923Chapitre 9 sur 13 · EN · texte numérisé non relu

EN

Dénomination des Provinces.

Province de

St-Louis (Aix) .....

Paname.

Champagne. ......

it.

Bourgogne.,......

Toulouse. ........

d'Aquitaine... ......

PaUre:.: ::.......

(Dunkerque-Bruxel-

les- Amsterdam MAHONDE. 21. .....

St-Omer-Namur-Liège

Vervins.

Hospices, Miss. et

Résidences

Couvents, Hosp.

ou Mis.

Hosp. 2

HHOsD. 8

Hosp. 10

Dénombrement des religieux

Prédic.

Prêtres

Clercs

Laïcs

Total

Influence de premier ordre.

Or, n’y aurait-il que le nombre de religieux —huit mille Capucins en France! — menant la vie claustrale; n’y aurait-il que cette légion d’orants consacrés à la louange divine, à la réparation pour les crimes de la société ou le salut des âmes, c’en serait assez pour fixer l’attention. Mais il y a les œuvres, il y a les hommes, œuvres et hommes qui soutiennent la comparaison avec les œuvres et les hommes de leur temps, qui les égalent et les surpassent souvent. |

A-t-on pensé à l’influence de ces mendiants volontaires dans leurs visites, dans leurs tournées, leurs quêtes, leurs voyages dans le rayon du couvent ou de couvent à couvent? La France est leur domaine — plus de 400 couvents' — et ils sont en rapports, par leurs couvents, avec la Belgique, l'Allemagne, l’Autriche, l'Italie, l’Espagne (ils ont partout des couvents de Capucins, ils sont 34,000 dans l’univers), par leurs missionnaires, avec les contrées les plus lointaines. Prédicateurs de la prédication muette de saint François, par leur vie crucifiée, leur exemple est un verbe d’éternité pour ce monde plongé dans les affaires du temps. A une époque où les journaux débutent en de timides bulletins mensuels ou trimestriels, ils sont les gazettes vivantes les mieux renseignées, et — comme au temps de Jeanne d’Arce, leurs devanciers en saint François — colportent les messages du Christ et dela patrie.

Mais le Frère-Mineur Capucin n’est pas seulement moine, voué à la vie claustrale ; il est encore apôtre. Il mène la vie mixte, active et contemplative, le moine-apôtre, tel que l’a concu et réalisé saint François d’Assise sur le modèle de Notre-Seigneur Jésus-Christ... Le: il m’a envoyé évangéliser, du Rabbi, misit me evangelizare s'adresse au capucin, qui redit avec le prophète: me voici, envoyez-moi, ecce ego, mitte me. C’est sa vocation, sa mission, son œuvre, opus tuum Domine. ‘Le Démosthène du peuple, c’est le Capucin””, a dit Lacordaire. C’est beaucoup dire et, ce n’est pas assez. Oui, les pauvres sont évangélisés, pauperes evangelizantur, ces pauvres, méprisés et honnis d’Horace, odi profanum vulgus et arceo. Jésus, de son cœur, a laissé tomber cette plainte adorable : j'ai pitié de cette foule, misereor super turbam, et l’histoire montre

des intellectuels, des savants, des Yves de Paris, des Benoît d’Urbin qui se consacrent aux campagnes, de préférence aux villes, aimant, comme Jésus, à vivre au milieu des petits et des humbles.

Le Bienheureux Bernard d’Offida, Capucin 1604-1694

Dieu récompensa les mérites de ce glorieux serviteur par le don des miracles, de pénétration des coeurs, par des extases et des ravissements. La Ste Vierge, en qui il avait une filiale dévotion, daigna un jour se montrer à lui et l’assurer du pardon de ses péchés.

Le Capucin n’encourra pas le blâme de saint Jacques. Non est personarum acceptio. ‘‘Les Capucins sont les apôtres du peuple, avec leur corde et leurs pieds à vif.’’ Lacordaire s’explique. Mais ils savent être des ‘ Démosthène”’” tout court et s’adresser aux intellectuels et aux grands, aussi bien qu’aux foules et aux peuples. L’apôtre affirme fièrement qu'il se doit aux barbares, mais aussi

38 Les FRÈRESs-MINEURS CAPUCINS

aux Grecs, aux ignorants et aux lettrés. Græcis et barbaris debitor sum. Ainsi le Capucin. Imitateur fidèle en cela du premier missionnaire et prédicateur, Notre-Seigneur Jésus-Christ: simple en saint Mathieu dans ses paraboles, parce qu’il s'adresse au peuple, à la foule; sublime en saint Jean, parce qu'il parle à des Docteurs, à des lettrés, aux Pharisiens. var

Le Capucin, en effet, a de qui tenir. Les ancêtres en l'Ordre lui ouvrent la marche. La tradition existe, il n’a qu’à la suivre. Peut-il oublier la noble lignée de $. Bonaventure, $. Antoine de Padoue, Berthold de Ratisbonne, $S. Bernardin de Sienne, $. Jacques de la Marche, $S. Jean de Capistran, B. Bernardin de Feltre? Noblesse oblige. En dehors de la France, est-ce que les Capucins ne sont pas à la hauteur de leur vocation? Démosthènes de l’Evangile: les S. Laurent de Brindes, les Jérôme de Narni, les Marc d’Aviano, les Diégo de Cadix. Et pourquoi pas en France? Est-ce que les intellectuels et les grands seraient moins sensibles que le peuple? Est-ce que le Capucin, ‘‘avec sa corde et ses pieds à vif’’, n’aurait pas assez d'intelligence, de culture, de science, de doctrine? Pour ‘‘les Grecs comme pour les barbares’”” il n’a qu’une. confiance : la mission, le surnaturel de la vocation ; me voici, envoyezmoi. À la façon de $S. Paul, montrez votre puissance, n ostensione virtutis. Lies Capucins français affrontent les grands auditoires comme les plus humbles.

De fait, à peine entrés en France, les Capucins se répandent dans les villes comme dans les campagnes. Il est même extraordinaire que les premiers Pères italiens, peu accoutumés à la langue française, malgré leur science et leur éloquence, puissent; ainsi capter les suffrages. Depuis, le P. Honoré de Champigny, Léonard de Paris, Raphaël d'Orléans, Ange de Joyeuse, Agathange de Lyon, cette fine fleur de la noblesse francaise, occupent les premières chaires. Par un bref du 2 mars 1753, Benoît XIV, le savant cardinal Lambertini, confie aux Capucins, comme un privilège, la charge de Prédicateur apostolique ‘‘à cause de l’exemple de piété chrétienne, de perfection religieuse, splendeur de doctrine et zèle apostolique ”” qu'ils donnent. Prédicateurs du Pape. et de la cour romaine, ils le sont aussi des autres cours d'Europe. Pour ne parler que de la France, le P. Séraphin prêche cinq fois le

Carême à la Cour de Louis XIV, le P. Nicolas. de Dijon plusieurs fois, le P. Joseph de Morlaix, Jacques du Bosc, etc., y prêchent également.

Œuvres.

dé

Les Capucins sont les premiers à donner la prédication sous la forme actuelle des Missions. En France, ils y excellent. Tels le Vén. Jean de Maurienne, l’irréductible champion des droits du Pape, le Père Esprit de Beaumes, le Vén. Chérubin de Maurienne, mort trop jeune, qui ramène à la foi romaine plus de cent mille hérétiques, l’inéomparable P. Honoré de Cannes que Brydaine, le grand missionnaire, n’a certainement pas surpassé. Parti de Provence, il parcourt toutes les grandes villes de France, s’installant deux mois, trois mois, avec trente, quarante collaborateurs. On monte la garde six à sept heures de suite pour avoir place à ses sermons. Il doit souvent prêcher en plein air, et les gens, sur les places, se pressent ‘comme des harengs tout droits’. En 1677, à la mission de Saint-Roch à Paris, son auditeur le plus assidu est Bourdaloue. A la cour, il n’est question que du Capucin. ‘‘Qu'’en pensez-vous? demande Louis XIV à Bourdaloue. — Sire, ce que je peux dire à votre Majesté, c’est . qu'aux sermons du P. Honoré, on restitue les bourses qu’on a coupées aux miens. — Mais son accent méridional! — Il est vrai, reprend Bourdaloue, il déchire les oreilles, mais il fend les cœurs.??

Les Capucins instaurent le catéchisme, cette forme populaire si efficace de l’enseignement, catholique; on le voit paraître avec le Franciscain Thierry de Munster ‘‘Christenspiegel’? 1470 (réédité jusqu’en 1881). En 1566, vingt ans avant la rédaction du catéchisme de Trente, le fameux Titelman, professeur à l’Université de Louvain avant d’être Capucin, en donne un exemplaire. Bien avant les Cœsar de Bus et B. Canisius, le catéchisme est surtout propagé par les missions des Capucins français.(1)

(1) ‘‘Le 28 janvier 1618 fut passé l’acte par lequel les Capucins s’obligeaient de faire tous des dimanches le catéchisme en forme de conférence dans ‘ l’Eglise de Saint-Etienne depuis une heure jusqu’à deux.’” (Bonnefous, Histoire de Saint-Etienne (Loire). |

Telle était la réputation des Capucins comme catéchistes qu'avant même qu'ils aïent bâti leur couvent le clergé les emploie.

Aux missions à l’intérieur de la France, les Capucins fran- Ççais ne tardent pas à joindre les Missions étrangères, suivant l'expression reçue, non seulement en Angleterre, mais surtout dans l'Orient et dans l’Afrique. Les relations existent. L'histoire en est à faire pour le Congo, le Maroc, Madagascar, l'Egypte, l’Abyssinie, la Perse, ete. Les Echelles du Levant doivent, sinon leur fondation, du moins leur prospérité, au P. Joseph. Très nombreux sont les Capucins missionnaires qui, à l’étranger, se sont distingués par leurs travaux scientifiques et ont versé leur sang pour Jésus- Christ. Deux martyrs capucins : les BB. Agathange de Vendôme et. Cassien de Nantes, viennent d’être placés sur les autels.

Avec le Vén. Honoré de Paris, Ange de Joyeuse, Benoît de Canfeld, Archange de Pembrock et d’autres, les Capucins français prennent une part décisive au magnifique mouvement de Réforme qui se dessine et s’effectue dans les grandes abbayes, au commence: ment du XVIIe siècle en France.

Comme une mer en fureur, le Protestantisme re de submerger la France catholique: les Capucins francais, par leur pauvreté, leur exemple et leur doctrine, opposent une digue de salut. Dans la grande bataille, Ange de Joyeuse n’est pas seul ; avec les armes pacifiques de l’apostolat, ses frères en religion l’ont précédé.et bataïllent avec lui (1). Déjà Pierre de Gondy, évêque de Paris, peut écrire au Pape Clément VIIT: ‘‘ Après Dieu, c’est à l’Ordre des Capucins que la religion catholique en France doit son rétablissement.”” Ils continuent le combat avec les célèbres massions inspirées par le P. Joseph du Tremblay et qui se poursuivent après sa mort partout où se trouvent des Protestants (2). Ce qu’en France font les Capueins français, les Capucins étrangers l’accomplissent dans les autres pays infestés de Protestantisme : en Suisse, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Autriche. Is sont les boulevards de la Religion catholique.

(1) Très nombreux controversistes contre les Protestants: Alexandre de Caen, Jean Portaise, Angélique de Lille, ete., etc.

(2) ‘Le nombre des ministres et des hérétiques convertis est incalculable. Nos Pères sont suivis comme pouvaient l’être les Apôtres. Dans tel bourg, il'y à seulement six mois, on ne trouvait pas seulement un seul catholique, et hier nous donnions la communion à treize mille personnes. ??

(Lettre du P. Joseph.)

Le Jansénisme paraît, les Capucins sont ses prémiers adver- ‘saires avec le P. Archange de Pembrock, directeur de la Mère Angélique de Port-Royal jusqu’à sa défection. En vain les disciples de Jansénius essaient de donner le change. Les Capucins leur enlèvent le masque d’hypocrisie, les dénoncent, les poursuivent sans relâche, avec Yves de Paris, Joseph de Morlaix, Jacques de Bosc, le P. Marc-Antoine, plus tard général, Gabriel de Dinan, Jacques des Bordes, Jacques de Chevannes, d’Autun, etc, et surtout le célèbre Zacharie de Lisieux, dans son Giges Gallus et sa fameuse Relation du pays de Jansénie.

Enfin, le célèbre P. Timothée de la Flèche, honoré de l’épiscopat pour la circonstance, fut choisi par Clément XI pour apporter à Louis XIV le Bulle Unigenitus et la faire publier en France.

A l’opposé du Jansénisme, le Quiétisme. Importées d’Espagne, les doctrines de Molinos ne trouvent que trop d’accès en France. Sous Louis XIII déjà, elles s’infiltrent d’une manière sournoise par les petits livrets qui circulent partout. Les Capucins français devinent le danger. Le V. Honoré de Paris, en maints endroits de son Académie, y fait allusion et met en garde les âmes sans défiance. Benoît de Canfeld, quoique soupconné de quiétisme, le combat avec la dernière énergie. Le P. Joseph le poursuit sans pitié (1) et use, envers ses propagateurs, de procédés qui nous paraissent excessifs aujourd’hui, mais que ne justifiaient que trop les tristes ravages qu'ils exerçaient dans les âmes. Bossuet devait Jui asséner le dernier coup. |

En face du Croissant amoindri et presque abattu, nous avons de la peine à comprendre le grand péril qu’il fit courir à la chrétienté et à la civilisation. Ce sera l’éternelle gloire de l’Ordre de saint François d’avoir fourni les apôtres de cette gigantesque croisade, avec les $. Jean de Capistran, les $. Laurent de Brindes, les Marc D’Aviano.

Les Capucins français, loin des hostilités, n’en méritent pas moins une mention avec le P. Joseph du Tremblay. Sa grande âme comprend l’importance de la Croisade turque. Il la chante dans sa Turciade, poème en quatre mille vers latins. Il essaie,

(1) 5 Ces illuminés sont des aveugles qui établissent la vertu dans un faux repos, etc.” (Exhortations, P. Joseph.)

Saint Laurent de Brindes (1559-1619) |

Général de l'Ordre des Capucins, dix-neuf fois ambassadeur des papes et des rois, missionnaire extraordinaire, théologien et écrivain de premier ordre, doué du don des langues, thaumaturge; il fut une des plus granass figures du 17e siècle, aucune gloire ne lui manqua,

pas même la gloire militaire.

\ Les KRÈRES-MINEURS CAPUCINS 43

par tous les moyens, de réveiller none et de coaliser les peuples chrétiens. La mauvaise volonté de l’Autriche fait échouer tous Ses efforts. C’est l’explication de sa politique contre ce pays catholique.(1) |

Le Gallicanisme, le Parlementarisme trouvent les Capucins de granit. Français combien! mais catholiques et romains avant tout.

Les Philosophes ne sont pas mieux reçus par les Capucins. En chaire ils n’ont pas de plus terribles adversaires. Aussi Voltaire, l’Auteur de l'Encyclopédie, ne recule devant rien pour couvrir les Capucins francais de ridicule, généraliser les défauts de quelques-uns, en un mot paralyser leur influence; mais, malgré tout, au milieu d’une société en dissolution, les Capucins ne perdent rien de l’estime et de la confiance des catholiques français.

En 1766, contre tout droit canonique, malgré le Pape et en dehors de tout religieux, est constituée par Louis XV La Commission des Régulers, pour leur réforme, en réalité pour leur destruction.

En vain on instrumente contre les Capucins, on multiplie les enquêtes perfides. Les Capucins, le Vén. Ambroise de Lombez à leur tête, restent fidèles à leurs constitutions. L’ambitieux Loménie de Brienne est obligé de battre en retraite et de confesser que les Capucins jouissent en France de l’estime des évêques et des popurlations, qu’on les réclame partout, qu’il n’y à aucun reproche sérieux à leur adresser et qu’on doit les laisser en état. Mais, sous la poussée de Satan qui prélude aux erreurs de la Révolution, la Commission n’en édicte pas moins ses lois draconiennes pour la réception des novices et procède, par une extinction lente et hypocrite, à la suppression de ces Capucins qu’elle n’a pu entamer de front. | La Révolution trouve les Capucins les armes à la main, sur la brèche. En 1783, grande mission à Nîmes (comme en 1771). ‘(Le nombre des ouvriers évangéliques fut de 25. Le Seigneur répandit les plus amples bénédictions sur leurs travaux et la mission fit le plus grand bien dans la ville.”?

(1) Toutefois le P. Joseph n’a jamais voulu l’écrasement de l’Autriche.

44 Les FRÈRESs-MiINEURS CAPUCINS ce . à

Dans cette même ville de Nîmes, les Capucins donnent les Protomartyrs de la Révolution (1). Pendant cette douloureuse période de notre histoire nationale, chez les Capucins, les documents le démontrent de plus en plus, rares seront les défections, nombreuses les victimes.

Le zèle des Capucins Français n’est pas moins remarquable dans la lutte contre les épidémies et les fléaux.

Dans son fameux roman ‘‘Les Fiancés’’, Manzoni a immortalisé le dévouement des Capucins italiens à Milan auprès de leur ami et protecteur saint Charles Borromée. Ils ne sont pas moins admirables dans la chrétienté, partout où sévit ce terrible

fléau.

En France, dès 1666, dans un mémoire à Louis XIV, le Parlement de Paris écrit: ‘‘...aux pestiférés, quoique l’ordre desdits Capucins n’y soit nullement obligé, dans toutes les provinces du royaume où ce mal contagieux régnait, où plusieurs de leurs religieux sont décédés, et jusqu’au nombre de deux cent cinquante-huit, dans ce saint exercice de charité, et qui sont toujours très disposés à rendre ces mêmes services et qu'ils exercent même actuellement (1666) dans les villes qui en sont affligées, comme Soissons, Rouen, Amiens, Compiègne et autres endroits où plusieurs desdits Capucins ont acquis, en finissant leur vie, le glorieux martyre de la charité”?

Le mal continue; les Capucins sont toujours sur la brèche. Nous ne pouvons tout rapporter. En 1636-1637, la peste ravage la Franche-Comté, qui n’est pas encore française. La Province capucine ne compte que 180 religieux: 80 succombent, victimes de leur dévouement. Pour combler les vides affreux, en 1637, Urbain VIIT accorde aux Capucins comtois une bulle par laquelle les clercs, en quatre Jours, peuvent recevoir les quatre Ordres Mineurs et, en trois dimanches consécutifs, le sous-diaconat, le the la prêtrise, et, de suite, vaquer au ministère de l’autel.

En 1720, lors du fameux choléra de Marseille, l’immortel de

(1) Les Protomartyrs de la Révolution, par le P. Thomas, Capucin, Nîmes,

Les FRÈRES-MiINEURS CaAPucINS 45

Belzunce n’a pas d’auxiliaires plus hardis, plus zélés, plus sacrifiés que les Capucins; 22 morts sur 55.(1)

Dans la France de ce temps, la société ne connaît pas encore l’organisation moderne. Les incendies menacent et sont un des fléaux les plus redoutables. Toujours prêts à se dévouer, les Capucins, officiellement, deviennent les premiers Pompiers à Paris. Il en est ainsi à Bruxelles et en beaucoup d’autres villes.

Ils ouvrent des pharmacies populaires dans leurs couvents à Saint-Jacques de Paris. La pharmacie de Fr. Ange de Paris est célèbre, ses connaissances en médecine sont telles qu’il devient directeur général du service sanitaire à l’armée du maréchal de Luxembourg, sous Louis XIV.

Divers remèdes sont dus à l’invention des Capucins, entre autres le laudanum, trouvé par le P. Rousseau. Plusieurs, mettant à profit leur expérience, ont composé des livres de médecine. En 1639, après avoir soigné à lui seul plus de 20,000 pestiférés, le P. Michel de Guéret écrit un ouvrage intitulé: Le Bon malade. En 1662, le P. Maurice de Toulon publie: Le Capucin charitable. Il avait passé 25 ans au service des pestiférés. Plusieurs éditions. En 1721, par les soins de la Faculté, réimprimé à Lyon et à Paris. | Dans chaque couvent, un Père est désigné d'office pour visiter les malades du pays, et, souvent, les hôpitaux. Usage en vigueur encore chez les Capucins de Suisse et d’autres pays. C’est le Pater infirmarvus.

Aumôniers de l’armée.

A la demande du Roi Louis XIII, le V. P. Honoré de Paris envoie des aumôniers aux troupes françaises qui font le siège de la Rochelle. Depuis cette époque, les Capucins français avec les Récollets sont les aumôniers attitrés, officiels des armées françaises. |

Différentes gravures les représentent à cheval, avec leur habit de capucin, au milieu des officiers, prêts à porter les secours nécessaires à nos vaillants soldats. En Italie, où la Révolution n’a pu

(1) En 1839, 1849, 1853, les Capucins sont dignes de leurs anciens: 43 succombent. Marseille reconnaissant leur décerne un diplôme d’honneur.

+6 Les FRÈRES-MiINEURS CAPUCINS

pénétrer autant qu’en France, les capucins italiens sont encore aumôniers de l’armée, et le gouvernement italien vient de décerner un diplôme de gratitude à l’Ordre entier des Capucins pour les services rendus pendant la grande guerre.

Hommes.

Après les œuvres de la collectivité des Capucins, citons quelques-uns de leurs hommes éminents. Nous en trouvons dans toutes les branches.

Des Prédicateurs: le célèbre Pierre Poisson, François de Toulouse, Augustin de Paris, Daniel de Paris, Jean-Baptiste Pradal, dont Migne a réédité les œuvres, avec les Sermons de Séraphin de Paris (1) et de Nicolas de Dijon. Après eux Héliodore de Paris, Marie-François de Colpeils, Aphrodise de Béziers, Clément d’Ascain, Raphaël, Daniel de Toulouse, Augustin de Narbonne, et de nos jours le P. Marie-Antoine surnommé le Saint de Toulouse.

S Des Controversistes: Zacharie de Li- | sieux, Joseph de Morlaix.

Des Ecrivains ascéliques: Bernardin de Paris et, surtout, l’auteur du Traité de la Paix intérieure, le V. Ambroiïse de Lombez, et le P. Exupère de Prats-de-Mollo.

Des Mystiques: le fameux Benoît de Canfeld, avec son école; puis Alexandre de La Ciotat, Léandre de Dijon, avec son commentaire sur le Cantique des Cantiques, Simon de Bourg.

Des Théologiens : Thomas de Charmes, auteur du premier manuel de théologie que Benoît XIV, dans son bref, loue grandement; Albert Knoll et Timothée de Puyloubier.

Des Conférenciers: d’Argentan, chez qui Aug. Nicolas a puisé à pleines mains. |

Le KR. P. Marie-Antoine

Surnommé Le Saint de Toulouse

(1) Le P. Séraphin est le prédicateur dont La Bruyère, en ses Caractères, fait le portrait au chapitre de la Chaire. D’après Dangeau, Louis XIV ‘‘trouve ses sermons plus de son goût qu'aucun qu'il ait jamais entendu.’ Dans une lettre, Bossuet loue sans restriction les Homélies du P. Séraphin.

Les FRÈRES-MiINEURS CAPUCINS 47

Des Ecrivains: Yves de Paris auquel Henri Brémond consacre un remarquable article.(1)

Des Philosophes : le même Yves de Paris.

Des Commentateurs, des Exégètes: Bernardin de Picquigny, dont les œuvres sont en toutes les mains.

Des Erudits, des Compilateurs: le P. Robert, avec son Aurifodina, que Mgr or estimait si fort et qu'il à fait réimprimer.

Des Linguistes : 1 fameuse Ecole hébraïque du faubourg Saint-Honoré, à Paris. L'Académie Clémentine ou Société des Etudes Orientales, fondée en 1760, à Paris, par l’illustre P. Louis de Poix, encouragée par le duc d'Orléans, le cardinal de Noailles, continuée par le P. Sixte de Vesoul, et qui mérita les louanges de Benoît XIV, de Clément XIV, de Pie VI. Différentes versions ou ouvrages en arabe, turc, grec, persan, etc.

A Constantinople et à Smyrne, l’Ecole des Jeunes langues, origine de L’Æcole des langues orientales d'aujourd'hui.

Des Historiens : Le P. Dunand pour la Bourgogne, le P. Benoît de Toul, le père de l’histoire de la Lorraine, Ignace d’Arros, Justin de Monteux, avec ses Mémoires extraordinaires sur le comtat d'Avignon.

Des Poètes: Pourquoi ne pas citer le P. Martial de Brives, fils d’un lieutenant-général de là Maréchaussée de Brives? Après de brillantes études à l’Université de Paris, il entre chez les Capuecins de Toulouse. D'une frêle santé, il ne peut résister longtemps aux fatigues de la prédication et consacre sa courte vie à la prière et à la poésie. Mort vers 1653. Le P. Zacharie de Dijon édite ses vers, plus de 12,000 : Le Parnasse séraphique! “véritable muse”. Lettré des plus rares, le P. Martial est en même temps homme d’oraison. Il prie en vers’”. Poète savant, raffiné même, il est aussi un poète populaire. (2)

Et, pour terminer, le P. Joseph du, Tremblay, théologien, philosophe, linguiste, poète, historien, publiciste, prédicateur, ascète, fondateur, diplomate, homme d’Etat, grand religieux et grand

(1) ‘Quelle surprise! quel éblouissement! quelle joie parfaite! Pogge ne fut pas plus ému lorsqu’il découvrit l’Institution de Quintilien.’?’ (Bré-

mond, ler vol.) (2) Cf. H. Brémond, ler volume, et Charies Nodicr.

48 Les FRÈREsS-MinEeurs CAPU CINS

français. Il semble, dans une synthèse unique, réunir toutes les gloires de ses frères les Capucins de France. Véritable Ximénès, âme de la politique de Richelieu, auquel il devait succéder, mort cardinal în petto...(1).

Le Père Joseph du Tremblay, Capucin

L'Eminence grise.

NE ne A A ER PR A EN EE PO ee EN CI SN

Nous n’avons parlé que des sciences ecclésiastiques ou s’y rapportant. Les Capucins français, cependant, ont des hommes éminents, même dans les sciences qui semblent, par vocation, ne pas être de leur ressort. Le P. Chérubin d'Orléans: plusieurs

(1) Le P. Joseph cependant n’a pas toujours été d’accord avec Richelieu.

Les FRÈRESs-Mineurs CAPUcCINs 49

livres de mathématiques, son traité de Dioptrique. Il est l’inventeur des jumelles. Le P. Valérius Magnus trouve le baromètre, au même temps que Toricelli. En 1700, le P. Marie de Paris imagine un photomètre. Le P. Emmanuel de Viviers crée plusieurs instruments pour les observations topographiques, microscopiques et astronomiques.

Citons encore le P. Méliton de Perpignan, de plusieurs académies, à cause de ses travaux astronomiques. Le P. Chrysologue de Gy: Planisphères, Abrégé d’astronomie, Mappemonde, Théorie de la surface de la terre — un des premiers livres de géologie cité par l’Académie des Sciences de Paris, apprécié de Cassini, de Cuvier, etc.

Tiburce de Jussey, géologue distingué: son Musée du couvent de Besançon a servi à fonder le Musée actuel de cette ville. Le P. Prudent de Fauconey remporte plusieurs prix à l’Académie de Besançon. Dans son Théâtre de l’agriculture, Olivier de Serre cite avec éloge le mémoire du Père sur les maladies du vignoble, qui obtint le prix d’agriculture. £ |

Les Capucins français, les Bienheureux Agathange et Cassien

en particulier, sont de grand secours à Peirese par leurs travaux scientifiques.

On peut voir à la Bibliothèque de Lyon une sphère monumentale où sont parfaitement indiquées au XVIIe siècle, par un missionnaire Capucin, les prétendues découvertes de Livingstone et Stanley. . A Dijon, une autre (1720) par le P. FH d’Auxonne. À Paris également.

Les Capucins semblent avoir la spécialité des cadrans solaires. Un des plus beaux est celui du Frère Arsène, Capucin d'Annecy. I1 fait l’admiration de tous les voyageurs.

Après ce simple exposé, n’est-on pas en droit d’affirmer déjà, sans exagération, que les Capucins français ont bien mérité de l’Eglise et de la France?

Et durant la grande guerre, leur conduite aux armées en fournissait une nouvelle preuve. Dans son numéro de maï 1921, les Analecta, organe officiel de l'Ordre, publiaient les statistiques suivantes.

Capucins mobilisés: 3,082; aumôniers, 448; morts, 216;

blessés, 190; décorés, 757.

50 Les FRÈREs-Mineurs CaAPucINS

Au témoignage de T'acite dans sa préface d’Agricola, les anciens Romains se souciaient plus d'accomplir des exploits que de les écrire. Les Capucins ont été de cette humeur. Mais des historiens, comme

chez les Romains, sont venus exposer les gloires et les hauts faits de l’Ordre.

Saint François intime à Saint Antoine l’ordre d’enseigner la Théologie à ses Frères

mais de façon à ce que l'étude n'éteigne, ni dans le professeur, ni dans les élèves, l'esprit de sainte oraison.

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