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I. Le père des deux Conventionnels

Tivons signée de Notre main et à icelle fait apposer le sceau secret de Nos commandements, et fait contresigner par le Secrétaire de Notre cabinet.

Le jeudi, quinzième jour du deuxième mois, l'an de l'Incarnation 1747, Vallée d'Arras.

(Signé) : Charles-Edouard STUART

De par le Roi :

(Signé) :

Lord de Bkrkley, Secrétaire.

J'ose espérer, après cela, que le public est suffisamment édifié sur la moralité des enrôlements maçonniques.

Une fois que le recruté par persuasion, ou par influence politique, est décidé à essayer de l'initiation (je dis essayer, parce qu'on lui déclare qu'il n'y aura rien de fait, si les formalités de sa réception ne lui conviennent pas), il est proposé à une Loge. Le Frère qui le présente signe un bulletin aJ hoc et, à la prochaine réunion de son Atelier, le dépose dans le sac qui circule à la fin de la séance. Ce bulletin indique les noms, prénoms, demeure, lieu, jour, mois et année de naissance du candidat-Maçon, ainsi que ses qualités civiles. Le Vénérable donne lecture du bulletin, sans toutefois faire connaître le nom du présentateur, et charge, toujours sans les faire connaître, trois commissaires spéciaux de procéder à une petite enquête sommaire sur le candidat. Ces commissaires doivent faire leur rapport à la réunion suivante. — Pour les cas d'urgence, voir les Règlements généraux publiés au Chap. III.

Le postulant voit débarquer chez lui, un beau matin, deux individus qu'il ne connaît pas, qui se mettent à toiser du regard ses meubles, s'informent de ses ressources (c'est lepoint essentiel) et lui posent quelques ques-

tions sur sa famille, son commerce ou son travail, les villes qu'il a pu habiter précédemment, etc. Encore, ces deux premiers commissaires dont le candidat- Maçon reçoit la visite ne sonr pas trop indiscrets, ou, s'ils le sont, c'est avec une telle maladresse que l'on a plutôt envie de rire que de se fâcher. Les commissaires qui viennent à domicile chez le postulant sont choisis, en général, parmi les Maçons bons-enfants de la Loge, afin que la recrue ne soit pas effarouchée.

L'enquêteur habile, c'est le troisième ; celui-ci ne vient pas chez vous.

Vous recevez uile lettre, conçue à peu près en ces termes :

Monsieur,

Vous seriez bien aimable si vous aviez la bonté de passer chez moi tel jour à telle heure. J'ai à vous faire une communication sur une affaire très urgente qui vous intéresse au plus haut point.

Si par hasard l'heure et le jour que je prends la liberté de vous indiquer n'étaient pas à votre convenance, soyez assez bon pour me le faire savoir de suite, et, dans ce cas, veuillez choisir entre les jours que voici (suit une nouvelle indication de deux ou trois jours, avec les heures auxquelles votre correspondant inconnu sera disponible).

La lettre se termine par une formule de politesse, non point banale, mais témoignant au contraire que le signataire professe pour vous une très haute estime, une considération extraordinairement distinguée, un vif désir de vous être utile et agréable, un dévouement capable de tous les sacrifices, une sympathie de la profondeur de plusieurs puits artésiens.

Notons que ladite épître est sur du papier portant] un en-tête, soit d'un cabinet de docteur ou d'avocat, i soit d'une importante maison de commerce, soit d'uni bureau de rédacteur en chef d'un journal répandu,!

soit d'un laboratoire de pharmacien constellé de plusieurs décorations, soit d'une étude d'avoué ou de notaire.

Vous êtes à cent lieues de pensera votre candidature maçonnique.

Vous vous dites, ahuri :

a — Qu'est-ce que c'est que cette affaire-là ?... Ce monsieur a l'air de me porter un bien grand intérêt... Il s'agit sans doute de quelque fameuse aubaine qui m'arrive et dont ce gaillard si poli a eu le vent... Allons, voyons ça tout de même ;. si c*'est une « fumisterie », je n'en serai quitte que pour une course inutile, et je n'en suis pas à craindre d'user mes jambes. »

Vous tournez et retournez entre vos mains le mystérieux papier. Vous torturez votre cervelle à rassembler vos souvenirs pour découvrir quelque vieux nom oublié qui ait rapport avec votre correspondant inconnu. Rien, vous ne trouvez rien. Vous êtes intrigué, quoi ! Mais comme, en définitive, le grave et sévère en-téte de l'épître ne peut que vous inspirer confiance, vous vous décidez à aller au rendez-vous indiqué.

Là, dans un appartement confortable, vous vous rencontrez avec un monsieur sérieux comme un bonnet de nuit, qui se confond en excuses au sujet de la hardiesse qu'il a eue de vous déranger, qui vous supplie de rester couvert, ne veut pas s'asseoir tant que vous resterez debout, et patati, et patata.

Si c'est un notaire qui vous a convoqué, vous ne manquez pas de penser :

« — Fichtre ! je dois avoir fait un héritage ! »

Enfin, le monsieur grave et serviable daigne, après avoir toussé deux ou trois fois, ouvrir le robinet de ses intéressantes confidences. Il commence par vous féliciter d'avoir eu la bonne inspiration de vouloir entrer dans la Franc-Maçonnerie, cette noble institu-

tîon qui... cette puissante société que... cet ordre chevaleresque et merveilleux dont... Kn prononçant cet exorde, le monsieur lève vers le plafond des yeux blancs; il vous a un air convaincu, je ne vous en dis pas davantage.

Vous qui ne vous attendiez pas 5 ce que la communication si urgente fût à ce sujet, vous en êtes bleu, et vous balbutiez quelques phrases de circonstance.

Le monsieur, lui, rusé comme un vieux renard qui a perdu sa queue à la bataille, profite de votre surprise pour vous tirer du nez tous les vers que, déconcerté, vous ne savez pas l'empêcher d'extraire. Ah ! il opère adroitement et sans douleur, l'habile homme. Quand vous sortez de son cabinet, vous avez été fièrement épluché, je vous en réponds.

Et, le lendemain, le Comité de la Loge à laquelle vous avez été présenté, sait, ainsi que le Grand-Orient, à quoi s'en tenir sur votre compte.

C'est le rapport du troisième commissaire-enquêteur qui vous fait juger par les chefs secrets de l'Atelier. Le compte rendu des deux visiteurs à domicile n'est que pour la forme.

J'ai vu, au sujet de candidats-Maçons qui s'étaient laissés « embobiner » par le troisième commissaire, des rapports confidentiels dénotant chez leur auteur un génie de pénétration poussé au plus haut degré.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que les Frères à qui sont confiées ces délicates fonctions sont des Maçons des plus hauts grades.

Voici quels sont les principaux parmi ceux résidant à Paris :

Côté du Rite Français. — MM. Louis Amiable, docteur en droit, publiciste, 79, boulevard Saint-Michel; Dalsace, négociant en passementerie, 35, rue du Mail; Fontainas, avocat, 10, rue de la Victoire; Francolin, publiciste, 174,

rue du faubourg Saint-Denis; Lcon Masse, avoué près le Tribunal de première instance de la Seine, juge de paix suppléant du 2" arrondissement, 12, rue Gaillon; Ferdcuil, avocat, ancien conseiller de préfecture, 11, rue des Saints- Pères; Alfred Blanche, 6 bis, rue Fortuny; Hubert, ancien conseiller de préfecture, 6, rue du Pont-de-Lodi; Cammas, 17, rue Guénégaud; docteur Georges Woclker*, médecin, 4, rue de la Michodière; Manger, délégué à l'Assistance Publique, 76 bis, avenue du Roule; Edmond Lepelletier, journaliste, 8, rue Drouot; Léon Zypressebalim, chef de comptabilité, 17, rue de Malte; Albert Hubner, négociant en métaux et minerais, 33, boulevard du Temple; Paul Viguier, publiciste, conseiller municipal, 17, quai Voltaire; Marie Décembre, dit Décembre-Alonnier, imprimeur, 326, rue de Vaugirard, etc., etc.

Côté du Rite Écossais. — Dehanot, pharmacien, 8, rue Mandar; Chariot, manufacturier en caoutchouc, a5, rue Saint-Ambroise; Nedonchclle, propriétaire, 20, boulevard Barbes; Heude, tailleur, 2, rue Méhul; Maichain, inspecteur des Enfants-Assistés, 82, rue Claude-Bernard; Goudchaux, rentier, 20, rue de Berlin; Léon Sapin, chef de bureau de l'exportation -des Chemins de fer de l'Ouest, 27, rue de l'Echiquier; Fabien, directeur d'assurances (compagnie La Mutuelle, de Valence, bureaux, 2, rue Grétryj, domicile, 66, rue Condorcet; Dulermez, marchand de vins en gros (maison Dulermez et Bellicard), 7, rue de Lyon; Jabloschkoff, ingénieur-électricien, 52, rue de Naples; Précieux, bijoutier en or, 42, rue de Poitou; Louis Denayrouze, ex-député de l'Aveyron, 18, rue du 4 Septembre; Renaud, entrepreneur de maçonnerie, 221, boulevard Voltaire; Amédée Carvailho, négociant pour la commission et l'exportation, 39, rue de l'Echiquier; docteur Gonnard, médecin homœopathe, 71, rue de la Bociie; Georges Guiffrez, sénateur, 32, rue des Mathurins, etc., etc.

I. C'est le docteur Woëlker qui avait été chargé de me scruter. Comme tout postulant, je fus intrigué, la mystérieuse lettre de convocation ne contenant rien qui pût me faire présumer qu'il s'agissait de ma candidature maçonnique; mais ce nom allemand d'un médecin inconnu m'ayant inspiré une certaine méfiance, je m'abstins d'aller à ce bizarre rendez-vous. Aussi m'cnvoya-t-on à domicile un autre troifticme commissaire de* meurunt dans mon quartier.

Quand le rapport du troisième commissaire est défavorable au candidat, on ne prend pas la peine de convoquer le Profane pour sa réception ; et c'est bien là ce qui prouve que ce rapport est le seul ayant du poids. Le Vénérable dit au présentateur que l'un des rapports sur son client n'est pas prêt et qu'il est inutile de déranger celui-ci : on fait prendre secrètement de nouveaux renseignements par des personnes sûres, et quand on a réuni des arguments suffisants pour faire « blackbouler » le candidat, le Vénérable déclare à la Loge que les rapports des trois commissaires sont enfin au complet; il y a alors quatre-vingt-dix-neuf chances contre une pour que le postulant soit rejeté (le terme usité est ajourné).

Si, au contraire, l'impression que vous avez produite au troisième commissaire est en votre faveur, vous recevez une lettre de convocation pour une prochaine réunion de la Loge au sein de laquelle vous devez être admis. Votre nom, avec indication de votre profession et de votre domicile, est inscrit sur des circulaires envoyées à tous les membres de votre futur Atelier et distribuées dans les autres Loges de la région par grandes quantités d'exemplaires ; tous les Frères Trois-Points de votre département, qui pratiquent assidûment la Maçonnerie, sont informés ainsi de votre prochaine initiation et peuvent venir y assister, l'appuyer ou la combattre.

Par exemple, en vous convoquant, on vous recommande de ne pas oublier votre porte-monnaie et surtout de le bien garnir. Le Vénérable, qui veille au grain et ne néglige jamais les intérêts de l'Ordre, vous établit même un petit compte, afin que vous preniez toutes vos mesures et ne puissiez, au moment psychologique, prétexter une pénurie accidentelle.

Le poulet m'invitant aux honneurs de la réception

et en même temps à passer à la caisse (guichet des versements) me fut envoyé cinq jours avant la séance et était rédigé en ces termes :

Monsieur,

En réponse à la demande qui nous est parvenue, nous proposant votre initiation à notre Ordre, j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien vous trouver lundi prochain sans faute, à 8 heures précises du soir, à l'Hôtel du Grand- Orient de France, 16, rue Cadet, où, à moins de causes tout à fait imprévues, votre réception pourra avoir lieu.

Je crois de mon devoir. Monsieur, de vous informer que, pour votre réception, vous aurez à verser entre les mains de notre Trésorier :

Droit de réception 5 5 fr. —

Frais divers ' 5 » —

Tronc Hospitalier 10 » —

Caisse de réserve 5 » —

Cotisations d'un trimestre 8 » 10

Total : 83 fr. 10

Agréez, Monsieur, je vous prie, mes civilités empressées.

Le Vénérable :

Lemaire.

Loin de me plaindre, je dois déclarer ici que ma réception était dans les prix doux, et je ne marchandai pas. Le Temple des Amis de V Honneur Français est une vieille Loge, relativement des plus nombreuses et possédant une caisse très prospère : aussi, les adhérents et les membres pratiquants n'y sont pas trop écorchés.

Dans rimmcnse majorité des Ateliers, tant de la province que de Paris, la marchandise coûte bien plus cher : il y en a, où, pour une initiation, l'on ne s'en tire pas à moins de 25o à 3oo francs. Votre présentateur vous annonce une dépense de 160 à 175 francs à faire; mais, quand il s'agit de régler l'addition, la carte, d'une élasticité à donner l'envie au caoutchouc le plus

pur, s'est allongée dans des proportions fantastiques : ce sont mille petits riens, mille hors-d'oeuvre dont on avait oublié de vous prévenir; chacun d'eux en pariiculier est insignifiant, mais c'est le total qui est d'une digestion difficile! Pas moyen de regimber, mon bel ami; il faut doubler la somme à laquelle vous vous attendiez : vous êtes reçu, on a loué votre courage a affronter les épreuves, on a brûlé en votre honneur l'encens et le lycopode, les Frères ont fait cliqueter leurs épées à grand fracas triomphant, le Vénérable a déposé sur votre visage trois baisers dont Thumidiié prouve la conviction et le zèle; la gloire se paie, mon cher, passez à la caisse!

Que justice soit donc rendue à mes anciens collègues des Amis de l'Honneur Français. La gloire, dans leur Temple, n'est pas cotée à des prix exorbitants; chez eux, on est créé Maçon d'aussi bon teint que Tillustre Jules Ferry, et cela seulement pour quatre-vingt-trois francs et dix centimes. C'est donné.

Épreuves et cérémonial de Tlnitiation. ^

Le gousset lesté d'un porte-monnaie convenablement garni, selon les prescriptions de mon futur Vénérable, j'arrivai, à l'heure fixée, à THôtel du Grand-Orient. Un Frère obligeant avait eu soin, d'ailleurs, de me venir prendre à domicile, afin que la solennité ne fût pas manquée ; car, pas de civet possible sans lièvre, et, naturellement, sans récipiendaire, pas de réception.

Je viens d'écrire le mot « solennité ». En effet, la Loge n'avait pas lésiné, ce jour-là; tous les confrères de la presse parisienne appartenant à la Franc-Maçonnerie avaient reçu une a planche», et le F.*. Lemaire,

qui, à ce moment, n'avait pas encore inventé la couleur des triangles, mais dont le cerveau sans cesse en activité était une véritable mine à idées lumineuses, avait dit qu'en cette occasion le devoir de la Loge se résumait dans cet infinitif : se distinguer !

Il fallait que le Temple des Amis de l' Honneur Français fût, dans cette soirée mémorable, à la hauteur de son antique réputation, palsambleu ! car nous étions une véritable fournée de récipiendaires.

Les Profanes admis à l'initiation étaient au nombre de quatre : MM. Toussaint Ordioni, sous-lieutenant à la Garde Républicaine; Constantin Vélitchkoff, membre de la Chambre des Députés de Roumélie ; Emile Boisse, capitaine au i 17® de ligne ; et votre serviteur.

En outre, deux Maçons, ayant appartenu précédemment à une autre Loge, la quittaient pour venir se ranger sous la bannière du F.*. Lemaire ; c'étaient MM. Petit, lieutenant au 74* de ligne, et Lantin, lieutenant à la Garde Républicaine.

A mon arrivée, on me conduisit à la Bibliothèque du Grand-Orient, et l'on me pria d'attendre durant quelques minutes dans le silence et le recueillement. Il y avait là déjà deux personnes, mes co-profanes, à qui l'on avait aussi recommandé de se taire et se recueillir. Je me rappelle bien la tête de l'un d'entre eux : c'était un homme d'une trentaine d'années, nerveux, un peu maigre, barbe et cheveux d'un noir de jais, physionomie douce ; il avait l'air légèrement agité ; il allait et venait dans la salle, tortillant sa moustache d'une main crispée. « C'est un pacha turc », me souffla le Frère Servant dans le tuyau de l'oreille. C'était Constantin Vélitchkoff ; pour le Frère Servant, député rouméliote et pacha turc s'équivalaient.

Vers huit heures et demie, on vint nous chercher. Nous traversâmes différents couloirs, montâmes et des-

TgMS PREMiK'a aa

cendîmes des escaliers qui s'entrecroisaient; et finalement, on nous claquemura, chacun à part, dans un de ces cabinets des réflexions dont j'ai dit un mot au premier chapitre.

C'est, je l'ai expliqué, un réduit fort étroit, dont les murs sont peints en noir ; sur ce noir se détachent des squelettes complets, des têtes de mort placées au-dessus de deux tibias, le tout agrémenté d'inscriptions lugubres. Pas une fenêtre. Un simple bec de gaz applique éclaire ce local d'une lumière insuffisante. Pour tous meubles, une table et un escabeau ; sur la table sont posés une tête de mort et des ossements ^ Sur le mur contre lequel est appuyée la table, le peintre a représenté un coq et un sablier ; au-dessus on lit ces deux mots : Vigilance^ Persévérance.

Les autres inscriptions qui égaient l'endroit sont celles-ci :

Si une vaine curiosité t'a conduit ici, va-t-en !

Si tu crains d'être éclairé sur tes défauts, tu seras mal parmi nous !

Si tu es capable de dissimulation, tremble ! car nous te pénétrerons, et nous lirons au fond de ton cœur 1

Si tu tiens aux distinctions humaines, sors, on n'en connaît point ici 1 ,

Si ton âme a senti l'effroi, ne va pas plus loin !

Si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l'abîme des ténèbres, tu verras la lumière !

On pourra exiger de toi les plus grands sacrifices, même celui de la vie ; es-tu prêt à les faire ?

La table est recouverte d'un tapis blanc ; le récipiendaire y trouve un encrier, un porte-plume et un papier sur lequel sont imprimées ces trois questions :

Quels sont les devoirs de l'homme envers sa patrie ?

I. Si le récipiendaire ades croyancesreligieuses, on place aussi sur la table une Bible ouverte au i*"" chapitre de l'Evangile de St Jean.

Quels sont les devoirs de l'homme envers luî-mt^me? Quels sont les devoirs de l'homme envers ses semblables ' ?

Au-dessous de ces trois questions est un grand espace blanc, réservé pour y dcrire les réponses.

Puis un large filet noir surmontant ce mot en très gros caractères : TESTAMENT. Et encore un grand espace blanc.

En vous introduisant dans le local, le Frère Servant vous dit d'une voix caverneuse :

« — Vous allez bientôt passer à une vie nouvelle. Asseyez-vous là. Répondez par écrit à ces questions, et faites votre testament. »

La porte se referme, et vous voilà seul, dans l'agréable compagnie des squelettes ei des tétcs de mort.

Tous les cabinets des réflexions ne sont pas aussi simples que celui que je viens de décrire. Il en est de machinés, avec des panneaux qui s'ouvrent tout à coup et laissent voir des apparitions d'un goût douteux. Par exemple, au moment où le récipiendaire est en train de rclléchir aux moyens que possèdent ses futurs frères pour lire au fond de son cœur, la flamme du bec de ; gaz baisse brusquement, un grand panneau glisse sur I des rainures dissimulées dans le mur, et le profane aperçoit un caveau éclairé par des lampes sépulcrales; une tetc humaine fraîchement coupée est là, reposant sur des linges ensanglantés; et, tandis que le récipiendaire recule d'horreur à ce spectacle, une voix qui semble sortir du mur contre lequel il s'appuie lui crie : « Tremble, Profane ! tu vois la tête d'un Frère parjure qui a divulgué nos secrets! C'est ainsi que nous punissons les traîtres ! Que l'exemple de celui-ci 10 serve! Tremble, Profane, tremble! » Puis, le pan-

I. Autrefois, la première question était celle-ci : t Quels sont les devoirs de l'homme envers Dieu i »

neau reprend sa place, et le bec de gaz se rallume. Les trucs employés pour cette hideuse comédie sont des plus simples. Le billot sur lequel repose la tête coupée est vaste et creux; l'intérieur cache le corps du compère qui, immobile, tient sa tcte au milieu des linges maculés de sang; il garde les yeux fermes, la bouche entr'ouverte, pendant les deux ou trois minutes de Texhibiiion. Les lampes sépulcrales sont garnies d'étoupes imbibées d'alcool camphré qui brûle avec du gros sel gris de cuisine; ce mélange, le même que les prestidigitateurs de foire appellent « la salade infernale », a la propriété, en étant enflammé, de produire une lumièr*»verdâtre qui donne à la tête du faux décapité une couleur cadavérique. Quant à la voix qui sort du mur, c'est celle d'un second compère qui, placé en dehors du local, a tourné une clef fixée au tuyau de conduite du bec de gaz, et qui prononce à travers un cornet acoustique les paroles reproduites ci-dessus ^ D'autres fois, les peintures de l'un des panneaux sont sur de la toile noire qui recouvre une large glace dépolie; au moment où la flamme du bec de gaz, s'éteignant presque, laisse le réduit dans l'obscurité, une lanterne magique installée dans la pièce annexe fait apparaître, sur la glace blanchie, des ombres chinoises représentant des scènes qui ont la prétention d'être effrayantes : ce sont des spectres qui s'agitent et menacent le récipiendaire, ou bien des monstres qui, par un effet de grossissement progressif, ont l'air de s'avancer pour

I. M. Andrieux, dans ses Mémoires, a raconté d'une façon très amusante l'histoire d'un récipiendaire à qui l'on donna le spectacle du traître décapité, et qui, reconnaissant sur le billot la tête d'un limonadier de la ville, ne put s'empêcher de s'écrier : « Tiens, mais c'est le père Cassard ! » A quoi le décapité, oubliant son rôle, répliqua : « Taisez-vous Profane ! » ce qui détruisit tout l'eflet qu'on avait compté produire sur le réci* piendaire.

tout dévorer, ou encore des hommes masqués, de grandeur naturelle, qui entourent un individu garrotté et le lardent de coups de poignards.

Ces sinistres bctiscs sont exécutées pour terrifier ceux d'entre les récipiendaires que le principal commissaire enquêteur a spécialement recommandés comme ayant une nature impressionnable. Par contre, les Profanes signalés à la Loge comme possédant un caractère frondeur et sceptique ne sont pas mis en face de ces ridicules fantasmagories. La Franc-Maçonnerie veut bien se moquer de ceux qui passent par son initiation; mais elle ne tient pas à ce qu'ils s'en aperçoivent. C'est leseulmotifpourlequellesréceptionsvarient sous lerapport des épreuves: on les pimente plus ou moins, suivant les dispositions d'espritetle tempérament du sujet.

Mais voyons ce qui se passe en Loge pendant que le candidat-Maçon est dans le cabinet aux squelettes.

La salle où se réunissent les Frères Trois-Points est spacieuse; elle a la forme d'un parallélogramme ou carré long. Si la réunion admet, pour les travaux de la soirée, des Apprentis et des Compagnons, c'est-à-dire des Frères des deux premiers grades, la Loge est tendue en bleu (dans les réunions du rite écossais, la tenture est rouge).

Les quatre côtés de la salle portent les noms des points cardinaux. La partie où se trouve la porte d'entrée s'appelle VOccident. Des deux côtés de la porte s'élèvent deux colonnes creuses de bronze (d'ordre corinthien) dont les chapiteaux sont ornés chacun de trois grenades entr'ouvertes; sur le fût de la colonne à droite, en entrant, est la lettre B.*.. et sur celui de la colonne de gauche, la lettre J.*.. Lacolonne J est éclairée pendant la tenue des travaux d'Apprenti. — Dans le rite écossais, c'est la colonne B qui est à gauche, et la colonne J à droite.

Devant la colonne de droite, un petit comptoir triangulaire sert de bureau au Frère Premier Surveillant; devant la colonne de gauche est celui du Second Surveillant. Chacun de ces Officiers de la Loge tient à la main un maillet.

Au milieu de la salle, près d'un espace pavé en mosaïque, on a étendu par terre une toile peinte, nommée le Tableau de la Loge. Ce tableau représente : les degrés d'une estrade; les deux colonnes J et B; entre les deux colonnes, à la hauteur des chapiteaux, et sur la reproduction de la porte d'entrée, un compas ouvert, les deux pointes en haut; à gauche de la colonne J, une pierre brute; à droite de la colonne B, un cube coiffé d'une pyramide (c'est la fameuse pierre cubique mystérieuse); au-dessus du chapiteau de la colonne J, l'instrument appelé « perpendiculaire », et au-dessus de la colonne B, un niveau; au-dessous de la pierre brute, un ciseau et un maillet entrelacés; au-dessous de la pierre cubique, une fenêtre à grillage; au milieu de la partie supérieure de ce tableau est une équerre (au-dessus du compas), surmonté d'une seconde fenêtre à grillage; une troisième fenêtre à grillage est au milieu du côté droit du tableau (au-dessus de la pierre cubique); au milieu du côté droit (au-dessus de la pierre brute), un parallélogramme contenant la clef de Talphabet secret des grades symboliques ^ ; tout à fait en haut à droite, un soleil rayonnant, contenant une tète et visà-vis à gauche des nuages au milieu desquels est la lune ; par-ci par-là, des étoiles; enfin, le tout est environné d'un grand cordon ayant sept doubles nœuds et deux flots. Cette toile peinte est l'objet d'une grande

I. Cet alphabet sera donné au chapitre intitulé : « Les Secrets Maçonniques », second volume.

vénération ; on doit bien se garder de marcher dessus, sous peine d'amende.

Ce que ce tableau représente est, paraît-il, extraordinaircment sacré. Le Rituel, en effet, conseille aux Loges de supprimer la toile peinte et de tracer à la craie, sur le pavé mo*?aïque, le tableau mystérieux, a A chaque tenue, dit le Rituel, on dessinera avec de la craie le Tableau mystérieux de la Loge, et, après les travaux, on l'effacera avec une éponge légèrement imbibée d'eau; c'est le moyen d'éviter Tabus d'un tableau peint sur toile, qui peut tomber dans des mains profanes. » Mais la plupart des Loges ne tiennent aucun compte de cette recommandation et préfèrent étaler^ à chaque séance, leur toile peinte sur le parquet.

En face la porte d'entrée, au bout de la salle, est une estrade, élevée de trois marches et bordée d'une balustrade. C'est là VOrientf l'endroit privilégié où siège le Vénérable. Son bureau, exhaussé de quatre marches sur l'estrade, s'appelle VAutel; son fauteuil se nomme un Trône; au-dessus de sa tète est un dais en velours ou soie bleue, parsemée d'étoiles d'argent ; les franges i sont en or; au fond de ce dais, dans la partie supérieure, est un transparent triangulaire, le Delta Sacre', I au centre duquel on voit en caractères hébraïques le 'i nom de Jéhovah. A la gauche du dais est un autre ; transparent, représentant le disque du soleil, et à droite un troisième transparent, représentant le croissant de la lune. Cette collection de transparents brille d'un certain éclat, grâce aux bougies qui sont à l'intérieur. Néanmoins, leur aspect est des plus grotesques, bien qu'on dé'-igne ces machineites-là sous le nom pompeux de Gloires. Ce n'est pas tout : l'auiel du Vénérable est couvert d'un tapis bleu à franges d'or sur lequel sont posés une équerre, un maillet, un compas, un sabre de fer battu tordu en zigs-zags ^ne riez pas, c'est VLpce

Flamboyante qui symbolise la puissance conférée au Vénérable par le Grand Architecte de l'Univers^, le livre des Statuts généraux, le Rituel du grade, et un chandelier à trois branches. C'est aussi à l'Orient que l'on arbore l'étendard de la Loge. — Au rite écossais, les draperies et le tapis de l'autel sont rouges. — Un peu en avant est placée une petite table triangulaire, nommée V Autel des Serments.

Toujours sur l'estrade dite VOrient, mais au premier plan, auprès de la balustrade, et plus bas que le Vénérable, sont les bureaux de l'Orateur, à droite (au Sud\, et du Secrétaire, à gauche (au Nord'. Au-dessous de l'Orateur, en dehors de la balustrade, siège le Trésorier; et au-dessous du Secrétaire, l'Hospitalier.

Les lumières qui éclairent la Loge sont, à l'entrée, auprès des Surveillants, et à l'estrade, auprès du Trésorier. On donne aux bougies le nom d^ Etoiles.

Indépendamment des deux colonnes de la porte d'entrée, la salle, ou, pour m'exprimer en Maçon, le Temple est orné, dans son pourtour, de dix autres colonnes. Dans la frise ou architrave, qui repose sur les douze colonnes, règne un cordon qui forme douze noeuds delà forme connue sous le nom de lacs d'amour; les deux extrémités se terminent par une houpe, appelée Houpe Dentelée, et viennentaboutir aux colonnes J et B. Le plafond décrit une courbe; il représente le ciel, parsemé d'étoiles; du fond, situé au-dessus de l'estrade, partent trois rayons qui figurent le lever du soleil.

Des deux côtés de la Loge régnent plusieurs rangs de banquettes. L'ensemble de celles qui sont situées du côté du Premier Surveillant, c'est-à-dire à droite en entrant dans le temple, s'appelle la Colonne du Sud; l'ensemble de celles de gauche s'appelle la Colonne du Nord. Au rite français, les Apprentis se placent au Nord, les Compagnons au Sud, et les Maîtres indiffé-

remment aux deux colonnes; au rite écossais, les Apprentis et les Compagnons se placent au Nord, et les Maîtres au Sud.

A l'Orient, il y a deux banquettes circulaires où vont s^asseoir les Frères haut grades, ks Garants d'Amitié des Loges affiliées et les Visiteurs de distinction.

Le Grand-Expert et le Maître des Cérémonies sont assis sur des pliants au bas des marches de l'estrade, l'un devant l'Hospitalier, l'autre devant le Trésorier. Les deux Experts se tiennent à l'Occident, auprès des deux Surveillants. Quantau Frère Couvreur, sa place est près de la porte; c'est lui qui garde l'entrée du temple.

L'antichambre de la Loge se nomme les Pj5-P^r(iM5. Un Frère Servant s'y promène. Sur une table est un registre où les Maçons viennent s'inscrire, les membres de la Loge sur la feuille de gauche, et les Frères Visiteurs sur celle de droite.

Les Apprentis portent un petit tablierde peau, blanc, dont ils ont soin de relever la bavettej^les Compagnons portent le même tablier, mais avec la bavette baissée. Les Maîtres, au rite français, ont un tablier en satin blanc, bordé en bleu, doublé en noir; en outre, ils ont un cordon bleu, passé en écharpe de droite à gauche, au bas duquel est attaché un objet appelé Bijou qui représente un compas et une équerre croisés. Au rite écossais, les Maîtres ont leur tablier blanc bordé de rouge, et au milieu du tablier sont peintes ou brodées en rouge les lettres M.*. B.*.; le cordon bleu moiré, Mseré de rouge, se porte aussi en écharpe de droite à gauche; le bijou est en or et attaché, au bas du cordon, à une rosette rouge.

Les Officiers de la Loge, eux, portent leur cordon, non en écharpe, mais en sautoir, c'est-à-dire en forme de camail, la pointe descendant sur la poitrine. A ce cordon , sur lequel sont ordinairement brodés des

branches d'ncaciM et d'autres emblèmes maçonniques, est attaché le bijou, dont la nature varie suivant les fonctions de l'Officier qui en est décoré. Celui du Vénérable est une équcrrc; celui du i^"" Surveillant, un niveau; celui du 2^ Surveillant, un fil-à-plomb ou perpendiculaire; celui de l'Orateur, un livre ouvert; celui du Secrétaire, deux plumes en sautoir; celui du Trésorier, deux clés; celui du Grand-Expert, une règle et un glaive; celui des Experts, une faux et un sablier; celui du Garde des Sceaux, un rouleau et un cachet; celui du Maître des Cérémonies, une canne et uneépée croisées; celui de l'Hospitalier, une main tenant une bourse ; celui du Maître des Banquets, une corne d'abondance; celui de l'Architecte, deux règles en sautoir; celui du Couvreur, une massue.

Les Frères haut gradés ont des insignes spéciaux, dont la description sera donnée quand nous en serons au chapitre les concernant.

Lorsque l'heure fixée pour l'ouverture de la séance a sonné, tous les membres de la Loge qui sont présents prennent, sur l'invitation du Vénérable, leurs places d'ordre, après avoir revêtu les insignes de leur grade. Le Vénérable gravit les degrés de l'Orient, prend place sur son trône et frappe sur l'autel un vigoureux coup de maillet, que répètent les deux Surveillants. Ces trois coups font s'établir aussitôt dans le temple un silence parfait. Le Frère Couvreur ferme la porte ; tout le monde se tient debout à sa place. Sur les banquettes sont déposées des épées dans le genre de celles dont sont armés les figurants au théâtre.

Le Vénérable. — Frère Premier Surveillant, quel est le premier devoir des Surveillants en loge ?

Le i" Surveillant. — Vénérable, c'est de voir si la Loge est bien couverte, et si tous les Frères qui occupent les colonnes sont Maçons.

Le Vénérable. — Assurez-vous de cela, mon Frère.

Le pf Surveillant, au Grand- Expert. — Frère Grand- Expert, voyez si la Loge est bien couverte, et faites votre devoir.

Sur celte invitation, le Grand-Expert, armé de son glaive, sort du temple. Il visite les pas-perdus, recommande au Frère Servant de veiller à la garde extérieure du porche et au Frère Couvreur de ne laisser pénétrer quiconque ne répondrait pas convenablement aux questions d'ordre pour avoir l'entrée. Pendant ce temps, les deux Surveillants parcourent rapidement leurs colonnes respectives (si de leur place l'inspection oculaire ne suffit pas) pour s'assurer que tous les Frères présents sont bien membres de la Loge.

Qu;ind le Grand-Expert rentre dans le temple, il va au Second Surveillant et lui dit à voix basse : — La Loge est couverte, quant à l'extérieur.

Le 2= Surveillant, s'adressant au Premier. — • Frère Premier Surveillant, le Frère Grand-Expert a fait son devoir; la Loge est couverte extérieurement. Et quant à la colonne du Nord, tous les Frères qui l'occupent sont Maçons.

Le I" Surveillant, au Vénérable. — Vénérable, le temple est couvert tant à l'extérieur qu'à l'intérieur; tous les Frères des deux colonnes sont Maçons.

Le Vénérable, après avoir frappé un coup de maillet. — Frère Premier Surveillant, quel est le second devoir des Surveillants en Loge?

Le i**»" Surveillant. — C'est de s'assurer si tous les Frères sont à l'ordre.

Le Vénérable. — Assurez-vous-en donc. Frères i«r et 2« Surveillants, chacun sur votre colonne, et rendezm'en compte. ^Un coup de maillet). A Tordre, mes Frères, face à TOrient I

Tous les assistants qui sont sur les deux colonnes

se tournent alors de trois quarts vers l'estrade et se placent dans une posture particulière que l'on appelle i « l'ordre d'Apprenti ». Cette posture est telle que nul ' ne peut s'y mettre, s'il n'est initié ; car chacun, en la prenant et en se tenant de trois quarts, n'est vu que par les Surveillants qui parcourent les colonnes, et nullement par ses voisins. Les Surveillants, ayant terminé cet examen, retournent à leurs places respectives.

Le 2^ Surveillant. — Frère Premier Surveillant, tous les Frères de la colonne du Nord sont à l'ordre.

Le i^r Surveillant. — Vénérable Maître, tous les Frères de l'une et l'autre colonnes sont à l'ordre.

Le Vénérable. — Frère Premier Surveillant, à quelle heure les Maçons ont-ils coutume d'ouvrir leurs travaux?

Le i^r Surveillant. — A midi, Vénérable.

Le Vénérable. — Quelle heure est-il, Frère Second Surveillant ?

Le 2^ Surveillant. — Vénérable, il est midi.

Le Vénérable. — Puisqu'il est l'heure à laquelle nous devons ouvrir nos travaux. Frères Premier et Second Surveillants, invitez les Frères de vos colonnes à se joindre à moi pour ouvrir les travaux de la Respectable Loge (ici le nom de la Loge)^ Orient de [ici le nom de la ville), au grade d'Apprenti, rite (ici le nom du rite).

Le i^»" Surveillant. — Frère Second Surveillant, Frères qui décorez la colonne du Sud, le Vénérable nous invite à nous joindre à lui pour ouvrir les travaux de la Respectable Loge, etc.

Le 2^ Surveillant. — Frères qui décorez la colonne du Nord, le Vénérable nous invite à nous joindre à lui, etc.

Après quoi, le 2« Surveillant reprend, en s'adressant au premier : — Frère Premier Surveillant, l'annonce est portée sur ma colonne.

Le i^r Surveillant. — Vénérable, l'annonce est portée sur les colonnes du Nord et du Sud.

Le Vénérable, se découvrant, et après avoir frappé sur Fautel trois coups de maillet d'une façon particulière. — A moi, mes Frères (tous les assistants ont les yeux sur lui), par le signe (chacun exécute le signe secret du grade d'Apprenti), par la batterie (chacun frappe dans ses mains trois coups d'une façon spéciale), et par l'acclamation mystérieuse !

Tous les assistants. — Houzé! houzé ! houzé M

Le Vénérable. — Mes Frères, à la gloire du Grand- Architecte de rUnivcrs, au nom et sous les auspices du Grand-Orient de France (ou bien : du Suprême Conseil, si la Loge pratique le rite écossais), la Loge d'Apprentis Maçons, au rite (ici le nom du rite), sous le titre distinctif de. (ici le nom de la Loge), Orient de (ici le nom de la ville), est ouverte ; prenez vos places.

Tout le monde s'assied.

Le Vénérable. — Frère Secrétaire, voulez-vous bien nous donner lecture de la planche tracée dans notre dernière tenue ?... Frères i^"" et 2« Surveillants, invitez les Frères qui décorent vos colonnes à vouloir bien prêter attention à cette lecture.

Les Surveillants répètent l'annonce.

Le Vénérable. — Frère Secrétaire, vous avez la parole.

Ici, lecture du procès-verbal de la séance précédente.

Après la lecture, le Vénérable, ayant frappé un coup

I. L'acclamation varie selon les rites. Au rite français, on doit dire : « Vivat! vivat! setnper vivat! » Au rite écossais, on dit : « Houzé ! houzé ! houzé ! » Au rite de Misraim : « Alléluia! alléluia 1 alléluia ! » Mais la plus répandue est celle du rite écossais, qui se dit même dans beaucoup de Loges dépendant du Grand-Orient de France.

de maillet. — Frère Premier Surveillant, demandez aux Frères qui composent les deux colonnes s'ils ont quelques observations à présenter sur l'esquisse de la planche tracée de nos derniers travaux. La parole sera accordée à cet effet à ceux qui la demanderont.

Le i-^r Surveillant, après un coup de maillet. — Frères qui décorez les colonnes du Nord et du Sud, le Vénérable demande si vous avez quelques observations à présenter sur l'esquisse, etc.

Si un Frère veut proposer quelque rectification, il se lève, frappe un coup dans ses mains, étend le bras droit automatiquement vers le Surveillant de sa colonne (c'est ainsi que se demande la permission de parler), et aussitôt le Surveillant avertit le Vénérable qu'un Frère de sa colonne demande la parole. Le Vénérable l'ayant accordée, le Surveillant en avertit le Frère qui, alors seulement, peut parler. Il doit toujours s'adresser au Vénérable ou à la Loge en général, et jamais à un Frère en particulier. Du reste, il n'est permis de parler que sur le procès-verbal et sa rédaction.

Lorsque toutes les observations ont été entendues et que les rectifications reconnues fondées ont été taites, ou bien lorsqu'aucune observation n'est présentée, le Premier Surveillant frappe un coup de maillet et dit : — Vénérable, le silenge règne sur l'une et l'autre colonnes.

Le Vénérable. — J'invite le Frère Orateur à donner ses conclusions.

L'Orateur. — Je conclus à l'adoption de la planche tracée de nos derniers travaux.

(C'est là, en effet, tout le discours de l'Orateur; il conclut toujours sans donner de motifs.)

Le Vénérable. — Mes Frères, attendu le silence de la Loge et ouï les conclusions de notre cher Frère

Orateur, la planche tracde est adoptée ; sanctionnons-la par notre approbation.

Chacun, à l'instar du Vc^nérablc, étend le bras droit et laisse tomber bruyamment sa main sur la cui'^sc.

Tout ce qui précède constitue ce qu'on appelle les Travaux de Famille ; les membres de la Loge seuls peuvent y assister. Quand des Frères étrangers à la Loge veulent assister à la séance, ils se tiennent jusqu'à ce moment-là dans les pas-perdus, en compagnie du Frère Servant, gardien extérieur de la porte.

Une fois le procès-verbal adopté, le Vénérable reprend la parole pour faire introduire les Frères Visiteurs (il faut avoir au moins le grade de Maître pour ctre admis).

Le Vénérable. — Frère Maître des Cérémonies, veuillez vous transporter dans le parvis du temple et savoir s'il y a des Frères Visiteurs.

Le Maître des Cérémonies obéit et va jeter un coup d'oeil dans les pas-perdus. Si aucun Frère Visiteur ne s'y trouve, l'affaire est promptement réglée. Si au contraire il y a des Frères Visiteurs demandant l'entrée du temple, le Maître des Cérémonies rentre, se place entre les deux Surveillants et dit : — Vénérable, des Frères Visiteurs, étrangers à ce Respectable Atelier, au nombre de..., demandent la permission de partager nos travaux.

Le Vénérable charge alors le Grand-Expert d'aller tiiiler les Visiteurs, c'est-à-dire de s'assurer s'ils sont réellement francs-maçons. Si les Visiteurs sont nombreux, il envoie plusieurs Experts. La formalité du tuilage consiste dans un interrogatoire réglementaire, questions d'ordre, signes, attouchements, mots de passe, mots sacrés, etc. '. D'après les statuts, le Grand-

I. Un chapitre, intitulé les Secrets Maçonniques, est entière» ment consacré (au second volume) à tout ce qui concerne le luilage pour chaque grade et chnqiie rite pratiqué en France

Expert devrait non seulement luiler les Visiteurs, mais encore se faire remettre leurs titres maçonniques, tels que Diplômes, Brefs, Patentes; mais dans la pratique, quand un Visiteur a répondu d'une façon parfaite au tuilage, on ne lui demande pas ses papiers. Souvent même on supprime les nombreuses questions d'ordre du rituel, et l'on ne tuile le visiteur qu'en lui demandant l'attouchement, le mot de passe, le mot sacré et le mot de semestre.

Pendant le tuilage, un Maître des Cérémonies Adjoint se tient dans les pas-perdus au milieu des Visiteurs.

Les Experts, étant rentrés, rendent compte de leur mission, et voici ce qui a lieu si les Visiteurs ont satisfait pleinement aux formalités sacramentelles :

Le Vénérable. — Frère Second Surveillant, annoncez au Frère Maître des Cérémonies Adjoint qu'il peut introduire les Frères Visiteurs reconnus, avec les honneurs dus à leur grade et à leurs dignités. (Pour ces honneurs, voir les Règlements généraux.)

Après une courte allocution pour souhaiter la bienvenue aux Visiteurs, le Vénérable fait applaudir maçonniquement leur présence (par la batterie du grade d'Apprenti) et les invite à s'asseoir aux places auxquelles ils ont droit.

En entrant, chaque Visiteur a eu soin de faire le signe mystérieux du grade d'Apprenti et de marcher d'une certaine façon. Quand un Frère Visiteur arrive en retard, il frappe à la porte de la manière convenue. Le Frère Couvreur entrebaille la porte et le tuile rapidement; puis il referme l'huis.

Alors le Premier Surveillant donne un coup de maillet et dit : — Vénérable, on vienc de frapper en maçon à la porte du temple.

Le Vénérable. — Frère Second Surveillant, faites voir quel est le Frère qui frappe ainsi.

Le 2» Surveillant. — Vcndrable, c'c^x un Frère Visv teur qui demande Tentrce de ce Respectable Atelier.

On introduit le Visiteur retardataire qui esquisse \e i;;ne niystérieux et exécute la marche convenue.

Le Vdndrable. — Mon Frère, d'où venez-vous?

Le Visiteur. — De la Loge Saint-Jean, Vénérable.

Le Vénérable. — Qu'en apportez-vous? »

Le Visiteur. — Soumission à vous, Vénérable; joie, santé et prospérité à tous les Frères.

Le Vénérable. — N'en apportez-vous rien de plus?

Le Visiteur. — Le Maître de ma Loge vous salue par trois fois trois.

Le Vénérable. — Que fait-on à la Loge Saint-Jean?

Le Visiteur. — On y élève des temples à la venu et Ton y creuse des cachots pour le vice.

Le Vénérable. — Que venez-vous faire ici ?

Le Visiteur. — Vaincre mes passions, soumettre mes volontés et accomplir de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.

Le Vénérable. — Occupez-vous quelque fonction dans votre Atelier?

Le Visiteur. — Oui (ou non), Vénérable.

Le Vénérable. — Que demandez-vous, mon Frère?

Le Visiteur. — Une place parmi vous.

Le Vénérable. — Elle vous est acquise; allez donc occuper celle qui vous est destinée.

Si le Visiteur est un simple Maître, il va s'asseoir sur l'une des banquettes latérales. S'il est pourvu d'un haut grade, il monte à l'Orient et s'assied sur l'une des banquettes circulaires : quelquefois, à titre d'épreuve, le Vénérable l'arrête du geste au passage et lui indique les colonnes; mais le Visiteur haut gradé ne doit pas tenir compte de cette observation, qui n'est qu'une feinte, et il prend place sur l'estrade.

Comme on pense, pas mal de temps se perd au

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