‹ Les Frères Trois-PointsChapitre 183 sur 189 · TOME PREMIER z · texte numérisé non relu

TOME PREMIER z

moyen de tput ce cérémonial prétentieux. Tnni pis pour les récipiendaires qui se morfondent dans les cabinets à squelettes !

Lorsque tout est enfin prct pour la réception, le Vénérable informe l'assemblée du but de la convocation (qu'elle connaît du reste par les lettres-circulaires,: initiation d'un ou plusieurs Profanes, admis par scrutin dans la dernière séance. On a vu, aux Règlements généraux, la quantité de suffrages qu'un candidat doit réunir pour être admis aux épreuves.

Le Vénérable. — Mes Frères, par deux scrutins consécutifs, vous avez accordé au Profane (ici le nom du caîîdidat) la faveur de se présenter pour être admis à nos mystères. S'il n'y a point d'opposition, je vous prie de témoigner votre assentiment en la manière accoutumée. Frères ler et 2« Surveillants, veuillez porter cette annonce sur vos colones.

Les Surveillants exécutent cet ordre. S'il s'élève quelque opposition, soit de la part d'un membre de la Loge, soit de la part d'un Frère visiteur, on la discute; l'Orateur donne ses conclusions, et l'assemblée vote selon le Règlement général. Si aucune opposition ne s'élève, les Surveillants informent le Vénérable que les colonnes sont muettes; l'Orateur conclut à l'admission définitive aux épreuves.

Le Vénérable. — Mes Frères, puisqu'il n'y a pas (ou : puisqu'il n'y a plus) d'opposition, donnons notre consentement par le signe en usage.

Tous les assistants étendent la main droite, puis la laissent retomber avec bruit sur la cuisse.

Le Vénérable. — Frère Terrible, allez vers le Profane, demandez-lui les réponses aux questions qui lui ont été posées et le testament exigé ; ensuite, vous l'amènerez à la porte du temple, où vous annoncerez &a présence.

Ce discours est adressé à Tun des Experts, qui, en sa qualité spi5ciale de préparateur des initiations, porte le litre de Frère Terrible.

Ce Terrible P^ère va donc au cabinet des réflexions, s'empare du testament et des réponses aux trois questions, pique ce papier à la pointe d'une épée, et le Maître des Cérémonies le rapporte ainsi triomphalement à la Loge. Il dépose aussi sur l'autel le portemonnaie, la montre, la bai;ue du Profane, et en général touslesobjcts de valeurque le récipiendaire avait surlui.

Le Vénérable donne lecture du testament et des réponses; ce document demeure ensuite aux archives.

Après quoi, le Frère Terrible retourne auprès du Profane et le prépare pour la réception. Voiti en quoi consiste cette préparation : on ôte au récipiendaire son chapeau, son habit et son soulier gauche, lequel est remplacé par une pantoufle; on lui retrousse jusqu'au dessus du genou un des côtés de son pantalon, le côté droit; on lui retire la manche gauche de son gilet et de sa chemise, de façon à ce qu'il ait le bras et le sein découverts, côté du cœur; si la saison est rigoureuse, on pose un manteau sur ses épaules; enfin, on lui bande les yeux avec une sorte de masque qui ressemble exactement à ce qu'en style de bal on nomme un loup, avec cette ditîérence que le masque maçonnique n'a pas de trous pour les yeux. — Dans les Loges qui se piquent de se conformer scrupuleusement aux traditions anciennes, le récipiendaire est tout à tait nu, et on le conduit au moyen d'une corde qu'on lui u passée au cou.

Quand le récipiendaire est prêt, on le fait pirouetter un bon moment sur lui-même; puis, on le conduit, à travers un vrai dédale d'escaliers, jusqu'à la salle des pas-perdus; là, on le pousse violemment contre la porte, de façon à l'y faire cogner deux ou trois fois.

I.a comédie de la réception débute par un dialogue entre l'intérieur et l'extérieur du temple.

A l'intérieur :

Le 2« surveillant, avec un coup de maillet. — Frère Premier Surveillant, avez-vous entendu? on vient de frapper en profane à la porte du temple?

Le i^'' Surveillant, donnant aussi un coup de maillet. — Vénérable, un Prof »ne vient de frapper à la porte !

Le Vénérable. — V< yez quel est le téméraire qui ose ainsi troubler nos travaux !

Le Frère Couvreur entr'ouvre la porte sans bruit, appuie la pointe ébréchée de son épée sur la poitrine nue du récipiendaire, et dit d'une voix forte : — Quel est cet audacieux qui tente de forcer l'entrée du temple?

Le Frère Terrible. — Calmez-vous, mon Frère ! Personne n'a l'intention de pénétrer malgré vous dans cette enceinte sacrée. L'homme qui vient de frapper est un Profane désireux de voir la lumière, et qui la sollicite humblement de notre Respectable Loge.

La porte se referme sans bruit.

A l'intérieur :

Le 2^ Surveillant, ému. — Frère Premier Surveillant, le Frère Terrible demande à introduire un Profane dans le temple.

Le i^"" Surveillant, avec une émotion encore plus grande. — Vénérable, le Frère Terrible présente un Profane qui demande à être admis parmi nous, s'il en est jugé digne.

Le Vénérable, d'une voix retentissante. — Mes Frères, armez-vous de vos glaives ! un Profane se trouve à la porte du temple... Que prétend-il? que demande-t-il ?

Le i^r Surveillant. — Il est désireux de voir la lumière; il ne prétend rien, il sollicite.

Le Vénérable. — N'importe, il faut vraiment qu'il

soit bien audacieux pour avoir conçu l'espoir d'obtenir une telle faveur !

Le Frère Terrible, toujours en dehors de la porte et tenant le récipiendaire par le bras : — Mes Frères, ce Profane est un homme libre et de bonnes mœurs.

Les deux Surveillants, à rintéricur, répètent cette annonce, en s'adrcssant l'un au Premier Surveillant, et l'autre au Vénérable.

Le Vénérable. — Puisque le Frère Terrible affirme qu'il en est ainsi, faites demander à ce Profane ses noms et prénoms, son âge et le lieu de sa naissance, sa profession et sa demeure actuelle.

Le Frère Couvreur fait la demande au Frère Terrible à travers la porte. Celui-ci répond au lieu et place du récipiendaire; le Second Surveillant transmet au Premier les réponses, et le Premier Surveillant les redit au Vénérable.

Le Vénérable. — Demandez à ce téméraire si son intention est bien d'être reçu franc-maçon.

Nouvelle transmission de la demande et de la réponse affirmative par les mêmes intermédiaires.

Le Vénérable. — Faites-le entrer.

Le I" Surveillant. — Faites-le entrer.

Le 2« Surveillant, au Couvreur. — Faites entrer le Profane.

Le Frère Couvreur ouvre la porte, tandis que l'un des Experts, au moyen d'un instrument à gros ressorts grinçants, simule le bruit d'énormes verrous.

Le Frère Terrible, tenant toujours le récipiendaire par le bras. — Allongez bien la jambe; il y a un petit fossé à franchir.

On entre. Tout le monde garde le silence le plus profond.

Le 2« et le i" Surveillants, successivement. — Le Profane est entre les deux colonnes.

On referme la porte sans bruit derrière le récipiendaire. Le Grand-Expert appuie de nouveau sur sa poitrine nue la pointe de son épée.

Le Vénérable. — Profane ! que sentez-vous sur votre poitrine? qu'avez-vous sur les yeux?

La réponse est soufflée au Profane par le Frère Terrible.

Le récipiendaire. — Un épais bandeau couvre mes yeux, et je sens sur mon sein la pointe d'une arme.

Le Vénérable. — Monsieur, ce fer, toujours levé pour punir le parjure, est le symbole du remords qui déchirerait votre cœur, si, par malheur pour vous, vous deveniez traître à la Société dans laquelle vous voulez entrer; et le bandeau qui couvre vos yeux est le symbole de l'aveuglement dans lequel se trouve l'homme dominé par les passions et plongé dans Tignorance et la superstition.

Ici,^ une pause.

Le Vénérable. — Monsieur, les qualités que nous exigeons pour être admis sont la plus grande sincérité, une docilité absolue, une constance à toute épreuve. Vos réponses aux questions que je vais vous adresser nous feront juger ce que nous devons penser de vous.

Alors commence le premier interrogatoire. Cette fois, le Frère Terrible ne souffle plus les réponses

Questions réglementaires posées par le Vénérable au récipiendaire : — Quel est votre dessein en vous présentant ici et qui vous en a suggéré l'idée? La curiosité n'y a-t-elle pas la plus grande part ? — Quelle opinion vous êtes-vous faite de la Franc-Maçonnerie? Répondez avec franchise et surtout soyez vrai. — Eies-vous prêt à subir les épreuves par lesquelles vous devez passer? — Savez-vous quelles obligations on contracte parmi nous? — Qui vous présente à cette Loge? — Le connaissiez-vous depuis longtemps? —

Ne voii'^ a-t-il pas prévenu de ce que font les Maçons? — Quelles rcHcxions ont fait naître dans votre esprit les objets offerts à vos yeux dans le lieu où vous avez été renfermé? — Que pensez-vous de l'état ou vous vous trouvez? — Quelle idée vous faites-vous d'une Société dans laquelle on exige que le candidat soit présenté dans un état qui doit vous paraître étrange ? — • Votre confiance et votre démarche ne sont-elles pas un peu légères? — N'avez-vous pas à craindre que nous abusions de l'état de faiblesse auquel vous vous êtes laissé réduire? Sans armes, sans défense, et presque nu, vous vous livrez à la discrétion de gens que vous ne connaissez pas. — L'examen moral que vous subissez vous inspire-t-il quelque crainte?

Le Vénérable attend, à chaque question, la réponse du récipiendaire, et il lui fait telles objections que comporte le genre de son esprit et de son caractère.

Il insiste surtout sur l'opinion que le Profane a relativement à la Franc-Maçonnerie ; et, une fois la réponse donnée, le Vénérable dit solennellement : — Monsieur, la Franc-Maçonnerie est une institution qui ne procède que d'elle-même ; elle prend son principe dans la raison, et ainsi elle est universelle. Elle a une origine propre qui ne doit point être confondue avec celle des religions, et, laissant à chacun sa liberté de croyance, elle s'affranchit de toute domination religieuse. Quoique stable dans son dogme fondamental, la Maçonnerie est progressive avant tout et n'impose aucune limite à la recherche de la vérité.

Le Vénérable fait ensuite, s'il le juge convenable, quelques questions particulières au Profane, d'après les renseignements qu'on s'est procurés sur son compte. Puis, la réception continue.

Le Vénérable. — Vous ne sauriez trop réfléchir, Monsieur, à la démarche que vous faites. Vous allez,

je vous le répète, subir des épreuves terribles. Vous scniez-vous le couraf^e de braver tous les dangers auxquels vous allez être exposé ?

Repense affirmative du récipiendaire *.

Le Vcncrable. — Alors, je ne réponds plus de vous

Une pause.

Le Vénérable. — Frère Terrible, entraînez ce Profane hors du temple, et conduisez-le partout où doit passer le mortel qui aspire à connaître nos secrets.

On s'empare du récipiendaire, et, en le bousculant quelque peu, on l'emmène dans la salle des pas-perdus. Là, on le fait pirouetter, comme au sortir du cabinet des réflexions, afin de le dérouter ; ensuite, on le ramène à l'entrée du temple, dont la porte a été ouverte à deux battants. On a placé, un peu en avant, un grand cadre dont le vide est rempli par plusieurs couches de fort papier, et que soutiennent des Frères de chaque côté ; on ne saurait mieux comparer cet appareil qu'aux cerceaux que traversent les écuyères des cirques.

Le Frère Terrible. — Que faut-il faire du Profane ?

Le Vénérable. — Qu'on l'introduise dans la caverne!

A cet ordre, deux Frères vigoureux empoignent le récipiendaire et le lancent de toutes leurs forces sur le cadre, dont les papiers se rompent et lui livrent passage. D'autres Frères le reçoivent sur un matelas disposé de l'autre côté. On referme à grand fracas les deux battants de la porte. Un anneau de fer, ramené plusieurs fois sur une barre crénelée du môme métal, simule le bruit d'une énorme serrure qu'on fermerait à plusieurs tours. Tout le monde observe le plus grand silence ; le récipiendaire est toujours étalé de tout son long sur le matelas qui a été déposé par terre.

I. Il va sans dire que, si la réponse est par hasard négative, il n'est plus donné suite à l'initiation.

Au bout de quelques instants, le Vénérable frappe un grand coup de maillet sur l'autel.

l.e Vénérable. — Relevez le Profane, conduisez-le près du Second Surveillant et faites-le mettre à genoux.

Cet ordre est immcciiatcment exécuté.

Le Vénérable. — Profane, prenez part à la prière que nous allons adresser en votre faveur au moteur de toutes choses... Mes Frères, humilions-nous devant le Grand Architecte de l'Univers; reconnaissons sa puissance et notre faiblesse. Contenons nos esprits et nos cœurs dans les limites de l'équité, et efforçons-nous, par nos œuvres, de nous élever jusqu'à lui. Il est un et infini; il existe par lui-même; il se révèle en tout et partout, et il est tout. Daigne, ô Grand Architecte de l'Univers, protéger les ouvriers de paix qui sont réunis dans ton temple; anime leur zèle, fortifie leur âme dans la lutte des passions ; cntlamme leur cœur de l'amour des vertus, et donne-leur l'éloquence et la persévérance nécessaires pour faire chérir ton nom, observer tes lois et en étendre l'empire. Prête à ce Profane ton assistance, et soutiens-le de ton bras tutélaire au milieu des épreuves qu'il va subir. Ainsi soit-il, amen!

Tous les assistants, d'une seule voix. — Amen!

Le Vénérable. — Profane, persistez-vous encore?

Réponse affirmative du récipiendaire que Ton fait le ver.

Le Vénérable. — En ce cas, confiez-vous à la main inconnue qui va diriger vos pas.

Le Frère Terrible donne la main au récipiendaire et le conduit assez près de l'estrade, au milieu des deux colonnes qui sont retombées dans le silence.

Le Vénérable. — Profane, je suis ici le représentant de la Société dans lequel vous voulez entrer. Avant que cette Société consente à vous admettre définitivement aux épreuves, il me faut sonder votre cœur su les premiers principes de la morale... Répondez donc

franchement encore aux nouvelles questions qui vont vous être adressées... Et d'abord, si un danger terrible vous menaçait, en qui mettriez-vous votre confiance ?

Réponse du récipiendaire.

Le Vénérable réplique d'après la réponse; puis il ajoute : — Nous allons commencer l'examen moral. Asseyez-vous, Monsieur.

Derrière le récipiendaire, on a placé un escabeau hérissé de clous (les pointes de ces clous enfoncées dans le bois) et portant sur des pieds boiteux.

(L'interrogatoire qui va suivre est celui du rite français. Je ne donne pas celui du rite écossais, qui, bien que différent en quelques points, ferait double emploi.)

Le Vénérable. — Qu'est-ce que l'ignorance? et pourquoi les ignorants sont-ils entcté5,irascibles et dangereux?

Réponse du récipiendaire.

Si la réponse n'est pas satisfaisante, le Vénérable la rectifie en ces termes : — Monsieur, l'ignorance (en latin ignorantia, fait de in, privatif, et gnarus, qui sait), est le manque de connaissance, de savoir. C'est de l'ignorance de soi-même que découlent tous les vices. Il y a trois sortes d'ignorances : ne rien savoir, savoir mal ce qu'on sait, savoir autre chose que ce que Ton doit savoir. La connaissance, commela science, a deux extrémités qui se touchent : la première est l'ignorance naturelle de tout homme qui vient au monde ; l'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien en comparaison de ce qu'ils ont à apprendre et se rencontrent presque dans cette même ignorance d'où ils étaient partis; mais c'est une ignorance savante, éclairée, qui se connaît. Ceux qui sont sortis de l'ignorance primitive et qui n'ont acquis, sur la route de la vie, que quelque teinture de sciences mal comprises, se prévalent d'un faux savoir et font

les entendus. La religion de ces ignorants ne peut pas être la même que celle des savants, qui a pour principe la tolérance, l'amour de rhumaniié et le respect de soi-même. Voilà pourquoi les ignorants sont entctds, irascibles, dangereux ; ils troublent et démoralisent la société ; pour abaisser socialement le peuple, ils rabaissent intellectuellement et le privent de la connaissance de ses droits, sachant fort bien que, même avec la Constitution la plus libérale, un peuple ignorant reste toujours esclave. Ces ignorants, ennemis du progrès, doivent donc, pour mieux dominer, repousser toute lumière, épaissir les ténèbres, lutter sans cesse contre la vérité, contre le bien, contre Dieu '.

Le Vénérable. — Dites-nous votre opinion sur le fanatisme et la superstition.

Réponse du récipiendaire.

Réplique du Vénérable. — Le fanatisme est un culte insensé, une erreur sacrée; c'est une exaltation religieuse qui a perverti la raison et qui porte à des actions condamnables en vue de plaire à Dieu ; on dit : « les fureurs du fanatisme. » C'est un égarement moral, une maladie mentale qui, malheureusement, est contagieuse. Le fanatisme, une fois enraciné dans un pays, y prend le caractère et l'autorité d'un principe, au nom duquel ses partisans enragés ont fait, dans leurs exécrables auto-da-fc, périr des milliers d'innocents. On donne, par analogie, ce nom au désir ardent du triomphe de son opinion, de l'accomplissement de ses projets, etc. Il n'y a de dangereux, dans la plupart des fanatismes, que leurs abus; car, sans eux, l'homme ne fait rien de grand. Mais fuyons et combattons l'aveugle fanatisme religieux!... La superstition (du latin super, au-dessus, stare, se tenir : chose surnaturelle) est un

I. Ces deux derniers mots ne sont pas prononcés par le Vénérable, si le récipiendaire est un athée ou un sceptique.

culte faux, un culte mal compris, plein de vaines terreurs, contraire à la raison et aux saines idées qu'on doit avoir de Dieu *. La superstition est la religion des ignorants, des âmes timorées er même des savants qui, faute d'examen, n'osent pas secouer le joug de l'habitude. La plupart des religions ne sont que des superstitions enfantées par la crainte et pouvant conduire au fanatisme; ce dernier peut élever l'âme, la superstition ne fait que l'avilir. Tous les deux sont les plus grands ennemis du bonheur des peuples.

Le Vénérable. — Qu'est-ce que l'erreur?

Réponse du récipiendaire.

Réplique du Vénérable. — L'erreur est une opinion fausse adoptée par ignorance, par défaut d'examen ou de raisonnement; c'est un faux jugement, une faute, une méprise; c'est un écart de la raison, de la vérité, de la justice; c'est un égarement de Tesprit qui prend le faux pour le vrai. On peut appliquer à l'erreur le sens de cette maxime : « L'homme se lasse du bien, « cherche le mieux, trouve le mal et y reste. » Toutes les erreurs d'un juge sont funestes. L'erreur fait secte, jamais la vérité.

Le Vénérable. — Qu'est-ce que les préjugés?

Réponse du récipiendaire.

Réplique du Vénérable. — Les préjugés, ainsi que ce nom l'indique, sont des jugements portés ou admis avant examen ou sans examen; ce sont des erreurs, de fausses croyances admises sans preuves : la prévention publique est un préjugé; c'est un fléau anti-social, d'une nature opiniâtre, qui ne cède qu'à la force de l'expérience et de la raison. C'est un mal qui prend sa source dans l'ignorance et dans l'erreur. Combattons-le sans relâche en éclairant l'humanité. Chaque fois qu'un

I. Même observation que celle qui fait l'objet de la note de la page précédente

peuple ou qu'un individu s'affranchit d'un préjugé, il l'ail un pas de plus dans le progrès.

Le Vénérable. — Qu'est-ce que le mensonge?

Réponse du récipiendaire.

Réplique du Vénérable. — Ce mot dérive du l;itin mentis somniiim ou mentitum somnium, c'est-à-dire songe de l'esprit ou songe menteur, d'où cette ancienne maxime : « Tous songes sont menteurs. » Le mensonge est donc le récit d'un fait contraire à la vérité et con^'u dans l'inteniion de tromper. Le mensonge est une grande tromperie. Le fourbe fait des mensonges, le bavard dit des menteries (mensonges sans conséquence). Le mensonge chez les femmes est un vice de l'esprit et du cœur. Il y a des erreurs sacrées qui ne se soutiennent que par le mensonge. Dire des mensonges, c'est les raconter, ce n*est point mentir; faire des mensonges est le fait d'un menteur. Le mensonge est père du vol. Il n'est peut-ctre pas de mauvaise habitude dont il soit plus difficile de se corriger que celle du mensonge. Les parents ne sauraient veiller avec trop de soin sur leurs enfants pour les préserver de ce vice horrible. Un sage a dit que la punition du menteur est de n'être pas cru, lors même qu'il parle vrai.

Le Vénérable. — Qu'est-ce que les passions? Sontelles utiles à l'homme?

Réponse du récipiendaire.

Réplique du Vénérable. — Une passion (du latin passits, qui a souffert] est une affection permanente, un penchant irrésistible, un désir violent causé par un be>oin de l'âme avec souffrance jusqu'à ce qu'il soit satisfait. C'est aussi un goût décidé pour une chose, un art, une science, etc. Les passions sont toutes nécessaires aux hommes, mais il faut qu'une bonne éducation les dirige vers des objets utiles à eux-mêmes et à la société. Il n'en est aucune qui ne puisse être tounéer

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