TOME PREMIER
lini;e sec la partie du corps indiquée et y poser très prestement un glaçon. Mais, dans les Loges, les manières les plus usitées sont celles-ci : on applique à Tcndroit désigné par le Profane, soit le côté chaud d'une bougie qu'on vient d'éteindre, soit le pied d'un petit verre à liqueur qu'on a légèrement échauffé en y brûlant du papier.
Enfin, on passe à un autre exercice; mais cette fois, si le motif invoqué pour l'épreuve est un effronté mensonge,parcontre, commeils'agit de fairedonner de l'argent au récipiendaire, on le lui extirpe très réellement.
Le Vénérable. — • Monsieur, voici le moment de mettre en pratique le second des devoirs d'un Franc- Maçon. La veuve d'un de nos Frères, ayant appris votre réception de ce jour, réclame, depuis ce matin même, votre assistance pour elle et ses orphelins plongés dans la plus affreuse misère. Je vais députer vers vous celui des membres de cette Loge qui est chargé de la distribution des secours, et vous lui direz, à voix basse, ce que vous destinez au soulagement de cette famille infortunée. Je dis « à voix basse », Monsieur, parce que les actes de bienfaisance d'un Franc-Maçon ne doivent jamais être des actes d'ostentation ni de vanité; ces actes doivent être pour lui l'accomplissement d'un devoir et rester ensevelis dans le secret. Consultez vos moyens en même temps que votre cœur, afin de ne pas dépasser ce que vos ressources vous permettent d'offrir à cette malheureuse veuve et à ses enfants qui se recommandent à vous. Nous ne demandons ici que le juste tribut de votre charité fraternelle envers vos semblables.
Si le récipiendaire, dit le Rituel du Grand-Orient de France, hésite à prendre une détermination franche et précise, le Vénérable doit insister, mais avec les ménagements que voici :
Le Vénérable. — Cette charité, qui vous est deman-
dée, Monsieur, cesserait d'ctre une vertu, si vous l'exerciez au préjudice d'autres devoirs plus sacrés et plus pressants : des engagements civils à remplir, une famille à entretenir, des enfants à élever, des parents peu favorisés de la fortune à soulager. Voilà les premiers devoirs que la nature et la conscience nous imposent ; voilà les créanciers de tout homme qui règle sa conduite sur les principes de l'équité. Que penseriezvous de celui qui voudrait paraître charitable avant de les avoir satisfaits?... J'ai voulu vous éclairer sur les obligations communes à tous les hommes, je reviens à ma première proposition : pouvez-vous, sans blesser aucun de ces devoirs, sacritier au profit des pauvres gens dont il s'agit, tout ou partie de l'argent et produit des bijoux qui vous appartiennent et qu'on m'a remis?
Ces ménagements ayant été pris, le Vénérable donne les ordres.
Le Vénérable. — Frère Hospitalier, approchez-vous du récipiendaire, et sachez de lui ce qu'il destine à l'œuvre que je lui ai signalée.
Le Frère Hospitalier se transporte auprès du récipiendaire qui lui confie à voix basse ses intentions. Il en rend compte au Vénérable, également à voix basse.
Le Vénérable. — Monsieur, la Respectable Loge agrée votre offrande ; elle est reçue et acceptée avec une vive reconnaissance. Comptez sur la gratitude de la malheureuse veuve et sur les bénédictions naives et touchantes de ses enfants (textuel).
Que la Franc-Maçonnerie me permette de le lui dire : cette aumône forcée qu'elle soutire au récipiendaire est tout uniment ce qu'en style essentiellement profane on appelle une « carotte ». En effet, d'une part Profane par sa lettre même de convocation, a déjà été
impose' d\)l\ïcc pour la somme de dix frnncs destiiicc nu prétendu Tronc Hospitalier(voirpagc 335) : ensuite, le jour de la réception, il n'existe pas plus de veuve et d'orphelins sur la paille qu'il n'y en a dans le sdrail du Grand-Turc; et la preuve, c'est que le discours, qui sert d'amorce pour prétexter cette petite filouterie, est imprimé dans les Rituels et que le Vénérable le pro nonce invariablement à chaque initiation.
On termine les épreuves du récipiendaire ' en donnant la parole aux assistants qui ont des questions à lui adresser. Toutes les questions, même les plus indiscrètes, les moins en situation, celles n'ayant pas l'ombre du sens commun, peuvent être posées. En voici quelques échantillons, entendus dans diverses Loges, et auxquels le Vénérable n'opposa aucune
I. Lorsqu'il s'agit d'initier plusieurs candidats dans la nriême séance, on supprime les épreuves qui nécessitent les appareils les plus compliqués ou qui font perdre trop de temps. C'est ainsi que, faisant partie d'une fournée de quatre récipiendaires, j'ai eu la chance d'éviter l'introduction dans la caverne, le sceau maçonnique, la saignée et Téchelle sans fin. Avant l'entrée du temple, on ne m'avait pas donné non plus le spectacle du traître décapité. Par contre j'ai lieu de croire que l'on n'avait rien négligé pour impressionner l'un de mes co-récipiendaires, M. Constantin Velitchkoff; car, dès avant le premier voyage, il paraissait fort ému, et même, au cours des épreuves, il se trouva mal à deux reprises.
Quand le candidat-Maçon est seul à se faire initier, il est sûr, excepté s'il est un personnage réellement marquant, de passer par toutes les mauvaises farces que je viens de raconter. Il y a même des Loges qui ne se contentent pas des épreuves réglementaires et qui trouvent à ajouter au Rituel. Sous prétexte que le premier voyage représente les obstacles, les luttes et les déceptions de la vie, on fait cogner au Profane la tête contre une poutre, on lui verse dans le dos un filet d'eau glacée, en même cemps qu'on lui ébouillante le genou droit laissé à découvert, etc. Ou bien, soi-disant pour symboliser la discrétion imposée par la Franc-Maçonnerie à ses adeptes, on le mystifie comme voici :
Pour être sûrs que vous ne parlerez pas, lui dit-on, nous allons ^ ous couper la langue; acceptez-vous ? » Le Profane, certain de garder 8a langue comme tous les Maçons qu'il connaît, répond
objection : « Monsieur, qu'auriez-vous fait si vous vous étiez trouve sur le radeau de la Mcditse? a — a Monsieur, croyez-vous que la lune soit habitée? et, si vous la croyez habitée, quelle religion pensez-vous qu'on y pratique? » — « Monsieur, les coups de canif vous paraissent-ils hygiéniques pour un homme d'un tempérament enclin à l'apoplexie? » — « Monsieur, une charcutière de cette ville a mis hier au monde deux jumeaux du sexe masculin, l'un blond, l'autre brun, et étroitement attachés l'un à l'autre par un fort boyau, comme les frères siamois dont vous avez sans doute entendu parler ; le brun a deux cœurs et pas de foie, le blond a deux foies et pas de cccur; quel est celui de ces deux jumeaux chez lequel réside l'àmede son frère?»
« oui » sans hdsiter ; on lui dit de la tirer, et il la tire de toutes ses forces ; on ne lui coupe pas la langue, mais on la lui pmcc avec un de ces instruments composés de deux morceaux de bois pressés l'un contre l'autre par un très fort ressort, et dont les blanchisseuses, lorsqu'elles étendent leur linge, se servent, au lieu d"epini:les, pour le retenir sur les cordes ; celle épreuve est très douloureuse, le Profane en a pour un quart d'heure à ne pas pouvoir parler.
Entin, pour montrer au public à quel point les sectateurs du Grand Archilectc poussent la manie de la mystification symbo* lique, voici une répui^nante épreuve, extra-rcf;lementaire, qui se pratique dans de nombreuses Loges en province ; elle a censément pour but de représenter au néophyte les déceptions de l'existence ; on l'appelle l'épreuve de la C/icvre de Salomoit. Le Véiiérable dit gravement au récipiendaire, à qui l'on a eu soin de ne jouer jusqu'alors aucun méchant tour : « Monsieur, nous possédons la chèvre qui a servi de nourrice au roi Salomon , cette chèvre, par un bienfait aussi miraculeux que providentiel, est enccjre vivante, et les Maçons sabreuveni avec délices de son lait; il leur rappelle, en etlet, un grand monarque dont l'histoire est mOlée à celle de la fondation de la Franc-Maçonnerie. Vous allez vous agenouiller bien bas et vous aurez Thon neur de téter à l'une des mamelles sacrées de la chèvre de Salomon u Le Profane, sans méfiance, se met dans la position voulue; et, au moment où il ouvre la bouche, croyant qu'on va lui présenter une mamelle de chèvre convenablement appropriée, on lui applique les lèvres au derrière crotté d'un sale bouc.
Lorsque, après épuisement de questions plus ou moins saugrenues, les colonnes sont redevenues muettes, le Ve'nérable conclut.
Le Vénérable. — Nous sommes disposés, Monsieur, à récompenser votre confiance en nous et votre fermeté dans les épreuves que vous avez subies. Cependant, nous devons encore consulter ceux à qui nous allons vous associer et savoir s'ils n'ont aucune objection à élever contre votre admission.
On fait sortir le Profane dans la salle des pas-perdus
C'est alors, dit le Rituel, que les Frères qui ont quel ques reproches à faire au récipiendaire lèvent la main pour obtenir la permission de les formuler. On fait en sorte cependant que les débats ne durent pas trop longtemps et ne puissent blesser la délicatesse du récipiendaire ; car on ne peut supposer que l'on ait des reproches sérieux à lui faire, après les informations qui ont été prises avant de le soumettre aux épreuves, le scrutin d'admission ayant dû faire justice de toute incrimination [sic).
On fait ensuite rentrer le Profane.
Le Vénérable. — Frère Terrible, remettez le candidat entre les mains du Frère Premier Surveillant, afin qu'il lui enseigne à faire les premiers pas dans Tangle d'un carré long; et, après cela, vous le conduirez à l'Orient pour y prêter son obligation.
Le Frère Terrible obéit à cet ordre. Le Premier Surveillant se lève et quitte son siège : il prend le récipiendaire par la main, lui explique la manière de faire les trois pas mystérieux du grade d'Apprenti, et les lui fait exécuter. Le Frère Terrible amène ensuite le récipiendaire à l'Orient, dont ils gravissent ensemble les degrés.
Le Maître des Cérémonies met dans la main du récipiendaire un compas ouvert (l'une des pointes est
légèrement appuyée sur son cœur) ; il lui place la main droite sur les Statuts généraux de l'Ordre, recouverts d'une équerre et d'un glaive déposés sur l'autel. Dans cette position, le candidat-Maçon attend que le Vénérable lui dicte le serment qu'il doit prêter.
Le Vénérable. — Mes Frères, debout et à Tordre, le glaive en main ! le récipiendaire va prêter le serment. (S'adressant au récipiendaire :) Monsieur, rengagement que vous allez contracter ne contient rien qui puisse blesser le respect que nous devons aux religions et aux bonnes mœurs, ni l'obéissance due aux lois. Ce serment est grave, il faut que vous le prciiez de votre pleine liberté ; y consentez-vous ?
Réponse (affirmative) du récipiendaire.
Le Vénérable. — Je vais vous lire la formule du serment ; ensuite vous direz : « Je le jure. »
Comme le serment d'initiation n'est pas le même pour tous les rites, voici celui de chaque rite pratiqué en France :
Serment d'initiation au Rite Français :
«Je jure et promets, devant le Grand Architecte de l'Univers, et sur ce glaive, symbole de l'honneur, de garder inviolablement tous les secrets qui me seront confiés par cette Respectable Loge, ainsi que tout ce que j'y aurai vu faire et entendu dire, de n'en jamais rien écrire, sans en avoir reçu la permission expresse et de la manière qui pourra m'étre indiquée. Je promets et jure d'aimer mes Frères et de les secourir selon mes facultés. Je promets et jure en outre de me conformer aux Statuts généraux de la Franc-Maçonnerie et aux règlements particuliers de cette Respectable Loge. Je consens à avoirlagorgecoupée, si jamaisjemerendais coupable de trahison en révélant les secrets de l'Ordre ! »
Serment d'initiation au Rite Écossais :
« Moi (noms et prénoms du récipiendaire), de ma
propre et libre volonté, en présence du Grand Architecte de l'Univers, et de cette respectable assemblée de Maçons, je jure et promets solennellement et sincèrement de ne jamais révéler aucun des mystères de la Franc-Maçonnerie qui vont m'ctre confiés, si ce n'est à un bon et légitime Maçon ou dans une Loge régulièrement constituée. Je promets et jure d'aimer mes Frères, de les secourir et de les aider dans leurs besoins. Je consens à avoir la gorge coupée, si jamais ie manquais à mon serment ! »
Serment d'initiation au Rite de Misraïm :
«Je jure, au nom du Tout-Puissant, Architecte Suprême des Mondes, de ne jamais révéler les secrets, les signes, les attouchements, les paroles, les doctrines et les usages des Francs-Maçons, et de garder là-dessus un silence éternel. Je promets et jure au Tout-Puissant de n'en jamais rien trahir ni par la plume, ni par signes, ni par paroles, ni par gestes ; de n'en jamais rien écrire ou faire écrire, ni lithographier, ni imprimer; de ne jamais divulguer d'une façon quelconque rien de ce qui m'a été confié jusqu'à ce moment ni de ce qui le sera encore à l'avenir. Je me soumets et m'engage à subir la peine suivante, au cas où je viendrais à violer mon serment : qu'on me brûle les lèvres avec un fer rouge ! qu'on me coupe la main ! qu'on m'arrache la langue ! qu'on me tranche la gorge ! que mon cadavre soit pendu dans une Loge pendant le travail d'admission d'un nouveau Frère, pour être l'effroi de ceux qui, comme moi, seraient tentés de devenir parjures ! qu'on brûle ensuite mes restes odieux, et qu'on en jette les cendres au vent, afin qu'il ne demeure plus aucun souvenir ni aucune trace de ma trahison ! »
Une fois que le récipiendaire a prêté ce serment, le Vénérable le fait reconduire entre les deux colonnes.
Le Vénérable. — Monsieur, le serment que vous
venez de jurer ne vous donne-t-il aucune inquiétude ?
Réponse du récipiendaire.
Le Vénérable. — Vous sentez -vous .a force de l'observer?
Réponse du récipiendaire.
Le Vénérable. — Consentez - vous à le réitérer, lorsque vous aurez reçu la lumière ?
Réponse du récipiendaire.
Le Vénérable. — Allons, vous tous, mes Frères, faites votre devoir!
Tous les assistants entourent le récipiendaire et dirigent contre lui leurs épées, les pointes très près de sa poitrine, sans toutefois la toucher. Le Second Surveillant se place derrière lui, prêt à dénouer le bandeau qui lui couvre les yeux, attendant pour cela le signal du Vénérable. En même temps, le Frère Tcirible lient la lampe à lycopode, à un mètre en avant du candidat.
Le Vénérable. — Frère Premier Surveillant, vous qui êtes une des premières colonnes de ce temple, maintenant que la patience et la fermeté de ce néopiiyte Tont fait sortir victorieux de cette lutte entre le Profane et le Mav;on, le jugez-vous digne d'être admis parmi nous?
Le i"-""" Surveillant. — Oui, Vénérable.
Le Vénérable — Que demandez-vous pour lui?
Le i^"" Surveillant. — La lumière.
Le Vénérable. — Que la lumière soit!
Il frappe trois coups lents. Au troisième, le Second Surveillant arrache le bandeau du récipiendaire, et, au même instant, le Frère Terrible qui a embouché la lampe à lycopode souffle fortement et projette ainsi une grande et très lumineuse flamme.
Le Vénérable. — Néophyte, les glaives qui sont tournés vers vous vous annoncent que tous les Ma^^^ns
voleront à votre secours dans les circonstances difficiles où vous pouvez vous trouver, si vous respectez et si vous observez particulièrement nos secrètes lois. Ils vous annoncent, en même temps, que vous ne trouveriez parmi nous que des vengeurs de la Maçonnerie et de la vertu, et que nous serons toujours prêts à punir le parjure, si vous vous en rendiez coupable; aucun lieu de la terre ne vous offrirait alors un refuge contre nos armes.
Coup de maillet du Vénérable; tous les assistants déposent leurs épées sur les banquettes.
Le Vénérable. — Frère Maître des Cérémonies, amenez à l'Orient le nouvel initié, pour qu'il y renouvelle son obligation.
On fait faire à l'Initié les trois pas d'Apprenti; on le conduit ensuite, par la marche ordinaire, jusqu'à l'autel et dans la même situation, c'est-à-dire la main droite étendue, sur le livre des Règlements généraux de l'Ordre, recouvert d'une équerre et d'un glaive, et tenant de la main gauche un compas ouvert dont une des pointes pique légèrement son sein nu; en outre, cette fois, on lui fait mettre en terre le genou droit.
Tous les assistants sont debout et se tiennent à l'ordre, c'est-à-dire dans la posture consacrée.
Le Vénérable. — Néophyte, adhérez-vous entièrement et sans réserve à votre première obligation ? êtesvous prêt à confirmer sincèrement et sans aucune restriction le serment que vous avez prêté avant d'avoir reçu la lumière ?
L'Initié. — Oui, monsieur.
Le Vénérable. — Eh bien, le moment est venu de le réitérer. Je vais vous le relire, et vous le répéterez après moi, phrase par phrase.
Le Vénérable fait, de la sorte, une nouvelle lecture du serment, et l'Initié répète et jure.
Le Vénérable. — Jurez de plus, à présent, d'obéir fidèlement aux Chefs de notre Ordre en tout ce qu'ils vous commanderont de conforme et de non contraire à nos secrètes lois. Dites : « je le jure. »
L'Initié. — Je le jure.
Le Vénérable, frappant trois petits coups sur la tête du compas. — Apprenez, par la justesse du compas, à diriger tous vos mouvements vers le bien,
Saisissant de la main gauche son sabre tordu, dit « épée flamboyante «, le Vénérable en place la lame sur la tête du néophyte agenouillé, tandis que de la main droite il tient son maillet prêt à frapper sur le glaive.
Le Vénérable, d'un ton solennel. — A la gloire du Grand Architecte de l'Univers, au nom et sous les auspices du Grand-Orient (ou : du Suprême Conseil) de France, en vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés, moi, Vénérable de cette Respectable Loge, je vous crée [lin petit coup de maillet sur la lame du glaive)y reçois {second petit coup de maillet] et constitue [troisième petit coup) Apprenti-Maçon, premier degré du rite \ici le nom du rite]^ et membre de la Respectable Loge constituée sous le titre disiinctif de (ici le nom de la Loge) à l'Orient de (ici le nom de la ville).... Levez-vous.... Mon Frère, car dorénavant nous ne vous donnerons plus d'autre qualification, approchez et recevez de moi, au nom de tous mes Frères, le triple baiser fraternel.
Là-dessus, il embrasse trois fois l'Initié, d'abord sur la joue droite, ensuite sur la joue gauche, enfin sur la bouche. Quand le Vénérable a le défaut de saliver (ce qui était le cas du Frère Lemaire) ou d'avoir l'haleine infectée, on avouera que le triple baiser fraternel est fièrement dégoûtant. Et, bon gré mal gré, il faut y passer. Pouah !
Ensuite, le Vénérable ceint à l'Initié un tout pciii tablier de peau blanche, qu'il a soin de placer à la partie inférieure de l'abdomen; et, une fois que ce tablier ridicule (on pourrait même, à cause de sa position, lui donner un autre qualificatif) est attaché, le Vénérable l'arrange, le manie, en relève la bavette; il est nécessaire, d'après le Rituel, qu'en Apprenti porte sa bavette relevée.
Le Vénérable, quand ses manipulations sont terminées. — Recevez, mon Frère, ce tablier que nous portons tous et que les plus grands hommes se sont fait honneur de porter; il est l'emblème du travail; il vous rappellera qu'un Franc-Maçon doit toujours avoir une vie active et laborieuse. Ce tablier, qui est notre habillement maçonnique, vous donne le droit de vous asseoir parmi nous, et vous ne devrez jamais vous présenter dans ce temple sans en être revêtu, la bavette levée. (Il donne ensuite à l'Initié une paire de gants d'hommes, en disant :) Recevez ces gants que vous offrent vos Frères, n'en souillez jamais la blancheur; les mains d'un Franc-Maçon doivent toujours rester pures. (Il lui remet une paire de gants de femmes :) Nous n admettons point de femmes dans nos Loges ^ ; mais, en rendant hommage à leur grâce et à leur vertu, nous aimons à en rappeler le souvenir; ces gants, vous les donnerez à la femme que vous estimez le plus.
L'Initié met ses gants.
Le Vénérable. — Mon Frère, les Francs-Maçons, pour se reconnaître entre eux, ont des signes secrets, des mots convenus et des attouchements mystérieux... Il y a deux signes, celui d'ordre et celui de reconnaissance. Etre à l'ordre, en Loge, c'est être debout et porter
I. Le lecteur est prie' de bien retenir cette affirmation du Vénérable au nouvel initié; nous verrons, 3 la fin du second volume, c ^qu'elle vaut.
à [)lat la main droite sous la gorge, légèrement vers l'artère carotide de gauche, les quatre doigts scrrc^s et le pouce dcarté en forme d'dqucrre, et le bras gauche pendant; ce signe a pour but de vous rappeler sans cesse que vous auriez la gorge tranchée si vous veniez à violer vos serments maçonniques. Le signe de reconnaissance se fait ainsi : après vous être mis à Tordre, vous retirez horizontalement votre main droite vers l'épaule droite, par un mouvement qui simule, invisiblement pour les Profanes, l'acte de trancher la gorge, et aussitôt vous laissez retomber votre main droite le long du corps, le bras allongé; de la sorte, vous vous trouvez avoir, par ce signe, décrit une équerre sur vous-même... L'attouchement se fait en prenant la main droite de celui dont vous voulez vous faire connaître : vous posez votre pouce sur la première phalange de son index, et, par un mouvement invisible, vous frappez trois petits coups dans le creux de sa main. Cet attouchement, lorsqu'il vous est donné par un Frère, est, en même temps, la demande du mot sacré... Le mot que nous appelons sacré, ou « la parole », est le plus ineffable de nos mots mystérieux; on ne doit jamais le prononcer, encore moins Técrire; nous ne l'imprimons même pas sur nos Rituels; pour se le communiquer entre Francs-Maçons, on l'épcle par lettre, l'un à l'autre à l'oreille, le premier disant une lettre, le second une autre, le premier reprenant la troisième lettre, et ainsi de suite. Ce mot signifie : stabilité, fermeté. Vous en voyez la première lettre sur cette colonne, qui est celle du Nord. Lorsqu'on vous demandera le mot sacré de la Franc-Maçonnerie, vous répondrez : a Je ne dois ni lire ni écrire, je ne puis qu'épeler; dites-moi la première lettre, je vous dirai la seconde. » Ecoutez bien, mon Frère, je vais vous communiquer le mot sacré lettre par lettre...
J. A. K. I. N. <... Répctons-le. (Le Vénérable et l'Initié redisent le mot sacré, lettre par lettre, alternativement ... Nous avons encore un autre mot de convention, dit mot de passe; celui-ci peut se prononcer, mais sous aucun prétexte on ne doit l'écrire. Le voici : Tiibalcaïn. C'est le nom d'un des fils de Lamech, auquel on attribue l'art de travailler les métaux. Bientôt, vous connaîtrez sa vraie signification ^... Enfin, nous avons le mot de semestre, que le Grand-Orient renouvelle tous les six mois ^. Ce mot est double : le premier se dit à une oreille du Frère qui vous interroge, et le second, à son autre oreille. Le voici : (Le Vénérable communique le mot de semestre à l'Initié.) Vous devrez le donner chaque fois que vous irez visiter une Loge régulière... Mon Frère, l'usage que vous acquerrez parmi nous vous rendra toutes ces choses familières. Il vous apprendra que nous faisons tout en équerre et q':e le nombre 3 est chez nous un nombre mystérieux. Ainsi, quand un Frère vous demandera votre âge, vous répondrez que vous avez trois ans... Est-ce bien compris?... Répon-
1. JAKIN est le mot sacré de l'Apprenti-Maçon au Rite Français. Quant au Rite Ecossais et au Rite de Misraïm, c'est : BOOZ. On répèle, par lettres, comme au Rite Français. Dans le chapitre intitulé les Secrets Maçonjiiques, on trouvera les mots sacrés, mots de passe, attouchements, marches, manières de frapper et d'applaudir, etc., de chacun des 33 grades des Rites Français et Ecossais et de chacun des 90 grades du Rite de Misraïm.
2. Tubalcaïn n'est le mot de passe que pour le Rite Français. Le Rite Ecossais et le Rite de Misraïm n'en ont pas au grade d'Apprenti. — L'explication de ce mot, explication absolument satanique, se donne, à la réception au grade de Maître, dans un discours des plus impies que prononce le Frère Orateur.
3. Bien que renouvelé tous les six mois, ce mot est valable pendant un an (voir le 2« paragraphe de l'art. ii3 des Règlements généraux, page iSg). Au moment où paraît cet ouvrage, le mot de semestre, en usage dans les Loges françaises, est : Dussoubs- Dévouement. Mis en circulation en juin i885, il demeure valable jusqu'à la fin de mai 1886.
dez, en me donnant désormais le titre de Vcncrable qui est celui d'un président de Loge.
L'Initié. — Oui, Vénérable.
Le Vénérable. — C'est bien. Je vous reconnais pour Apprenti-Maçon. Allez, mon Frère, vous faire reconnaître comme tel, par les Frères Premier et Second Surveillants, à l'aide des mots, signes et attouchements que je viens de vous apprendre; ils achèveront votre instruction dans ce grade... Frère Maître des Cérémonies, conduisez notre nouveau Frère aux Premier et Second Surveillants.
Le Maître des Cérémonies conduit le nouveau Maçon près du i'"" Surveillant, auquel il fait le signe, aidé de son conducteur. Il donne l'attouchement, dit le mot de passe et épèle le mot sacré, comme il vient de lui être appris. Le i" Surveillant remet alors son maillet entre les mains de l'Initié et lui en fait frapper trois coups sur son autel. Il l'envoie ensuite au 2« Sur- Tcillant, toujours accompagné du Maître des Cérémonies. Arrivé près du 2» Surveillant, l'Initié répète les signes, mots et attouchements, et frappe trois coups sur l'autel du 2« Surveillant, qui lui a remis son maillet à cet effet. C'est alors que le 2« Surveillant lui apprend que la batterie se fait de cette façon par trois coups, c'est-à-dire que l'on doit frapper ainsi pour avoir l'entrée d'un temple maçonnique, et que, pour applaudir, on frappe aussi trois coups dans la main de la même manière, en ayant soin, ?i troisième coup, de soulever la pointe du pied gauche pour la faire retomber bruyamment en même temps.
Après quoi, on fait exécuter à l'Initié la « marche mystérieuse ». La voici : on se met à l'ordre, le corps légèrement effacé ; on porte en avant le pied droit ; on approche en travers le pied gauche, talon contre talon, de manière à ce que les deux pieds assemblés forment
Téquerre ; on répète ce pas trois fois, et ron foit le signe de reconnaissance en guise de salut ^
Puis, on lui dit de frapper trois coups sur une grosse pierre brute que Ton a placée entre les deux colonnes, et l'Initié frappe encore ces trois coups.
Le ler Surveillant, après un coup de maillet. — Vénérable, les mots, signes et attouchement sont justes et parfaits ; le néophyte a marché en Maçon, et il a travaillé sur la pierre brute.
On rend à l'Initié ses vêtements, ses bijoux et son porte-monnaie; celui-ci est allégé de la somme à laquelle a été taxée sa réception et de celle qu'il a consenti à donner à la prétendue veuve et à ses orphelins non moins problématiques.
Le !«*■ Surveillant. — Vénérable, le néophyte est entre les deux colonnes.
Fort coup de maillet du Vénérable.
Le Vénérable. — Debout et à l'ordre, mes Frères !... Au nom et sous les auspices du Grand-Orient (ou : du Suprême Conseil) de France, en vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés, je proclame le Frère ici le nom de l'Initié), que vous voyez présent entre les deux colonnes, Apprenti-Maçon, et, en cette qualité, membre actif de la Respectable Loge constituée sous le titre distinctif de [ici le nom de la Loge), à TOrient de (ici le nom de la ville). Je vous invite à le reconnaître désormais comme Frère, à lui prêter secours et assistance dans toutes les occasions, bien persuadé que de son côté il n'oubliera jamais d'accomplir les obligations qu'il vient de contracter envers nous... Frères Premier et Second Surveillants, prévenez les Frères qui sont sur vos colonnes, comme je préviens ceux qui sont à
I. Cette marche est celle du Rite Français. La différence, au Rite Ecossais et au Rite de Misraim, consiste à partir, à chaque pas, du pied gauche, au lieu de partir du pied droit.
l'Orient, que nous allons célébrer, par une triple batterie, riicureuse acquisition que viennent de faire la Franc-Maçonnerie et cette Respectable Loge en particulier, et que je les prie, à cet ctTet, de se réunir à vous et à moi.
Le I" Surveillant. — Frère Second Surveillant, Frères qui décorez la colonne du Sud, le Vénérable vous invite à vous réunira lui pour célébrer l'heureuse acquisition que viennent de faire la Franc-Maçonnerie et celte Respectable Loge en particulier.
Le 2« Surveillant. — Frères qui décorez la colonne du Nord, le Vénérable vous invite à vous réunir à lui pour célébrer l'heureuse acquisition que viennent de faire la Franc-Maçonnerie et cette Respectable Loge en particulier, dans la personne du Frère [ici le nom de l'Initié.)
Le Vénérable. — A moi, mes Frères, par le signe (il le fait, et toute la Loge avec lui^l, par la batterie (chacun Texécute^ et par Tacclamation mystérieuse.
Tous, ensemble. — Houzé ! houzé ! houzé !
Le Maître des Cérémonies demande la parole pour le nouveau Frère, et, l'ayant obtenue, il invite celui-ci à remercier. L'Initié remercie, en quelques mots, la Loge de l'honneur qu'elle lui a fait en l'admettant dans son sein.
Le Maître des Cérémonies, à Tlnitié. — Maintenant, mon Frère, nous allons faire ensemble le signe, la batterie et prononcer l'acclamation mystérieuse. Attention, suives bien mes mouvements.
Ils font ensemble le signe, la batterie, et prononcent le triple Houzé.
Le Vénérable. — Couvrons la batterie, mes Frères.
On répète la batterie et le triple Houzé.
Le Vénérable. — Frère Maître des Cérémonies, con duiseznotrc nouveau Frère entête de la colonneduNord.