‹ Les Frères Trois-PointsChapitre 4 sur 189 · ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

ÉGALITÉ

FRATERNITE

Or.-, de Paris, 5 aoùl 1881 (E.-. V.-.)

Adresse de la L.*. :

Chei le F.'. LEMAIRE, Vén. .,

60, ATena* de Bretcuil, Paris.

Je VOUS informe que le Comité Spécial, chargé d'examiner •jne deuxième plainte formulée contre vous, a, dans sa séance du 4 août courant, déclaré à l'unanimité que cette plainte était fondée.

Le fait qui vous est reproché est relatif à une lettre publiée contre vous dans différents journaux par nos illustres FF.*. Victor Hugo, Louis Blanc, etc. Cette lettre proteste contre l'usage que vous avez fait de leurs noms dans un journal de Montpellier.

Le 17 août courant, à 8 heures et demie du soir, l'Atelier s'assemblera au lieu ordinaire de ses séances, pour entendre votre défense et prononcer son jugement sur le fait dont je viens de vous donner connaissance.

Dans le cas d'absence de votre part ou de celle de votre mandataire, il vous sera donné un défenseur d'office.

Conformément à l'article i5 des Dispositions Judiciaires, je vous rappelle qu'à partir d'aujourd'hui l'exercice de vos droits maçonniques est provisoirement suspendu.

Le Vén.-. du Tenwlc des Amis Français :

Lemaire, 3o« .•

Voici ce qui s'était passé; d'abord, relativement à Victor Hugo et LouisBlanc; ensuite, relativement à la Loge:

1° Question Victor Hugo et Louis Blanc. — Le journal le Midi Républicain, organe radical de Montpellier, dont j'avais été passagèrement le rédacteur en chef, s'était mis, il y avait environ trois mois de cela, sous le patronage de diverses notabilités politiques, et avait publié différentes lettres d'hommes célèbres dans le parti républicain, notamment de Victor Hugo, de Garibaldi, de Louis Blanc, etc. Ces lettres souhaitaient la bienvenue au journal.

Tout à coup, un beau matin des premiers jours de juillet, une vingtaine de journaux maçonniques de Paris, tant opportunistes que radicaux, reproduisirent, avec un ensemble remarquable, une lettre dans laquelle MM. Victor Hugo et Louis Blanc, entre autres, protestaient contre la publication faite par le Midi Républicain ; ils en avaient l'air tout étonnés, comme s'ils n'avaient jamais envoyé une ligne à ce journal.

Cette lettre de protestation, qui m'était adressée, bien que je ne fisse plus partie du Midi Républicain^ portait la date du 5 juillet et me disait :

<c Nous ne vous avons, monsieur, en aucune façon autorisé à agir comme vous l'avez fait.

a II est impossible que nous sachions l'usage que l'on fait de nos noms, mais quand un fait comme celuici est porté à notre connaissance, nous devons rompre le silence.

a Nous protestons donc énergiquement contre une telle manière d'agir que nous laissons le soin de caractériser à vos lecteurs eux-mêmes ; car nous sommes en droit de vous inviter, et nous vous invitons, à insérer la présente lettre dans votre plus prochain numéro. « Agréez nos salutations.

« Victor Hugo, Louis Blanc, etc. »

C'était tout simplement m'accuser d'être un faussaire ; et les bons confrères de la presse républicaine de Paris ne se privèrent pas de le dire.

Celte jolie intrigue avait pour auteur Taimable F.'. Paul Bert, que le radical Midi Républicain venait d'attaquer à l'occasion de récents votes opportunistes. Le grand vivisecteur avait écrit la lettre ci-dessus \ et il avait réussi, je ne sais comment, à la faire signer par Victor Hugo et Louis Blanc, qui prouvèrent ainsi qu'ils avaient la mémoire bien courte.

Naturellement, je protestai contre la protestation ; mais les bons confrères, avec la loyauté ordinaire qui les caractérise, jetèrent ma réclamation au panier. Néanmoins, ils comprirent que leurs grands hommes avaient commis une bévue, le silence se fit aussitôt, et personne ne revint plus sur cet incident.

2° Ce qui s'était passé d ma Loge. — D'après la lettre, reproduite plus haut, du vénérable F.*. Lemaire, il peut sembler que de minutieuses recherches et de sérieux débats avaient eu lieu, au Temple des Amis de l'Honneur Français, pour découvrir la vérité dans cette accusation de faux dont j'avais été l'objet un mois auparavant.

Ah ! bien oui ! on n'avait rien discuté du tout.

Ce 4 août-là, la Loge tenait une réunion, dans laquelle, disait la « planche » de convocation, les F.*, n'auraient à délibérer que sur des questions administratives. En effet, on s'occupa surtout des comptes de l'année courante et de la vérification des registres de l'ancien trésorier.

Avant de fermer la séance, le Vénérable, selon l'usage, fit circuler la tire -lire pour recueillir les offrandes de chacun (le « tronc de la Veuve »). En

Page 1