‹ Les frères van OstadeChapitre 29 sur 48 · LE PEINTRE DANS SON ATELIER · texte numérisé non relu

LE PEINTRE DANS SON ATELIER

Réduction d'une eau-forte d'Àdriaan Van Ostade. — (Bartsch, n* 32.

i. Le maître a re'pélé trois fois ce sujet. Le tableau du Ryksmuseum d'Amsterdam (Smith, t. IX, p. too, n* 69) est signé des initiales A. O., et fut acheté', en 1808, à la vente G. Van de Pot. Le tableau de la Galerie royale de Dresde (Smith, t. I", p. 167, n" 21 1) a été acquis en 1751; il provient de la Collection de Crozat et est signé et daté A. v. Ostade, i6t>3. Le troisième tableau (Smith, t. Ier, p. 145. n» 1 36), reproduit ici d'après l’eau-forte du peintre, est celui que signala Descamps; il faisait alors partie de la collection de M.'Bouxière, d’où il passa dans la collection Grand-Pré vendue en 1809 et ensuite dans la collection du comte de Pourtalès vendue en 1826.

LES ARTISTES CÉLÈBRES

rendu avec plus de perfection le caractère d’une tête, le fugitif mouvement de la pensée sur une physionomie. Jamais aucun n’a mieux accordé le geste, l’expression, toute l’allure du modèle avec ce que l'impression du moment amenait de particulier dans l'ensemble des traits. C’est un chef-d’œuvre, car la personne physique de cet Homme d'affaires , dont la personne morale a été si bien comprise, est admirablement peinte; car les objets qui l’entourent : livres, paperasses, dossiers, semblent réels, de même que lui semble vivant.

Ce tableau, qui appartient au Musée du Louvre, est un des meilleurs de Van Ostade, et l’on peut mettre sur la même ligne : V Alchimiste, de la collection Robert Peel, à la National Gallery , de Londres; l'Homme de loi de la collection Beckford ; l’Avocat et son client de l’ancienne galerie Bridgewater, propriété actuelle du comte d’Ellesmere.

Dans le Repos du tisserand 1 , dû à la collaboration de Van Ostade et de son ami Decker, le métier est à gauche, éclairé avec profusion par une fenêtre, placée haut; le tisserand, sa pipe aux lèvres, se repose sur un baquet renversé, près d’une table devant laquelle est assise une femme tenant un enfant sur ses genoux ; derrière ce groupe, une fillette ouvre une armoire sur laquelle sont des poteries ; au fond, une cheminée et, sur le feu, une crémaillère soutenant un chaudron ; çà et là, des ustensiles de cuisine. Des jambons pendent du plafond, un chien furette au premier plan. En vérité, d’après ma description, rien de plus ordinaire, rien de plus «peuple» que cet intérieur ; eh bien, on dirait une chambre d’or, une chambre à mettre dans un écrin, tant le soleil qui l’illumine a d’éclat : le métier à tisser, chargé d’écheveaux de chanvre, resplendit, brillant, luisant, étincelant comme une châsse ; le chaudron semble un bijou d’or neuf et il n’est pas jusqu'aux jambons, accrochés au-dessus de l’âtre, dont la couenne n’ait une couleur de paillon et comme un vernis d’or.

Avec le Marché aux poissons du Louvre, si animé, si remuant, d’un si malicieux réalisme, nous arrivons aux peintures du plein air et ce ne sont pas les moins intéressantes qu’ait signées Van Ostade, car il s’entend comme personne à rendre la fluidité de l’atmosphère, la mobilité du ciel, l’impondérable entassement des espaces. Peu ont décrit aussi parfaitement le charme pittoresque d’un site, la paix dormante d’une rue provinciale, la gaieté alanguie des aubes printanières, la splendeur des midis d’été,

i. Musce royal de Belgique, à Bruxelles.

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