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LA DÉ VI DEUSE

Réduction de la gravure de R. Daudet, exe'cutée en 1777 pour la Galerie de Lebrun, d’après le tableau d Izaak Van OstaJo

qui fait aujourd'hui partie du Musée royal de Belgique.

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bouche béante. Le dessinateur a écrit au-dessus de ces deux images : Doot, mort; et la caricature, sans être aussi mystérieusement sinistre que celle de Goya, est très impressionnante.

Les autres, les charges à têtes d’animaux, semblent plutôt un rêve, une excentricité d’artiste, la comique interprétation de la vie humaine faite par un railleur fort jeune, plein d’idées et que ces combinaisons de phénomènes amusent extraordinairement: ces deux-ci sont d’une singularité frappante; elles sont d’un grand intérêt pour nous, à qui elles révèlent un IzaakVan Ostade imprévu : baroque dans ses conceptions, violent dans son persiflage.

Serait-ce ici, en ces figurines, hautes comme mon pouce, campées en deux traits de pointe et d’une extravagance macabre, qu’il faudrait juger l’homme, ou bien, en ses tableaux de sérénité si unie? Je crois que ses tableaux, évidemment, le caractérisent mieux et qu’il y était plus attiré puisqu’il s’y adonna plus habituellement; toutefois, je n’aurais pas voulu négliger ces gravures d’après Izaak Van Ostade pour aider à déterminer sa personne morale. Sans doute, il fut plus nerveux, plus inventif, plus curieux de sensations rares et nouvelles que son frère, que la plupart des peintres hollandais, ses contemporains ; il suffit de regarder un de ses tableaux pour en avoir la prescience, mais ces planches nous en donnent la preuve irréfutable : pour réussir ainsi dans le surnaturel, dans la moquerie incisive, il faut y avoir des dispositions originelles, et s'il ne fut pas un satirique de génie, mais, plus modestement, un humoriste ingénieux, ne poussant jusqu’au sarcasme que par exception, la cause en est peut-être à la placidité bourgeoise et terre à terre de son siècle, de son pays, de son milieu.

Telles qu’elles sont, bizarres et diverses, caustiques et, parfois, terribles, ces petites gravures complètent et particularisent l’œuvre gracieux que nous connaissions déjà de lui. Pourquoi, pour qui, à quelle occasion ont-elles été exécutées par de Bray? — Qui le dira?

Cela est ignoré comme à peu près tout ce qui concerne cette existence disparue dans les lointains du passé. J’ignore, de même, la date de l’entrée d’izaak dans la Gilde de Saint-Luc, celle de son mariage et s’il se maria vraiment, bien que la tradition les reconnaisse, lui et sa femme, dans le couple placé au second plan de la Famille d’Adriaan.

Quant aux circonstances de sa mort, j’ai dit qu’on en était encore aux conjectures à cet égard. Houbraken le fait mourir en i65~, à Ams-

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Tableau d’Jzaak \'an Ostade — ( Bridgervater Gallery.) — (Smith,

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terdam, où il aurait précédé son frère ; c’est aussi la date inscrite sur le portrait de la collection van der Willigen et dans les notules de la Confrérie de Saint-Luc ; mais si elle est exacte, il faut déclarer apocryphe la Halte de voyageurs du Musée de Bruxelles. En effet, ce tableau porte le millésime de 1660, et sous une signature qui pourrait bien avoir été tracée après coup, pour donner de la plus-value à une œuvre assez médiocre de de Hyeer, l'imitateur du maître.

l’auberge.

Réduction de l’eau-forte de Jules Jacquemart, d'après le tableau d'izaak Van Ostade.

Si la Halte de voyageurs était effectivement de sa main, Izaak Van Ostade ne pourrait avoir rendu le dernier soupir en 1 65 7. Pourtant, il ne dut pas dépasser de beaucoup l’année 1660, car on ne retrouve, sur ses toiles, l’indication d’aucune date postérieure à celle-là.

Il serait donc mort vers 1660 ou 1661 ; bien jeune encore, assurément, puisqu’il aurait eu de trente-neuf à quarante ans. Sans doute, c’est à Harlem, dans sa ville natale, au milieu de sa famille, qu’il s’éteignit, car je n’ai pu découvrir aucune trace de ce séjour et de ce décès à

Fac-similé de la gravure de Demoulins, d’après le tableau d'Izaak Van Ostade. — (Ancien cabinet de M. Poullain.) — (Smith

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Amsterdam, dont parle Houbraken. Adriaan lui survivait, et ce n’est pas un des moindres avantages que celui-ci eut sur son cadet, d’avoir duré plus longtemps, d’avoir pu, mieux que lui, donner sa note et toute sa mesure.

Certes, un artiste en passe de doubler le cap de la quarantaine est en pleine possession de tous ses moyens, son talent est mûr, ou il en faudrait désespérer; mais oserait-on bien dire que ce talent ait eu le loisir d’apporter tous ses fruits ? Izaak Van Ostade cessa de vivre à l’heure meme de son épanouissement et de son plus vif éclat, et l’œuvre qu’il a laissé fait préjuger flatteusement de ce qu’il aurait pu produire encore et qui eût été de nature à le mettre, peut-être, en plus belle place, plus loin et plus haut encore dans la pléiade des artistes de son temps.

Adriaan demeure son maître, grâce à une façon de peindre plus experte, plus égale; grâce à un œuvre plus considérable, grâce aussi à une vie plus longue. Le succès de celui-ci fut immédiat et sa fortune rapide : en 1 65o il vient en aide à son frère, qui lui cède son mobilier, en garantie d’un prêt d'argent, et l’exigence de cette garantie matérielle indique bien le côté positif, réfléchi, méthodique de son esprit. Quand le maître perdit sa seconde femme, « en 1666, le 24 novembre », il lui fit des funérailles magnifiques, d’un prix exorbitant pour l’époque. J’ai dit qu’elles coûtèrent 24 florins et l’enterrement 16. Les personnes très aisées, seules, se permettaient des dépenses si considérables pour honorer leurs proches trépassés.

Sa fille unique, Maria-Johanna, avait épousé un savant chirurgien, Dirk van der Stoel, et quand Adriaan rendit l'âme, en 1 6S5 , dans les derniers jours d’avril, on l’inhuma en l’église de Saint-Bavon , le Westminster des artistes de Harlem. Ses amis avaient été priés d’assister à la cérémonie, vêtus du long manteau de deuil. Sa fin est celle d’un juste et d’un homme fortuné et, même après sa mort, scs héritiers gardent les formes et la tenue correctes de gens soucieux de leur dignité. On se défait de la collection d’objets artistiques légués par Van Ostade, mais avec convenance et de telle façon qu'on ne puisse soupçonner là l'humiliante obligation de réaliser une somme d’argent. Un notaire est appelé; il y a des annonces très discrètes publiées dans les feuilles de la ville. Cependant, on tenait fort à la toucher, cette somme d'argent, car après les premières vacations, et comme certains articles de la vente étaient revenus à la fille et au gendre, ils n'hésitèrent pas à insérer une

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nouvelle annonce dans le n° 17 de la Galette de Harlem , du 27 avril 1686 :

Dirk van dcr Stoel se propose de vendre toutes les planches grave'es à l’eau-forte, de feu son beau-père, Adriaan Van Ostadc, consistant en cinquante pièces, ainsi que toutes les e'preuves qu’il possède. Les amateurs sont priés de s’adresser au susdit van der Stoel, chirurgien à Harlem.

Il y avait un an, tout juste, que le grand peintre était mort.

Le 3 novembre 1688, ainsi qu’en témoigne le livre des Sépultures de l’église Saint-Bavon, la propriété de la tombe d’Adriaan Yan Ostade passait de Johanna-Maria Van Ostade, « sa fille unique », à Dirk van der Stoel, « veuf et héritier de la dite Johanna-Maria ».

La même tombe fut reprise le 1 1 mars 1724, au nom de Gudula van der Stoel, « fille unique et héritière du susdit van der Stoel ».

Des parents attentifs et pieux veillèrent donc pendant de longues années sur les cendres du maître. 11 ne paraît guère probable qu’il en fut de même pour celles de son frère, inhumé Dieu sait où et, certainement, avec moins de pompe.

l’kmouleur.

Eau-torte d' Adriaan Van Ostade. — (Bartscli, n° 36.)

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