CONCLUSION
Les frères Van Ostade sont de ces figures, secondaires dans l’histoire de l’Art, qui peuvent servir à personnifier une génération d’artistes et toute une catégorie d’esprits. En eux s’incarne et se fixe le type du « petit maître », savant peintre et merveilleux observateur, qui illustra la Hollande du xvne siècle , en la représentant dans ses aspects physiques, dans ses mœurs et ses usages.
Ils apparaissent quand a cessé l’agitation des luttes cruelles, des guerres sanglantes, et leur vie s’écoule presque tout entière pendant le court temps de trêve dont jouit leur patrie, de 1609 à 1672 : période éminemment favorable aux beaux-arts, et dont ils ressentiront d’autant mieux le bienfait que la ville où ils habitent, où ils sont nés, est un des centres intellectuels les plus distingués de la nouvelle République. Cette paix éphémère, en répan-
l’ HOMME DE LOI ET SON CLIENT.
Tableau d’Adriaan Van Ostade. — (Bridgewater Gallerv-) (Smith, t. I«r, p. 14b’, n" i32, et t. IX, p. 9g, n° 65.)
l’entrée du village.
fac-similé de la gravure de B. A. Dumber, exécutée en 1770, d’après le tableau d'Izaak Van Ostade. j National G aller y de Londres.) — (Smith, t. lor, p. 1S0, n° 3.)
dant la richesse sur la nation, donnait le bonheur aux particuliers, commençait l’émancipation de la classe moyenne et la mettait tout à coup en évidence. C’est ce qui les frappa dans le spectacle qu’ils avaient sous les yeux et qu’ils peignirent scrupuleusement, naïvement , en artistes bourgeois, en honnêtes protestants dont, à l’occasion, l’ironie n’hésitera pas à aller piquer les dévots et les moines, mais sans fiel et, dans leurs gravures, non dans leurs ouvrages plus importants.
Ce qui les caractérise, c’est la pondération, la mesure et la justesse, avec un grand fonds de candeur. On les a accusés de se complaire dans les scènes de mauvais lieux et de mauvais goût, mais ceux qui les accusaient ainsi ne les connaissaient pas ouïes connaissaient imparfaitement. Leur art est sain; leurs tableaux n’ont rien de commun avec les bambochades : Adriaan et Izaak Van Ostade sont des historiens véridiques, non des pamphlétaires ou des parodistes.
Ces deux frères, constamment unis durant la vie, ne sauraient être séparés après la mort, car leur œuvre double forme un ensemble très cohérent, dont les parties diverses s’adaptent bien. Ils se complètent, s’achèvent, se perfectionnent mutuellement et, sans les pointes fantaisistes d’Izaak, on jugerait la prose d’Adriaan un peu étroite, parfois; de même, sans l’opiniâtre réalisme de ce dernier, sa vue précise des choses, on pourrait trouver les thèmes du cadet un peu minces. L’un et l’autre racontent la vie des Hollandais, le pittoresque de la Hollande et, de la réunion de leurs efforts, jaillit l’histoire de ce peuple et de cette contrée tels qu’ils purent les voir.
Après, viendront les Ter Borch, les Metsu, les Netscher, plus portés vers les élégances de la société polie et frivole ; eux, gardent, de leur origine plébéienne, une sorte de prédilection pour les individus des castes sacrifiées, et cette prédilection sera d’autant plus frappante chez le frère aîné qu’il a été, plus que son frère, mêlé à ces individus. Les événements menus de l’existence des petits, des humbles, de ceux que leur rang, leur taille, la pauvreté ou quelque infirmité, quelque ridicule physique ont faits inférieurs, occupaient surtout Adriaan Van Ostade et l’attendrissaient. Il l’a dit et n’aurait rien pu dire aussi bien, parce qu’il ne sentait rien aussi profondément. Izaak, élevé dans un milieu déjà plus relevé, avec une âme plus ardente, a des visées moins simples et aussi moins nettes : quelque chose le domine et l’entraîne, qui n’est pas le seul souci de la vérité minutieuse, et il lui arrivera d’écouter sa Muse quand elle lui
parlera de poe'sie. Mais on n’est pas impunément Hollandais du xvne siècle et élève d’Adriaan Van Ostade : ces élans du jeune frère,
FÊTE DANS L’iNTÉRIEUR d’uNE CHAUMIERE.
Réduction de l’eau-forte de Jules Jacquemart, d’après le tableau d'Adriaan Van Ostade. (Smith, t. Ier, p. 1 17, n° 04.)
l’influence de l’entourage et de l’éducation les réprimera le plus souvent; il en résulte que son talent conserve, dans l’aspect général, tous les carac-