‹ Les fresques de l'Aréna à PadoueChapitre 10 sur 52 · Bandes peintes et médaillons , deux groupes dont nous ne · texte numérisé non relu

Bandes peintes et médaillons , deux groupes dont nous ne

PREMIER CYCLE

dix-huit tableaux de la même importance que ceux que nous venons d’étudier : seuls, les six tableaux de l’ordre supérieur appartiennent à l’histoire de la Vierge et se rapportent à des scènes, historiques ou légendaires, qui vont de sa nativité à son mariage.

Je n’ai rien de bien particulier à faire remarquer sur la première de ces compositions, sinon qu’on y pourra prendre occasion d’étudier, dans l’œuvre de Giotto, ce sens de la vérité naturaliste dont la critique d’art s’accorde, avec beaucoup de raison, à lui faire honneur l.

La scène se passe dans la maison de sainte Anne : l’intérieur de cette maison nous était déjà connu par une composition précédente. On y voit donc l’heureuse mère, couchée dans son lit, et tendant les bras en avant, pour prendre le petit poupon, bien emmaillotté, que lui présente une servante, de

disons rien, dans cet essai, bien qu’ils soient également importants pour l’étude complète de la décoration de cette chapelle. Les médaillons, en particulier, font partie intégrante du plan iconographique suivi par Giotto, et complètent heureusement les sujets d’histoire. 11 y en a trente et un, si j’ai bien compté. Ils renferment des bustes de saints, des figures de prophètes, et aussi des scènes abrégées de l’Ancien Testament, comme la Création d'Adam, Moïse recevant la Loi, la Circoncision, le Prophète Jonas , etc. On n’en saurait faire abstraction pour déchiffrer complètement cette merveilleuse Bible de l’Aréna.

1. Alinari, n° 19315. La Nativité de la Vierge est, en iconographie, une image peu caractéristique : c’est qu’elle manque de ces détails d’ordre surnaturel qui spécifient, par exemple, la Nativité de Jésus et celle de son Précurseur.

L ENFANCE DE LA VIERGE

l’autre côté du lit. En avant de la scène, au premier plan, on retrouve une seconde fois, le même poupon, toujours emmaillotté, et deux femmes qui semblent se préparer à lui faire prendre son bain. Je ne pense pas que, dans l’occurrence, ce dernier détail ait la même signification mystique que, dans la Nativité du Sauveur, le fameux « bain de l’Enfant Jésus ».

8. — Nous voici maintenant parvenus, avec la Présentation au Temple, à ce qu’on pourrait appeler la première image vraiment classique de la vie de la Vierge Marie.

Et, toutefois, il ne sera pas inutile de remarquer, avant de méditer ce mystère, devant la fresque de Giotto, qu’il ne repose sur aucun texte de l’histoire révélée, mais s’appuie seulement sur une respectable et très ancienne tradition orientale, qui a laissé sa trace dans le Coran, qui a donné lieu à une fête remontant au moins, chez les Grecs, au septième siècle, et que l’Eglise romaine, depuis 1372, célèbre le 21 novembre *, et où elle s’exprime ainsi, dans l’oraison du jour : « O Dieu, qui avez voulu que la bienheureuse Marie toujours Vierge et tabernacle du Saint-Esprit, fût présentée en ce jour dans le Temple... Deus qui beatarn Mariam

1. Il s’agit de la fête proprement dite, car E. Le Blant a démontré que le fait du séjour de Marie au Temple était reconnu et honoré, même en Occident, depuis le cinquième siècle.

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semper Virginem Spiritus Sancti habitaculum , hodierna die in templo præsentari voluisti. »

C’était d’ailleurs, nous dit saint Liguori, un usage, chezles Juifs, d’enfermerleurs filles, dèsleurs plus tendres années, dans quelques-unes des cellules qui entouraient le Temple, afin qu’elles y fassent élevées avec soin. Cet usage est attesté par Baronius, Nicéphore, Cedrenus, Suarez et l’historien hébreu Josèphe, et leur témoignage est confirmé par l’autorité de saint Jean Damascène, de saint Georges de Nicomédie, de saint Ambroise et de saint Anselme. Le second livre des Macchabées ne laisse, au surplus, aucun doute à ce sujet. A l’occasion de l’entreprise sacrilège d’Héliodore, qui voulait envahir le Temple pour s’emparer des trésors qu’on y avait mis en dépôt, nous lisons dans ce livre que, désolées du mépris où allait tomber le lieu saint par suite d’une telle profanation, les jeunes filles qui s'y trouvaient enfermées coururent vers le grand prêtre Osias. Pour ce qui est, maintenant, d’affirmer que la sainte Vierge fut destinée par ses parents à prendre rang parmi ces vierges privilégiées, nous pourrons donc le faire, avec une entière sécurité, en nous appuyant sur de très anciennes traditions, dont les légendes, et les évangiles apocryphes, ne sont que les interprètes.

Giotto, je l’avoue, ne semble, cette fois, ne les avoir consultées que fort distraitement l. C’est

1 . Et c’est précisément parce qu’il paraît s’être tellement épris

l’enfance de la vierge

d’abord qu’il ne leur emprunte qu’un seul sujet de tableau, alors qu’il aurait pu y trouver prétexte à plusieurs autres, comme l’avaient fait, avant lui, de nombreux artistes, dans leur illustration de l’histoire de la Vierge. Il ne nous dit rien, par exemple, de la vie de la Vierge dans le Temple. Et c’est dommage, car nous y aurions gagné, je le crois, un délicieux tableau d’intimité. Donc, il résume la légende, très brièvement. Voici, maintenant, que nous allons le prendre en flagrant délit de violer les plus caractéristiques de ses enseignements.

Pour qui a regardé avec un peu d’attention la très riche collection des Présentations au Temple que nous a donnée l’art chrétien, l’importance ne fait aucun doute des « degrés » que doit franchir la Vierge, avant d’arriver au grand prêtre, qui l’attend, debout et immobile, devant Eautel. Cette importance des degrés du Temple, dans la Présentation, s’explique par une double raison, l’une mystique, l’autre pittoresque, et toutes deux sont clairement indiquées dans la Légende Dorée. Il y est requis, en effet, « quinze degrés, selon les quinze psaumes graduels », et d’autre part, comme il faut bien faire sentir que la Vierge s’offre d’ellemême au Seigneur, bien qu’elle semble être offerte par ses parents, il est nécessaire qu’on l’aperçoive, tout à loisir, gravissant ce long escalier cc sans le

de son sujet qu’il l’a traité, cette fois, en artiste plutôt qu’en imagier : nous le montrerons tout à l’heure.

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secours de personne », ce qui était, pour sûr, une chose bien merveilleuse, car elle n’avait alors que trois ans !

Rien de tout cela dans la fresque de Giotto. L’escalier du Temple n’a que dix degrés et la Vierge est arrivée à son sommet soutenue par sainte Anne , qui semble même quelque peu, à ce que je crois, la pousser en avant !

Mais je veux oublier toutes ces « hérésies », dès que je me mets à contempler l’étonnante, attitude que l’artiste a donnée à la petite Vierge. On ne saurait rien trouver de plus admirable, au point de vue de la tendresse, de la simplicité, et de la confiance dans l’abandon. Tous les spectateurs, aussi bien, semblent-ils émerveillés de cet étonnant spectacle. Le grand prêtre, lui-même, en est attendri et les vierges qui l’accompagnent, groupées derrière lui, accueillent avec un profond sentiment de respect celle qui va, encore si jeunette, devenir leur douce compagne.

La scène de la Présentation, et la vie de la Vierge dans le Temple, offrent à l’artiste, je l’ai déjà dit, d’autres éléments que Giotto n’a pas illustrés dans ses fresques de l’Aréna. Ce n’est donc pas le lieu d’en parler ici, et je le ferai seulement plus tard, dans l'étude d’autres séries relatives à la vie de la Vierge.

Au sujet, toutefois, des flambeaux que portent souvent, dans la représentation de ce mystère, les

l’enfance de la vierge

personnages qui accompagnent la Vierge, lui faisant ainsi cortège, je veux noter ici cette remarque de M. Venturi qui suppose, dans son gros livre sur

GIOTTO, A L’ARÉNA

Présentation de la Vierge au Temple. (Voir le texte, page 53.)

la Madone , que l’origine de cette formule se trouve dans le souvenir des antiques figurations nuptiales où les flambeaux, attribut caractéristique du dieu de l’hyménée, étaient toujours portés devant l’épouse, aux noces romaines. Puis il ajoute

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que cette réminiscence des anciennes coutumes fut promptement délaissée par l’art h

Mais on la suit, au contraire, jusque très avant dans ldiistoire artistique, en France, tout au moins. Et il suffirait de citer à l’appui — pour ne rien dire des miniatures — le tableau du musée de Montpellier, qui est du seizième siècle, où les parents de la Vierge, et les personnes qui l’accompagnent, portent tous un cierge allumé à la main.

Que ce soit là maintenant, un symbole des fiançailles de la Vierge avec Celui qui sera son véritable et seul époux, l’hypothèse n’est pas inadmissible, bien qu’il ne me plaise guère de la documenter avec des vers de Catulle.

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