Elle représente saint Joseph conduisant
DANS SA DEMEURE, MARIE, SA JEUNE FIANCEE. Un
seul mot, dans la Légende Dorée , se rapporte à cette scène, le a clesponsata Virgine », qui est une leçon, déjà trop abrégée de cet Evangile de la Nativité , que Jacques de Yoragine suit généralement, et où il est dit que « les fiançailles furent célébrées — à Jérusalem — • selon le rite coutumier, sponsaliorum jure de more celebrato ». C’est ce rite des fiançailles que Giotto a traduit dans la fresque qui termine cette histoire du mariage de la Vierge.
Voici maintenant les détails que nous lisons, à ce sujet, dans le Pseudo-Matthieu :
« Alors Joseph reçut Marie, avec cinq autres vierges qui devaient rester avec elle, dans la maison de Joseph : c’étaient Rébecca, Séphora, Suzanne, Abigéa et Zahel, et le grand prêtre leur avait donné de la pourpre et du lin..., etc. »
Elles sont sept, et non, pas cinq, dans la fresque de Giotto, les vierges qui accompagnent Marie dans le cortège des fiançailles, ou plutôt pendant qu’elle se dirige vers la demeure de son nouvel époux. Mais c’est une variante qui ne tire pas à conséquence, et dont nous ne devons pas nous étonner.
Rien d’authentique, maintenant, sur les sources qui ont servi à Giotto pour se documenter sur le rite de cette cérémonie juive. Quel est, par exemple, le personnage qui marche à côté de Joseph ? Je
PREMIER CYCLE
ne saurais le dire. Mais je n’ai pas besoin d’être renseigné sur l’action des quatre personnes qui le précèdent : ce sont, comme encore aujourd’hui dans les noces de village, les musiciens qui mènent le cortège.
Laissons là tous ces détails de pure curiosité. Ils sont peu intéressants, adiré vrai, d’autant plus que, parmi toutes les figures de cette fresque, une seule attire vraiment les regards et les retient de telle façon qu’on ne veut plus considérer qu’elle seule, à l’exclusion de toutes les autres. C'est la Vierge, la très sainte épouse de Joseph le Juste, qui va, dans quelques jours, recevoir du ciel, annonce de sa prochaine et glorieuse maternité.
Nous voici à l’Annonciation.
Le second cycîe
L’ENFANCE DE JÉSUS
YII
Nous avons terminé l’illustration d’un premier groupe de fresques, celles de la zone supérieure.
Voici maintenant un autre cycle, plus considérable, qui comprend les deux autres zones, avec la décoration de l’arc triomphal, et dont les onze fresques précédentes n’étaient, en quelque manière, que la préface : la légende de la Vierge, en effet, ne semble ici racontée que pour nous acheminer vers l’histoire de Jésus et, dorénavant, la glorification de la Mère va s’effacer de plus en plus devant celle du Fils.
Non pas, certes, que Giotto ait négligé de nous faire connaître l’histoire authentique de Marie, en tant qu’elle se trouve mêlée à celle de Jésus. Le seul fait d’avoir représenté, au sommet de Farc triomphal et au-dessous de la glorification du Christ, à la place d’honneur, par conséquent, l’ineffable mystère de l’Annonciation, montre bien qu’il comprenait de merveilleuse façon d’où la Vierge tient, avec toute sa gloire, les plus grands et les plus mystérieux de ses privilèges : on ne saurait assez
MOSAÏQUE BYZANTINE, A FLORENCE (Voir, pour l’explication, la note ci-contre*.)
l’enfance DE JÉSUS
louer, au point de vue de l’ordonnance générale de toute cette décoration, cette délicieuse Annonciation de la chapelle de l’Aréna et, pour ce qui est de ses qualités d’exécution, c’est une des peintures dans lesquelles Giotto a le mieux prouvé son originalité puissante et la profonde sévérité de son art.
Nous le voyons, ensuite, continuer cette histoire de la vierge Marie, en nous la montrant dans les scènes évangéliques où sa présence était requise par les récits les plus authentiques de la vie de Jésus. La Vierge figure donc dans toutes les scènes du cycle de l’enfance du Christ, à l’exception de celle du Massacre des Innocents, où elle nJa que faire. Mais, chose bien remarquable, alors que, dans la série précédente, Giotto n’avait pas hésité à puiser largement dans les récits légendaires, il ne leur emprunte plus ici le moindre trait, comme s’il avait craint d’atténuer, en quelque sorte, la
* Mosaïque byzantine de l’Opéra du Dôme a Florence ( première partie). — Avant d’étudier le second cycle des peintures de l’Aréna, nous croyons utile de rappeler le canon byzantin de l’illustration de la vie de Jésus. On le trouvera sommairement indiqué dans le croquis que nous donnons de la mosaïque qui se trouve conservée à Florence, à l’Opéra du Dôme. (Alinari, n° 4254 et 4255.) Cette première partie de la mosaïque renferme les six sujets suivants, en commençant par le haut : 1. L ’ Annonciation. — 2. La Nativité , avec l’annonciation aux bergers, l’adoration des bergers et des anges, puis le bain de l’Enfant Jésus. — 3. La Présentation de Jésus au Temple. — Le Baptême de Jésus. — 5. La Transfiguration. — - 6. La Résurrection de Lazare.
MOSAÏQUE BYZANTINE, A FLORENCE (Voir, pour l’explication, la note ci-contre *.)
l’enfance DE JÉSUS
haute portée qu’il voulait donner, dorénavant, à toutes les visions, infiniment plus respectables, des histoires évangéliques.
Cette réserve fait honneur à Giotto. Elle n’est point pour nous déplaire, comme si nous pensions que la vie de la Vierge ne doive s’écrire qu’avec des légendes V II nous semble, au contraire, que, dès le moment où l’histoire authentique et révélée se charge de nous instruire sur la personnalité de cette très sainte Vierge, il faudrait avoir le courage de fermer tous les autres livres, si merveilleux qu’ils puissent paraître, qui ne savent pas se contenter de l’austérité des récits de l’Evangile. Ainsi fait Giotto qui, pour nous mieux faire aimer la Mère, veut surtout nous faire connaître le Fils.
Nous devrons retourner une seconde fois, sur la fin de cette étude, aux sources légendaires, quand nous aurons à commenter un autre cycle de fresques, celles du chœur, où sont racontés les derniers
1. Nous ferons à ce sujet certaines réserves , au cours de tout notre ouvrage et particulièrement dans la conclusion.
* Mosaïque byzantine de l’Opéra du Dôme, a Florence (deuxième parité). Sont représentés, dans le second panneau de cette mosaïque: 1. L 'Entrée à Jérusalem. — 2. Le Calvaire. C’est un « Calvaire mystique », avec la Vierge et saint Jean, puis, dans le haut, deux anges — le Soleil et la Lune ? — se voilant la face. — 3. La Descente aux Limbes . — 4. L 'Ascension. — 5. La Pentecôte. — Li Dormition de la Vierge , c’est-à-dire la mort de la Vierge, représentée à l’instant où l’âme de Marie s’envole dans les bras de son Fils, et avant que les anges ne l’emportent dans le ciel, pour le couronnement.
DEUXIÈME CYCLE
événements de la vie de la Vierge et son triomphe dans le ciel.
Ces fresques, toutefois, ne sont pas de Giotto, comme nous l’avons déjà dit, mais d’un de ses disciples de Sienne ou de Florence. Toutes les peintures, au contraire, que nous allons décrire, sont dues aux pinceaux du grand artiste1. Leur ensemble constitue une admirable vie de Jésus. C’est, au point de vue iconographique, le véritable Evangile du quatorzième siècle : lisons le avec infiniment de respect.
Avant d’en aborder l'étude, et pour ne pas couper sans cesse notre description par des appels de numéros et des indications topographiques, il nous semble utile de donner, au préalable, le tableau général des fresques qui se rapportent à la vie de Jésus. Ce sont, à vrai dire, toutes les « histoires » racontées dans les grandes peintures, exception faite de celles de la zone ou étage cl’en haut, et de celles du chœur ou de la tribune, qui ont trait à la légende de la Vierge. En voici le catalogue général :
1. Toutes réserves faites, cela va de soi, pour la collaboration probable de ses élèves dans l’exécution matérielle <le ses cartons. Mais qui pourra jamais en faire la part, très exactement?
l’enfance DE JÉSUS
Peintures de l’arc triomphal Au sommet de l’arc :