‹ Les fresques de l'Aréna à PadoueChapitre 14 sur 52 · Scène des outrages · texte numérisé non relu

Scène des outrages

Grande fresque au-dessus de la porte d entree ; 40. Le Jugement dernier.

DEUXIÈME CYCLE

Si nous considérons, maintenant, l'ensemble de ces peintures, nous verrons que, pour le choix des sujets, Giotto se conforme encore à l’ancienne méthode du moyen âge pour l’exposition de la vie de Jésus i. Il n’y parle guère, en effet, que des histoires relatives à son enfance et à sa mort, de telle sorte qu’on les peut grouper, comme dans les plus anciennes séries iconographiques, en deux cycles, qui sont : le cycle de la Nativité et le cycle de la Passion. C’est toujours le « Christus natus, Christus passus », autour duquel l’art gothique — celui qui précéda Giotto — groupait toute son illustration de la vie de Jésus.

Il y a bien, dans ces fresques de l’Aréna, une composition qui représente la Résurrection de Lazare : mais cette scène me paraît appartenir, dans l’esprit de l’iconographie du moyen âge, beaucoup plus au cycle de la Passion qu’à celui de la Vie publique.

Pour ce qui est, maintenant, du Baptême du Christ et des Noces de Cana , ce sont deux scènes qui forment comme la transition à la vie publique, ou, si l’on veut, l’épilogue du cycle de la Nativité, dont les scènes de l’Enfance ne sont que le prolongement, de même que celle de X Annonciation en était la glorieuse préface. On pourrait encore insinuer que les Noces de Cana ont été représentées

1. Ch. E. Male, V Art religieux au treizième siècle, première édition, pp. 233 et suiv.

L ENFANCE DE JESUS

ici par une sorte de délicate attention à l’égard de Marie, à qui la chapelle de l’Aréna était consacrée, ou encore comme une annonce symbolique du festin eucharistique.

Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, de ces quelques exceptions, on doit reconnaître que Giotto n’a pas eu l’intention, dans l’ordonnance générale de toutes ses peintures, de faire une part bien déterminée à l’exposition des scènes de la Vie publique. Il reste, en cela, fidèle aux traditions de l’iconographie gothique. Depuis la fm de l’époque romanobyzantine, l’illustration des miracles du Christ ne faisait plus partie du canon semi-officiel sur lequel semble se régler l’art chrétien pour raconter la vie de Jésus.

Pour ces raisons, donc, nous croyons être suffisamment autorisé à grouper cette partie des fresques de l’Aréna, comme nous le faisons, en deux grandes divisions générales, à savoir : le cycle de la Nativité et le cycle de la Passion.

Dans le premier de ces deux cycles, nous indiquerons, pour permettre de s’y reconnaître avec plus de facilité, quatre divisions particulières : Avant Bethléem — Bethléem — Scènes de l’Enfance — Transition à la vie publique.

13. — -La première fresque que nous devons examiner forcément — car elle est au sommet de l’arc triomphal conduisant au chœur, encadrée, en quelque manière, par l’Annonciation — n’appartient pas, cependant, au cycle de la Nativité, malgré la place qu’elle occupe dans la suite de ces peintures. Nous sommes obligé, toutefois, d’en parler immédiatement et nous allons le faire aussi exactement qu’il est possible de le tenter : la chose n’est pas aisée, car c’est, parmi toutes les fresques de PAréna, une des plus endommagées.

On y voit un personnage nimbé, assis sur un trône, dans l’attitude du repos, et, tout autour de lui, un grand nombre d’anges adorateurs, ou faisant de la musique. Cette peinture représente, non pas, comme on l’a dit quelquefois, le Père Eternel sur son trône, mais plutôt le Christ glorieux ou le Triomphe de Jésus dans le ciel b C’est donc la der-

1. Alinari, n° 19416. M. Moschetti interprète cette peinture différemment. Cf. La Cappella... p. 29. Peut-être serait-il possible de la rapprocher de la Préparation pour le Jugemènt , qui est un des sujets les plus populaires de l’iconographie byzantine.

l’enfance DE JÉSUS

nière composition de toute la série : elle doit être lue, logiquement, après le grand Jugement dernier

TRIPTYQUE GREC DU VATICAN (xille SIÈCLE)

Triomphe du Christ pour le Jugement dernier. — Au centre, le Christ glorieux. Deux anges, dans le haut, plantent la croix, parmi les étoiles, entre le soleil et la lune. La cour céleste — les anges, les saints entoure le Christ.

qui est représenté en face, sur la muraille au-dessus de la porte d’entrée.

Si l’on se place, maintenant, au point de vue

DEUXIÈME CYCLE

mystique, on reconnaîtra tout l’à-propos de cette évocation du Christ glorieux encadré par les deux personnages de l’Annonciation, la Vierge et l’ange. Nous avons donc ici, et presque sur le même plan, les deux scènes correspondantes du premier et du dernier avènement du Fils de l’Homme. La liturgie se plaît elle aussi, dans la symbolique de l’Avent, à rapprocher ce double avènement. Mais, entre ces deux actes du même drame, se place d’abord toute l’histoire de notre rédemption. Nous allons la déchiffrer sur les murs de notre chapelle.

14 et 14 bis. L’Annonciation. — Alors que cette première partie de la décoration de l’arc triomphal est dans un état de dégradation fort misérable, la partie située immédiatement au-dessous, c’est-àdire le sommet des deux pieds-droits, ou jambages, de l’arc, se trouve admirablement conservée.

Giotto y a mis, en deux cadres, l’Annonciation : à gauche, pour celui qui regarde, l’ange apportant le divin message ; à droite, et vis-à-vis, la Vierge qui le reçoit L

ïl semblerait que, devant l’incomparable beauté de cette fresque, le temps lui-même, qui ruine les plus belles choses, ait été pris de respect, sans oser jamais y porter la main... Le fait est qu’elle reste, de toutes les peintures de l’Aréna, celle qui a le

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