‹ Les fresques de l'Aréna à PadoueChapitre 2 sur 52 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Les fresques de Giotto, à la chapelle de l’Àréna de Padoue, sont universellement regardées comme ce que le grand artiste a produit de plus important et de plus parfait.

Aussi bien la liste serait-elle longue à dresser, de tous les témoignages d’admiration que les écrivains d’art n’ont cessé de prodiguer à cet inestimable chef-d’œuvre de Fart italien des premières années du quatorzième siècle.

Ce merveilleux ensemble, toutefois, n’était pas encore aussi universellement connu et estimé qu’il méritait de l’être, et cela pour des raisons d’ordre tout à fait secondaires, mais qu’il ne sera peut-être pas inutile de rappeler.

INTRODUCTION

Je me garderai bien de mettre sur le compte du bon saint Antoine de Padoue, pour lequel je professe la plus vive admiration, l’insouciance d’un trop grand nombre de voyageurs pour lesquels l’étape de Padoue, dans un voyage circulaire, signifiait simplement une station dans la très opulente basilique du pauvre et glorieux disciple de saint François. Toutefois reste-t-il, que la visite du célèbre sanctuaire a souvent été cause de l’impardonnable oubli dans lequel on laissait la petite chapelle de l’Aréna. Et puis, quand on y entrait, c’était, hélas ! après déjeuner, en pleine digestion. . . et en regagnant la gare, naturellement, pour se diriger sur Venise ou Bologne !

Mauvaise condition, pour connaître les belles choses et apprendre à les juger, que de le faire en sortant de la basilique d'un grand thaumaturge, et après déjeuner!

Je dirai encore que les portes de l’Aréna, jalousement gardées par les représentants d’une municipalité qui, en connaissanttout le prix, prétendait, comme c’est son droit, le faire payer ce qu’il vaut, s’ouvraient, ou plutôt s’entr’ouvraient, d’une façon toujours trop discrète, et qui ne permettait pas aux curieux d’art de s’attarder longuement devant les fresques de Giotto : on les voyait généralement comme dans un rêve, très charmant sans doute, mais trop rapide pour qu’on ait eu le loisir d’en bien sentir toute la saveur, et la rareté.

INTRODUCTION

Restait la ressource des photographies dont le grand public, à la suite des écrivains d’art, commence à sentir l’inappréciable bienfait, surtout depuis qu’on s’est mis à apprendre à les lire comme il faut. Mais, ici encore, la municipalité de Padoue ne manquait pas d’intervenir, et nul n’avait le droit de faire autre chose que d’acheter, au poids de l’or, des épreuves fort imparfaites, tirées sur des clichés datant des premières années de l’art photographique, et de ressource douteuse pour l’exacte reconstitution d’œuvres exquises à peine entrevues entre deux bourrades d’un gardien jaloux.

Mais voici que les choses ont changé d’aspect. Devant les instances efficaces d’un grand photographe de Florence, M. Alinari, qui ne pouvait se résoudre à voir ce merveilleux ensemble manquera ses riches collections, la petite chapelle de l’Aréna a ouvert ses portes à toute une armée d’habiles ouvriers ; les grands échafaudages se sont dressés dans l’intérieur de l’édifice, et toutes les surfaces peintes ont été soigneusement fouillées par l’objectif des meilleurs opérateurs de la Péninsule, sous la direction de M. le professeur Moschetti, conservateur des musées de Padoue, et l’un des maîtres de la critique artistique contemporaine.

De ce gigantesque travail, il est sorti, tout d’abord, une riche collection de photographies qui constitue déjà, avec le catalogue qui l’accompagne, le meil-

INTRODUCTION

leur document qu’on ait mis jusqu’alors entre les mains du public, pour lui permettre d’étudier utilement les fresques de l’Aréna A Puis est venu un beau livre, dû à la plume savante de M. Moschetti, et édité, avec de nombreuses gravures, par M. Ali— nari lui-même 2.

Le moment est venu, ce me semble, de profiter d’un aussi riche matériel de travail pour entretenir nos lecteurs français de ce monument unique dans l’art italien, comme il l’est encore, sans aucun doute, dans l’ensemble des productions artistiques de tous les temps et de tous les pays. Toutefois, comme nous avons l’intention de le faire à un point de vue un peu spécial, nous devons commencer par nous expliquer à ce sujet dans un avant-.propos qui sera, si l’on veut bien nous le permettre, comme le premier chapitre, ou la préface, du travail que nous entreprenons.

1. M. Alinari avait bien voulu me faire l’honneur de me demander la publication française du catalogue de ces photographies. 11 a paru récemment, avec une préface de M. Moschetti, sous ce titre : La Chapelle des Scrovegni à VAréna de Padoue. Nous n’avons pas exactement suivi, dans l’étude que nous publions aujourd’hui, l’ordre de description de ce catalogue, mais nous indiquerons, toutes les fois qu’il sera nécessaire, les numéros des photographies auxquelles nous invitons nos lecteurs à se reporter. Nous croyons bon d’ajouter, pour ceux de nos lecteurs qui l’ignoreraient encore, que le prix des photographies de M. Alinari est, par douzaine,, qu’il s’agisse de reproduction d’architectures ou de tableaux, six francs, du moins à Florence.

2. Andrea Moschetti, La Capella degli Scrovegni egliaffreschi di Giotto in essa dipinti, 1 vol. in-8 carré de 148 pages, avec 53 illustrations, dont 7 photogravures hors texte. Fratelli Alinari, editori, Firenze, MCMIY.

Cette cc préface », en somme, sera fort brève, puisque j’y aurai mis tout ce qu’elle doit renfermer d’essentiel, lorsque j’aurai dit que je me propose d'étudier les fresques de l’Aréna, non pas au point de vue artistique, mais au point de vue iconographique, tout simplement.

Or, ce sont deux points de vue qui restent assez différents pour qu’on soit autorisé à les considérer l’un après l’autre, ou même séparément. C’est là ce que je dois m’efforcer de faire entendre.

Il me plaît, en effet, de considérer une image de religion — que ce soit un chef-d’œuvre de l’art ou une simple feuille de dévotion — sous deux aspects qui, dans la réalité, ne s’harmonisent pas aussi bien qu’on pourrait le supposer, je veux dire leur valeur d’art et leur valeur de religion.

Si je parle de la valeur d’art, il n’est pas nécessaire d’insister, car tout le mou de comprend de suite ce dont je veux parler.

Pour ce qui est de la valeur de religion, c’est déjà moins sûr, et j’ai besoin, tout autant que mes

INTRODUCTION

lecteurs, de me préciser à moi-même, de claire façon, ce que je veux entendre par là.

Ainsi, quand j’étudie les fresques de Giotto, à l’Aréna, je veux, au moins provisoirement, faire abstraction de ces rares qualités d’art qu’elles me révèlent. Je veux même essayer d’oublier comment l’artiste s’y montre novateur, et, pour ainsi dire, révolutionnaire, par ce naturalisme qui transforme, alors même qu’il ne semble que les redire, après tant d’autres, des sujets fort anciens et que tous les artistes chrétiens, depuis des siècles, ne faisaient que répéter.

Car je veux le considérer comme un illustrateur de la foi, un peu comme un catéchiste d’essence particulière, chargé, de par l'Eglise et sous son contrôle plus ou moins immédiat, de mettre en lumière ce qu’elle enseigne en ce moment; et c’est une doctrine surnaturelle toujours la même, et toutefois changeante, en ce sens, je veux dire, qu’elle ne la présente pas toujours, et uniformément, sous le même horizon, dans la même lumière, aussi. Car ce grand soleil de vérité, qu’est l’Eglise, n’éclaire pas toujours de la même façon, et sous le même angle, le dépôt sacré de la Révélation et celui, tout aussi respectable, de la Tradition.

Puis il y a la piété, non pas celle de tel ou tel homme en particulier — un grand saint, peut-être — la piété personnelle, qui s’épanche librement dans le discret asile d’un petit livre de dévotion,

INTRODUCTION

mais îa piété clés foules, celle de tout le monde, qui s’impose au grand jour, et avec une nécessité irrésistible, à celui qui s’offre, tout cl’abord, à lui trouver sa formule, qu’elle doive, ou non, être plus tard ratifiée par l’Eglise, je veux dire à l’artiste. Un peintre de fresques ne déroule pas, sur les blanches murailles d’une église où tout le monde aime à venir prier, des histoires auxquelles le peuple ne saurait s’intéresser. C’est, d’ailleurs, le privilège de l’artiste, peut-être sa plus douce récompense, de savoir parler au peuple le seul langage qu’il comprenne avec plaisir et profit, de telle façon que les mots qu’il lui suggère, et ces mots sont des images, deviennent peu à peu le vrai capital sur lequel vivra, désormais, son intelligence et son cœur.

Ainsi donc, que l’on veuille se renseigner sur les nuances, très délicates à saisir, soit des croyances proprement dites, soit de la piété, il semble que les œuvres des artistes soient très capables de nous servir utilement. C’est pour cela qu’il faut les étudier, non seulement au point de vue artistique, mais encore au point de vue littéraire, c’est-à-dire par leur contenu, afin de montrer comment elles traduisent les sentiments et les croyances, non pas seulement de l’artiste, mais encore, et surtout, de la génération pour laquelle elles ont été composées.

Tel est le but de l’iconographie, laquelle se propose, comme son nom l’indique, la description des images, et pour mettre en lumière ce qu’elles

INTRODUCTION

renferment, en le cachant, beaucoup plus que l’artifice avec lequel elle le cachent, sous des formes plus

MINIATURE D’UNE « LÉGENDE DORÉE » DU TREIZIÈME SIÈCLE (B. N. Fr. 183.)

Synoptique de la vie de Jésus. (Voir, pour explication, la note ci-contre* ).

ou moins aimables, ce qui est plutôt du ressort de la critique purement artistique .

Toute œuvre d’art religieux, même isolée, comme le serait, par exemple, une statue ou un tableau,

INTRODUCTION

peut, et doit être considérée à ce double point de vue. Elle renferme toujours, en effet, une leçon d’iconographie, ne serait-ce que celle-ci — - et ce n’est pas la moins instructive — à savoir que, religieuse par ses prétentions, elle n’a pas toujours grand-chose à voir avec la religion ! Je renvoie, a ce sujet, à la collection de la revue de U Université catholique , où j’ai démontré, plusieurs années de suite, comment, par suite d’une décadence douloureuse de la foi et de la piété populaires, les œuvres les plus « religieuses » de nos Salons annuels, étaient, en général, celles qui avaient le moins de

* Synoptique de la vie de jésus. — Ce petit livre est, avant tout, une étude d’iconographie religieuse : nous le destinons, principalement, aux voyageurs qui visitent, avec un peu d’attention, la chapelle de l’Aréna. Ils nous sauront gré de mettre sous leurs yeux, afin de pouvoir les consulter sur place, un certain nombre de documents iconographiques capables de leur suggérer d’intéressantes comparaisons. Les « synoptiques » de la vie de Jésus doivent figurer à la première ligne de ce genre de documents. Voici les sujets que renferme la miniature française du treizième siècle dont nous donnons l’esquisse :

1. L’Annonciation. — 2. La Nativité, mais non pas dolente et mystique, comme dans la plupart des monuments du treizième siècle : la Vierge a pris dans ses bras le saint Enfant et le regarde avec beaucoup de tendresse, saint Joseph admire, et, en avant du lit de la bienheureuse Vierge, l’âne et le bœuf sont couchés. Au cinquième folio du même manuscrit, on trouve une seconde Nativité, et c’est alors une Nativité dolente, selon la formule du treizième siècle. — 3. L’Adoration des mages. — 4. La Présentation au Temple. — Le Baiser de Judas, avec saint Pierre remettant son épée au fourreau et le geste guérisseur de Jésus.

— 6. La Flagellation. — 7. Le Calvaire, où l’on voit la Vierge à gauche — pour celui qui regarde — et saint Jean sur la droite.

— 8. La mise au tombeau.

INTRODUCTION

prétention à l’être, tels les intérieurs d’église, ou encore les statues qui nous montrent un personnage quelconque dans l’attitude, au moins respectueuse, de celui qui réfléchit et médite, comme s’il allait se mettre à prier.

Mais si, au point de vue iconographique, une œuvre d’art isolée est déjà fort intéressante, les <c peintures de série », comme j’aime à les appeler, sont autrement pleines d’enseignement. Je ne veux pas reproduire ici les réflexions que j’ai déjà souvent développées, et assez longuement, je pense, pour qu’il ne soit plus nécessaire d’y revenir L J’ajouterai simplement que, si j’entreprends aujourd’hui l’étude iconographique des peintures de TAréna, c’est que j’y suis amené, comme naturellement, par la marche de mes travaux. Car je ne pouvais trouver un document plus instructif, et plus complet, pour préciser quelle était, au début du quatorzième siècle, cette méthode d’illustration de la foi qui, prenant la place de celle généralement suivie au douzième et au treizième siècles, allait bientôt, grâce au génie communicatif de Giotto, s’imposer rapidement à l’Italie et, par elle, à l’Occident tout entier1 2.

La Bible d’Amiens , pour me servir de l’expres-

1. Voir, en particulier, l’Introduction qui précède notre étude sur la Porte de Sainte-Sabine et la Lipsanothèque de Brescia. Oudin, éditeur.

2. 11 y a des réserves à faire, je lésais, tout aussi bien que

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sion de Ruskin, allait céder le pas à la Bible de V Arèna. Ce sera la conclusion de ce travail. Nous nous y acheminerons lentement, par la seule étude des fresques dont nous allons entreprendre la description.

ceux qui me contrediront. Mais on m’accordera, je pense, que ce n’est pas le moment de les indiquer.

La publication du livre de M. Moschetti me dispense de publier ici, en les coordonnant, les documents que j’avais réunis et qui m’auraient permis de reconstituer, dans ses grandes lignes, l’histoire de la chapelle de l’Aréna et de sa décoration. Quelques lignes suffiront pour résumer, à grands traits, le travail de l’éminent historien.

Cette chapelle fait partie du palais que fit construire, en l’année 1300, un riche Padouan, Enrico Scrovegni, fils de ce Reginaldo que Dante a placé, pour crime d’usure, au septième cercle de son «Enfer ». Giovanni Pisano en fut l’architecte et, pour la décorer, Enrico Scrovegni fit venir le plus célèbre peintre de l’époque, le florentin Giotto.

On la désignait alors couramment sous le nom d’église del’Annonciation, Chiesa delï Annunziata, dont la fête, dès l’année 1278, se célébrait — on le sait par document — avec beaucoup de magnificence. Toutefois, on lui donnait aussi le nom de Ecclesia sive Cappella sanctæ Mariæ de Cari tate , église ou chapelle de Sainte-Marie de la Charité, ce qui montre bien, en tout cas, qu’elle

INTRODUCTION 25

était dédiée, tout spécialement, au culte de la Vierge Marie.

Il ne faut donc pas s’étonner de l’importance donnée, dans l’ensemble des fresques décorant la chapelle, aux sujets relatifs à la vie de la sainte Vierge. Tous, cependant, ne sont pas dus à la main de Giotto : à partir des derniers numéros de notre catalogue, les fresques — ce sont celles du chœur - — ont pour auteur, à ce qu’on dit, le siennois Taddeo Bartoli ou quelque disciple, peu célèbre, Giotto. Mais il n’y a pas de doute que, dans le plan général de la décoration, elles n’aient été conçues comme le complément des peintures authentiques du maître. Elles occupent, d’ailleurs, une place de choix, dans le chœur, et ont toutes rapport aux derniers événements de la vie de la Vierge : ce sont donc les peintures qui frappent davantage, et dès le seuil, les visiteurs qui pénètrent dans la chapelle.

Nous n’avons pas à dire le mérite extraordinaire de cette décoration picturale, dont l’éloge, d’ailleurs, n’est plus à faire. Voulant la considérer, ainsi que nous l’avons annoncé, au point de vue iconographique, nous nous abstiendrons même, autant que possible, des remarques d’ordre purement artistique, qui risqueraient de nous faire perdre de vue notre véritable sujet.

Pour mettre un peu d’ordre dans ces descrip-

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tions et ne pas égarer nos lecteurs qui risqueraient, sans ce fil conducteur, de se perdre au milieu de leur détail même, nous avons groupé les fresques de l’Aréna, suivant l’ordre, d’ailleurs, où elles sont disposées sur les murs de la chapelle, en quatre séries, ou cycles : ce seront les quatre parties de notre travail.

Voici les titres que nous leur donnons, à savoir: I. L’enfance de la Vierge. II. L’enfance de Jésus. III. La mort de Jésus. IV. La mort de la Vierge.

Ce parallélisme entre la vie de la Vierge et celle de son divin Fils frappera, dès le premier abord, le lecteur le moins au courant des grandes traditions du moyen âge en matière d’illustration de la foi. Nous aurons l’occasion, au cours de cette étude, d’en faire ressortir toute l’importance et le prix. Des réflexions de ce genre seraient toutefois, pour l’instant, un peu prématurées. Pour cette raison, et sans autre préambule, nous aborderons de suite la description des fresques du premier cycle.

Elles sont au nombre de douze, renfermant l’histoire de la Vierge jusqu’à son mariage, inclusivement, et occupent, à droite et à gauche, tout « l’étage supérieur » de la décoration des murs latéraux. Leur conservation étant, en général, satisfaisante, elles sont très visibles et plus faciles à étudier que les fresques des zones ou étages inférieurs dont l’état laisse, par malheur, trop souvent à désirer.

Le premier cycle

des fresques de VAréna

L’ENFANCE DE LA VIERGE

En disant que le premier cycle des fresques de EAréna était consacré à « l’histoire » de la Vierge, peut-être nous sommes-nous servi d’une expression qui manque d’exactitude. Voici, en effet, que pour expliquer ces peintures, nous allons nous mettre, si j’ose dire, en marge de la grande vérité, celle du dogme et de l’histoire révélée, pour ne plus vivre que des rêves, naïfs et pieux, des simples d’esprit, artistes et poètes, en pleine légende.

Ce n’est pas ici le lieu de montrer que ces rêves, consacrés par une longue tradition, méritent tout au moins le respect, et comment la légende <c inspirée par la foi douce et naïve, nous amuse, nous plaît et nous édifie 1 ». Le problème est complexe, et difficile à résoudre, des rapports intimes de la

1. On nous pardonnera de citer ici les paroles avec lesquelles le R. P. Lepidi, maître des Sacrés Palais du Vatican, voulut bien accepter récemment la dédicace de notre « Christ de la Légende Dorée », et qu’il nous a permis de reproduire en tête de notre volume. Cet encouragement, pour nous très précieux, renfermait dans le même temps, une leçon des plus importantes sur la façon dont il convient d’entreprendre la lecture et l’étude des vieilles légendes.

PREMIER CYCLE

légende avec la vérité dogmatique et révélée ! Nous le savons trop bien pour nous exposer, et avec nous nos lecteurs, à tomber peut-être en de fâcheuses interprétations, en l’abordant de façon superficielle et prématurée.

Et toutefois — personne ne songe à le nier — il est certain que l’art et la piété populaire se sont, de tout temps, inspirés de la légende. Tous les grands cycles d’art consacrés à la Vierge Marie seraient absolument indéchiffrables si l’on ne prenait soin, au préalable, de s’instruire des vieilles légendes qu’ils ne font qu’interpréter. Les fresques de l’Aréna, par exemple, resteraient une énigme pour celui qui ne connaîtrait d’aucune façon la légende de la Vierge. Nous devons donc, d’abord, faire connaître cette légende, et nous l’empruntons à la rédaction qu’en a faite, au treizième siècle, le bienheureux Jacques de Voragine, d’après l’évangile apocryphe qui est connu sous le nom dû Evangelium de Nativitate Mariæ. Nous omettrons, toutefois, tout le début du chapitre, dont la nécessité ne se fait pas sentir pour l’étude des fresques de Giotto1.

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