Alinari, n
L ENFANCE DE JESUS
cette composition, pour ne pas prolonger outre mesure mon commentaire. Elle ne me paraît pas, d’ailleurs, de celles-là qui donnent beaucoup à penser, n’étant ni franchement mystique, ni particulièrement remarquable comme interprétation historique du texte de saint Jean.
C’est un festin, mais pas aussi solennel et tumultueux qu’on aurait pu le penser. Les convives, si l’on en retranche Marie et Jésus, avec le personnage nimbé — un apôtre, sans aucun doute — qui les accompagne, se réduisent à trois seulement, la mariée, sa compagne et l’époux. Les serviteurs, au contraire, sont au nombre de cinq, ce qui est vraiment beaucoup, et l’intendant, ou le maître d’hôtel, qui goûte le vin, sur la droite, est un personnage dont l’importance ne s’accorde pas précisément avec l’allure modeste du festin. Je n’insiste pas sur la taille invraisemblable des six urnes de pierre qui sont représentées en bonne place, devant lui : pour épuiser le contenu d’une seule d’entre elles, il me semble que les six convives, parmi lesquels se trouvent, pour le moins, trois saints personnages, auraient dû se livrer à de formidables libations 1.
Giotto, la chose est certaine, n’avait pas suffîsam-
1 . Chacune de ces urnes — et il y en avait six — contenait, d’après l’Évangile, deux ou trois mesures (Joan, ii, 6). Or, la mesure équivaudrait à près de 40 litres, 39 lit. 39, d’après les uns, 38 lit. 88, d’après les autres.
DEUXIÈME CYCLE
ment médité le récit de saint Jean, avant de prendre ses pinceaux. Son excuse pourrait se trouver dans ce fait que ses prédécesseurs, quand ils représentaient cette scène, le faisaient toujours ainsi, c’est à dire de façon fort sommaire et comme en abrégé, insistant de préférence sur les données mystiques du miracle, en rapprochant, comme aux sarcophages, les urnes de pierre des corbeilles de la multiplication des pains4. Mais Giotto, parce que délaissant l’inspiration mystique, aurait dû songer, qu’abordant le sujet avec des préoccupations naturalistes, il lui fallait observer, dès lors, toutes ses vraisemblances historiques. Il ne l’a pas fait. Et, pour cela, ses Noces de Cana sont loin d’être irré prochables, au point de vue, tout au moins, des hautes vraisemblances du sujet.
1. Voir à la page 136, le dessin d’un sarcophage du Musée chrétien du Latran.
Le troisième cycle
LA MORT DE JÉSUS
Il m’a paru bon de réunir dans un seul et même groupe, et sous le titre unique de « Cycle de la Passion )>, l’ensemble des fresques de l’Àréna relatives à la vie de Jésus qu’il me reste à examiner. On y trouvera donc les scènes qui vont de la Résurrection de Lazare jusqu’au Jugement dernier , inclusivement.
Cette façon de procéder paraîtra peut-être excessive. Elle n’aura pas, toutefois, de graves inconvénients, si l’on consent à ne pas exagérer l’importance que nous donnons à ces classifications générales. Mais il nous faut avertir qu’elle aura comme conséquence d’étendre un peu plus qu’on le fait généralement la double série que nous avons appelée le cc Prologue » et cc l’Epilogue » du Calvaire.
Ce prologue embrassera, en effet, l’ensemble des actions qui précèdent la Passion proprement dite et qu’on s’accorde à faire commencer aux scènes du Jardin des Oliviers. Six compositions de l’Aréna sont consacrées à cette série, à savoir : la Résurrection de Lazare , YEntrèe à Jérusalem , les Ven -
TROISIÈME CYCLE
deurs chassés du Temple ,1a Trahison de Judas, dernières fresques de la seconde zone, à gauche ; puis, parmi les fresques de la troisième zone, et en revenant sur la droite, Y Institution de V Eucharistie et enfin le Lavement des pieds. On remarquera que, pour l’exposition de la Passion proprement dite — la série du Calvaire — nous avons seulement cinq peintures, une scène du Jardin, Y Arrestation de Jésus , une scène de jugement, Jésus devant le grand prêtre , de même, encore, une scène unique de la série des outrages, Jésus moqué par les serviteurs du grand prêtre , puis, tout aussitôt, la Marche au Calvaire et enfin le Calvaire.
On entend généralement par « épilogue du Calvaire » la série des actions qui suivirent la mort de Jésus sur la croix jusqu’au moment où il sortit du tombeau. Cette série est beaucoup plus riche et variée qu’on pourrait le croire à première vue. La seule lecture attentive du texte de saint Luc l’indique déjà suffisamment. Après nous avoir présenté, en effet, Joseph d’Arimathie, l’évangéliste nous dit qu’ayant obtenu le corps du Sauveur, « il le détacha de la croix, l’enveloppa d’un linceul et le plaça dans un sépulcre taillé dans le roc, depositum involvit sindone , et posuit in monumento ». Cela fait déjà trois sujets de tableaux, la Déposition de la Croix, l’Ensevelissement et la Mise au tombeau. Or, l’art chrétien, interprète de la dévotion populaire, a décomposé plus minutieusement ces différentes
LA MORT DE JESUS
scènes : c’est précisément l’une de ces compositions dérivées, lin Lamento , comme on dit en italien, qui a servi à Giotto pour résumer très sommairement toute cette série de l’Epilogue du Calvaire. Je me garderai bien de compléter ici, avec des mots, son interprétation artistique. Et même, quand le moment sera venu, je me contenterai de décrire son tableau, sans plus chercher à montrer comment Part chrétien entendait, généralement, l’exposition de l’Épilogue du Calvaire proprement dit.
Puis je ferai comme si les dernières fresques de l’Aréna consacrées à la vie de Jésus n’étaient, en quelque manière, que le prolongement mystique de cet épilogue. Il n’en restera plus, d’ailleurs, que quatre : la Résurrection , V Ascension, la Pentecôte et, enfin, le Jugement dernier .
Pour rappeler, maintenant, l’ancienne tradition iconographique relative à l’exposition d’ensemble de laPassion,je donne ici, d’après Garrucci, le dessin d’une curieuse miniature d’un manuscrit de Cambridge, où toute son histoire est racontée en douze petits tableaux 1 .
Pourquoi leur ordre a-t-il été interverti de la sorte, voilà ce que nous ne saurions expliquer d’une façon qui nous paraisse satisfaisante. De semblables transpositions se rencontrent assez souvent — par exemple au grandvitrail de la Passion, à Bourges —