‹ Les fresques de l'Aréna à PadoueChapitre 29 sur 52 · Trahison de Judas. — Il approchait, toute · texte numérisé non relu

Trahison de Judas. — Il approchait, toute

GIOTTO, A L’ARÉNA

Jésus chasse les vendeurs du Temple. (Voir le texte, page 148.)

fois, et c’est peut-être pour y faire mieux songer que, dans le voisinage immédiat de cette fresque, mais comme à une place hors série et bien caractéristique *, Giotto a représenté Judas, recevant,

1. Cette scène se trouve sur l’arc triomphal, au-dessous de l’ange

TROISIÈME CYCLE

des mains de ces ennemis de Jésus, l’argent de la trahison.

Sans être très commune dans l’histoire de l’art antérieur à Giotto, on ne peut dire, cependant, que cette scène y soit absolument inconnue. Les anciens imagiers, toutefois, préfèrent représenter Judas rendant, mais non pas recevant, l’argent de la trahison1. Il arrive souvent que, sans y prendre garde, on confond les deux sujets. Et de fait, il n’est pas toujours facile de les distinguer l’un de l’autre. Ici, du moins, le doute n’est pas possible.

La scène, dans les intentions de Giotto, se passe à l’intérieur du Temple : il faut le conclure de l’espèce de ciborium dessiné à l’arrière-plan et qui est censé représenter le Saint des Saints. Sur la droite,

de l’Annonciation, ce qui est une rencontre un peu déconcertante, car Judas, de ce fait, se trouve occuper comme une place d’honneur, et très en vue, dans l’ensemble de la décoration, en visà-vis avec la scène de la Visitation. Y a-t-il eu là, dans l’intention du peintre ou de celui qui lui avait commandé l’ouvrage, une idée préconçue, et nettement arrêtée, d’insister sur le fait de la trahison, et à prix d’argent, du malheureux apôtre ? Rien n’autorise à l’affirmer. Et toutefois, quand on se souvient que cette chapelle de l’Aréna fut élevée, en manière d’expiation, par le fils de ce fameux Scrovegni que Dante a placé, à cause de sa réputation d’usurier impitoyable, dans le septième cercle de son Enfer, on peut se demander si ce n’était pas encore, dans la pensée du fils, une manière d’expiation, que de mettre ainsi, comme au premier plan des scènes les plus instructives de la vie de Jésus, l’image de celui qui fut le premier et le plus coupable adorateur de l’argent.

1. La « pendaison de Judas » est encore un des sujets familiers de l’art chrétien du moyen âge. Giotto l’a rappelée dans un détail de son Jugement dernier.

LA. MORT DE JESUS

deux vieillards vénérables, à longue barbe et les épaules couvertes d’un ample manteau, richement ornementé sur les bords, sont occupés à causer, et l’un d’eux indique d’un geste, mais sans se retourner, Faction qui se développe de l’autre côté de la scène : ils ont bien, l’un et l’autre, l’attitude de conspirateurs, méditant quelque vilain coup. Or, ce qui se passe sur la gauche, c’est l’entretien d’un troisième vieillard, encore plus respectable que les deux premiers, un Juif, donc, de toute première importance, qui est occupé avec Judas, les yeux dans les yeux, à expliquer ce qu’il attend de lui.

11 lui détaille, par le menu, le plan de campagne qui doit amener, par surprise, et pendant la nuit, la capture de Jésus. Il précise, car il ne faut pas que, par une négligence quelconque, ce beau plan aille échouer, comme il était déjà arrivé trop souvent. Il n’est plus question de discuter les intérêts d’argent. Cela est réglé depuis longtemps. Judas tient le sac à la main et, le misérable ! il ne demanderait pas mieux que de pouvoir s’en aller, pour le mettre en lieu sûr ! Cet argent, d’ailleurs, commence à lui brûler les doigts. Il veut partir. Mais il ne peut. En avant, le maintenant sur place de son regard d’acier, le Juif tentateur continue à lui parler. Et derrière, pour lui barrer toute retraite, se tient Satan.

J’ai dit que, plus ordinairement, Fart chrétien montre Judas, dans l’histoire de la Passion, au

TROISIÈME CYCLE

moment où il rend l’argent. C’est ainsi qu’on le voit, par exemple, aux sculptures de bronze de la célèbre Porte du Bénévent. Au panneau qui fait suite, toujours sur la même porte, une seconde scène représente Judas, suspendu à un arbre, avec, sur les épaules, Satan accroupi, qui pèse lourdement sur le misérable, pour hâter sa fin : son ventre est ouvert et les entrailles s’y laissent voir, qui commencent à s’en échapper.

Mais n’anticipons pas sur le développement historique des scènes de la Passion et, sans insister davantage sur le rôle qu’y tint Judas, nous ne commenterons pas plus longuement la composition qui représente sa trahison pour regarder, sur l’autre muraille, celles qui sont consacrées au grand souvenir de l’institution de la sainte Eucharistie, ce merveilleux testament de Jésus 1 .

29. La Cène. — La première représente la Cène, et il est intéressant, pour l’histoire du développement iconographique du sujet, de noter avec exactitude le moment précis auquel Giotto semble avoir voulu faire songer.

ïl n’y a pas de doute possible à ce sujet. Giotto n’a pas en vue l’institution proprement dite de l’Eu-

1. Nous dirons plus loin quelques mots de la peinture qui porte, dans notre catalogue, le numéro 17, et qui représente une scène du Jardin des Oliviers et la Flagellation. C’est une composition postérieure à Giotto et dont la valeur artistique est, d’autre part, des plus minimes.

LA MORT DE JESUS

charistie ni, bien moins encore, la communion des apôtres. Il a voulu traduire expressément le verset de saint Matthieu, celui où il nous est dit que

G I O TT O, A L’ARÉNA

La Cène , ou l’institution de l’Eucharistie.

Jésus, apres avoir prédit la trahison de l’un d’entre ses apôtres, précisa davantage, en disant : « Celui qui met, avec moi, la main au plat, est celui qui me trahira1. »

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