‹ Les fresques de l'Aréna à PadoueChapitre 30 sur 52 · Matth., xxvii · texte numérisé non relu

Matth., xxvii

TROISIÈME CYCLE

On voit, de fait, un des convives qui met, en même temps que Jésus, la main sur le plat qui est placé devant lui. C’est Judas, le seul, d’ailleurs, dont la tête n’est point entourée du nimbe caractéristique de la sainteté, pour indiquer que Satan règne déjà en maître sur son âme maudite.

Je m’abstiendrai d’un commentaire iconographique un peu développé de cette composition, de peur de ne pouvoir le contenir dans les limites de cette rapide description. Ce ne serait pas, d’autre part, l’occasion de l’aborder, puisque Giotto n’a fait que résumer très brièvement et sans l’ordonner avec beaucoup de sagesse, ce qu’on pourrait appeler le cycle eucharistique de la Passion. On n’aurait, pour le prouver avec une entière évidence, qu’à produire le simple catalogue des sujets contenus dans le grand retable de Duccio, à l’Opéra du Dôme, à Sienne1 * 3.

30. Le Lavement des pieds. - — La scène où Ton voit Jésus lavant les pieds de ses apôtres, avant l’achèvement du rite de la Pâque nouvelle, appartient encore à ce que je viens d’appeler cc le cycle

1. Il lui consacre quatre compositions : 1. Le festin pascal, ou

prédiction de la trahison de Judas. — 2. Le lavement des pieds. • —

3. Judas reçoit l’argent de la trahison. — 4. Discours de Jésus après la Cène. — Cela ne fait, en somme, qu’un sujet de. plus qu’à l’Aréna. Mais l’ordonnance des compositions indique que Duccio a compris, bien mieux que Giotto, la véritable signification des textes évangéliques.

LA MORT DE JESUS

eucharistique de la Passion ». ïl faut y noter ce détail mystique des deux anges qui s’avancent, sur la gauche, portant l’eau qui doit servir à la dernière purification, avant la communion.

Il est regrettable qu’on ne puisse se prononcer avec une entière certitude sur le nombre des personnages que Giotto a voulu représenter, car il serait du plus haut intérêt de savoir si l’artiste entend que Judas, avant l’accomplissement de cette action, a déjà disparu du Cénacle.

Je ne compte, sur la photographie que j’ai devant les yeux, que dix « têtes » d’apôtres assis, et se préparant au lavement des pieds : peut-être faut-il supposer que le onzième est masqué par les deux anges debout.

Et que ces derniers soient des anges et non pas des apôtres, cela ne fait pour moi aucun doute : leur action suffirait à le prouver, car ils servent, ici, de ministres à leur maître Jésus, et ne s’apprêtent nullement, comme les autres personnages, à profiter de son ministère ; leur tête est ornée du nimbe, ce qui indique leur sainteté, leur visage est jeune et imberbe, privilège qui n’est partagé, dans le collège apostolique, que par le seul saint Jean ; leur costume, enfin, est tellement différent de celui des apôtres qu’il n’est pas possible de les confondre avec eux.

Et puisqu’il n’est pas permis de supposer que l’un de ces deux personnages représente Judas, il

TROISIÈME CYCLE

faut dire que le traître, dans l’esprit de Giotto, n’a pas assisté au lavement des pieds.

Il était déjà sorti. Il s’occupait à de tout autres affaires qu’à celle de la purification finale, en vue de la sainte communion. On dirait que Giotto a vraiment hâte d’achever de s’expliquer à son sujet. N’est-ce pas pour cela qu’il en vient de suite à la scène de l’Arrestation de Jésus ?

Telle est en effet, sur notre muraille, la composition qui suit immédiatement celle du Lavement des pieds. Il y a là, pour dire vrai, un raccourci un peu trop prononcé dans l’histoire du développement des scènes de la Passion. Et c’est, probablement, parce qu’on n’a pas tardé à s’en apercevoir, qu’on s’est empressé d’ajouter, après le départ, ou la mort de Giotto, une fresque supplémentaire pour combler, dans la mesure du possible, cette regrettable lacune.

De fait, la composition qui porte, dans notre catalogue, le n° 29, est précisément destinée à compléter la série des scènes du jardin des Oliviers, en même temps que celle, également trop abrégée, des outrages. Nous indiquerons, en quelques mots, comment elle le fait.

XIY

31. L’Arrestation de Jésus L — Oublions, pour un instant, les préoccupations d’ordre purement iconographique, afin d’admirer, tout à loisir, l’étonnante nouveauté de cette composition qui jure singulièrement, par son accent dramatique, avec toutes les scènes similaires que nous a laissées Part des siècles précédents.

La formule byzantine, qui est des plus connues, se trouve reproduite dans toutes les Arrestations de Jésus de l’art du douzième siècle, qufil s’agisse de peintures proprement dites, de sculptures ou de miniatures. Elle consiste essentiellement à représenter Jésus environné par les soldats, qui font demi-cercle autour de lui — et de là vient cette curieuse perspective de têtes bien familières à tous ceux qui ont l’habitude des anciennes images — ce pendant que Judas lui donne le baiser, signal de la trahison, et que saint Pierre, sur la gauche, s’occupe, avec conscience, à scier l’oreille du serviteur du grand prêtre. La scène est froide, sans

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