Luc, xxii
LA MORT DE JESUS 165
J’en sais bien la raison, en somme. Mais ce n’est pas le moment de la donner.
Il est grand temps, d’autre part, d’en revenir à notre catalogue. Cette digression me permettra, désormais, d’abréger les remarques du même genre que j’aurais eu à faire au sujet des compositions qui vont suivre. Je me bornerai donc à les décrire, telles qu’elles sont, sans plus essayer d’y chercher autre chose que ce que Giotto a voulu y mettre. Ce sera suffisant pour montrer qu’elles ont un très grand mérite et qu’on peut les admirer en toute sûreté de conscience.
32. Jésus devant le grand prêtre. — La série de c( Jésus devant ses juges » qui est, dans le récit des écrivains inspirés, d’une complication assez difficile à démêler, se trouve réduite, à la chapelle de l’Aréna, à son minimum le plus absolu.
L’art chrétien primitif, quand il ne représentait qu’une seule comparution de Jésus, choisissait toujours celle devant Pilate, et c’était la scène, classique entre toutes, de la condamnation de Jésus, ou « Pilate se lavant les mains ». A peine prononcée, la sentence recevait un commencement d’exécution, et Lon voyait la sainte victime entraînée tout aussitôt par ses bourreaux.
Giotto s’est arrêté sur une autre comparution, celle de Jésus devant le grand prêtre, ou plutôt « les grands prêtres », puisqu’ils sont deux ici,
TROISIÈME CYCLE
pour le juger, Anne et Caïphe, le beau-père et le gendre, l’ancien fonctionnaire et le nouveau, qui F avait remplacé de par la volonté de Rome, mais animés, tous deux, d’une haine pareille à l’égard de Jésus.
Il s’agit ici du second jugement — car les grands prêtres s’y reprirent à deux fois pour venir à bout de leur innocente victime — et le moment choisi par Giotto, pour la construction de son tableau, est celui où Caïphe, en réponse à Jésus qui vient d’affirmer sa divinité, s’écrie, en déchirant son vêtement : « Il a blasphémé ! » et le proclame digne de mort. Il s’ensuivit, aussitôt, pour Jésus, une première série d’injures et de tourments. On ne doit pas les confondre avec ceux qui furent la conséquence de la condamnation définitive, par Pilate, et qui eurent lieu sur un autre théâtre.
Voici comment le P. Ollivier, dans son beau livre sur la Passion , décrit, d’après les auteurs sacrés et la tradition, cette première série d’insultes et de souffrances : « Alors ce fut une scène sans nom. Bondissant de leurs sièges , suivant la prescription des rabbins, les conseillers se précipitèrent vers l’accusé pour le couvrir de crachats et le souffleter. Quelques-uns lui roulèrent, comme un voile autour du visage, le kouffieh qui lui couvrait la tête, en lui criant avec ironie : « Christ, prophète tise ! dis-nous qui t’a frappé 1 ! »