MINIATURE DU XIV® SIÈCLE
(Bibl. Nat. Fr. 185), A gauche, la Flagellation. A droite, la Marche au Calvaire, avec le détail légendaire de la vierge Marie aidant son Fils à porter sa croix.
serait-ce qu’au nom de l’art, qui ne voudrait représenter que des choses nobles et qui honorent l’humanité. Cavalcaselle a donc raison d’en être choqué et je veux partager son indignation, qui n’est pas sans faire honneur à la délicatesse de son goût
sa propre Mère, la vierge Marie. L’art français aime à s’en souveüirronen trouvera la preuve dans la gravure de cette page.
LA MORT DE JESUS
A condition, cependant, qu’on ne sacrifie pas, du même coup, le texte de saint Jean, où il nous est dit que Jésus sortit de Jérusalem portant lui-même sa croix sur son épaule, bajulans sibi crucem exivit 1.
On a fait remarquer, dâiutre part, que la coutume romaine le voulait ainsi. « Qu’il porte sa croix par la ville », fait dire Plaute à l’un de ses personnages « et puis, qu’il y soit attaché ! » Jésus y avait fait souvent allusion devant ses disciples quand il leur parlait de prendre leur croix et de la porter après lui 2. Et c’est encore ainsique, dans une vue anticipée, les prophètes avaient aperçu le Messie s’avançant à la mort, chargé du bois de son sacrifice, comme jadis Isaac, quand il allait vers la montagne où son père devait l’immoler.
Quelle que soit la valeur d’art que nous voulons trouver en des œuvres qui nous parlent des choses aussi ineffables que le drame du Calvaire, prenons garde, en les étudiant, de perdre le sens de leur véritable signification. Il y a des moments où, malgré soi, on s’étonne presque d’oser parler en artiste de la Passion du Christ Jésus ! Et l’on croit se réveiller d’un mauvais songe dont on voudrait se hâter de secouer la dernière hantise, comme celle d’un cauchemar, pour reprendre contact avec la saine réalité des choses.
Mais ce n’est pas la première fois que nous avons