‹ Les fresques de l'Aréna à PadoueChapitre 37 sur 52 · Matth., xvi, 24. Cf. R. P. Ollivier, lib. cit., p · texte numérisé non relu

Matth., xvi, 24. Cf. R. P. Ollivier, lib. cit., p

TROISIÈME CYCLE

eu à constater que, dans les sujets simplement pieux, un artiste, voire le plus grand, semble toujours inférieur à lui-même, comme s’il était obligé, pour mieux servir la religion, de sacrifier quelque chose de son art. C’est du moins l’effet qu’il produit à la critique qui veut être artistique, simplement, et sans rien autre chose.

35. Le Calvaire. — Je serai bref, devant cette composition, car elle demanderait, pour être expliquée comme il conviendrait de le faire, de trop longs développements.

C’est un Calvaire de genre mixte, et j’entends par là qu’il n’est, exclusivement, ni un Calvaire historique, ni un Calvaire mystique, puisqu’il participe, à la fois, de l’un et de l’autre.

Le Christ y est seul représenté, sans les deux larrons : il semble qu’il n’a pas encore rendu le dernier soupir et sa tête, douloureusement inclinée, se penche vers la gauche, où, soutenue par deux personnages nimbés, la Yierge paraît près de s'évanouir. Agenouillée au pied de la croix, Madeleine, les cheveux dénoués, considère avec une douleur qui ne peut plus se contenir les blessures de son divin Maître. A la base du tertre sur lequel la croix est élevée, on aperçoit un crâne et des ossements : et cela suffit pour évoquer, d’un seul coup, toute la légende d’Adam et du Calvaire.

Le naturalisme de Giotto prend sa revanche dans

LA MORT DE JESUS 173

la scène de droite, qui représente l’épisode des soldats se partageant les dépouilles de Jésus.

J'allais oublier de dire que Giotto a semé, dans le ciel de son Calvaire, toute une légion d’anges

GIOTTO, A ASSISE Le Calvaire.

éplorés dont la mimique expressive semble avoir épuisé toutes les manifestations imaginables de la piété douloureuse, jusqu’au désespoir !

Ces anges se retrouvent au Calvaire d’Assise, où leurs lamentations ne sont pas moins attendrissantes, malgré leur ineffable naïveté. Au lieu de la

TROISIÈME CYCLE

scène des soldats, on voit ici, au premier plan, des religieux franciscains agenouillés — et notez, je vous prie, l’anachronisme — puis, en arrière, des juifs et des soldats. A gauche, laVierge a succombé à l’excès de sa douleur : elle s’est complètement évanouie et repose, à terre, entre les bras des personnages nimbés qui l’entourent.

Beaucoup plus qu’à Padoue, Giotto, au Calvaire d’Assise, a sacrifié les données historiques du sujet pour développer davantage ses horizons mystiques. Ce n’est pas la première fois que nous avons eu à le constater.

36. Lamentation sur le corps de Jésus. — L’épilogue du Calvaire se décompose en trois actions principales, si l’on s’en rapporte à saint Luc qui nous dit, dans son évangile, de Joseph d’Arimathie, qu’ayant obtenu de Pilate la permission d’enlever le corps du Sauveur, « il le détacha de la croix, l’enveloppa d’un linceul et le plaça dans un sépulcre taillé dans le roc deposiium involvit sin done , et posuit inmonumento 1 ». Mais, à côté, et en marge de ces trois sujets principaux, la Déposition de croix, l’Ensevelissement et la Mise au tombeau, l’art chrétien a imaginé un certain bon de scènes de transition, dont quelques-unes ont pris, à certaines époques, un développement des plus caractéristiques.

Tel est ce sujet des Lamentations sur le corps du Christ — un Lamento , dit la langue italienne, avec une précision très appréciable — dont Giotto nous a donné, à la chapelle de l’Aréna, une magnifique formule, peut-être la plus dramatique et la plus attendrissante.

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