Alinari, n
LA MORT DE LA VIERGE
plie, en se tournant vers la gauche... Mais là se trouve maintenant un grand vide et ce qu’il reste de peinture est trop abîmé pour qu’il soit permis de reconstituer sûrement le détail disparu. Je suppose, cependant, qu’on y voyait, jadis, l’ange descendu du ciel pour avertir Marie de sa mort prochaine : c’est l’annonciation qui précède le dernier épisode de la vie de la Mère de Dieu h
Et remarquez, maintenant, l’attitude de la sainte Vierge. Elle est à genoux, elle supplie, elle se lamente, presque. La légende nous fait connaître une raison de cet émoi : elle craint la mort, en effet, bien qu’elle y doive trouver, et elle le sait, le secret de sa réunion définitive avec son Fils bien-aimé. Mais la mort est toujours chose terrible. Elle ne le veut pas oublier, car elle est, en toutes choses, notre parfait modèle. Elle craint surtout le démon, l’éternel ennemi, et supplie Fange, avec une insistance vraiment émue, qu’il lui soit épargné de voir son horrible face !
C’est l’agonie de la Vierge, dans la solitude de sa petite demeure du mont Sion, loin de ses fils bien-aimés, les apôtres, qui, dans le même temps, prêchent l’Evangile aux quatre coins de la terre.
Ne fallait-il pas qu’elle aussi, la sainte Mère de
1. On confond souvent cette annonciation avec l’antre annonciation, celle qui ouvre l’histoire de la Vierge. L’ordonnance des deux compositions est tellement semblable qu’il n’y a parfois qu’un détail qui permette de les distinguer l’une de l’autre : c’est la branche de palmier, remplaçant le lis ou le bâton du message.
QUATRIÈME CYCLE
Jésus, connût quelque chose des douleurs et des angoisses de son Fils, au jardin des Oliviers ! . Et l’ange ne lui manque pas non plus, pour la consoler. Mais, plus heureuse que Jésus, elle a trois compagnes pour partager la douleur de son agonie, trois femmes qui pleurent et se lamentent, tout près d’elle, cependant qu’au triste jardin, alors que le Maître agonisait, Pierre, Jacques et Jean luimême, l’apôtre bien-aimé, s’étaient endormis !
C’est ainsi que la piété populaire, s’inspirant de la légende et scrutant encore plus profondément qu’elle les délicatesses du cœur humain, comprenait autrefois le parallélisme constant de la vie de la Vierge et de celle de son Fils. Le peintre du chœur de FAréna, qui n’est pas, tant s’en faut, un grand artiste, me paraît en revanche, et dès ses premières paroles, un serviteur de Marie très aimant et très précieusement informé. Ses confrères, à la même époque, n’ont pas creusé aussi profondément ce thème classique de l’annonciation de l’ange. Il n’était pas inutile de le faire remarquer.
Mais je dois noter encore, dans cette fresque, un dernier détail et c’est, sur la droite, deux personnages de haute stature, la tête nimbée, qui se tiennent debout devant la porte de la maison de Marie, et paraissent sur le point d’y pénétrer. Il faut y reconnaître deux apôtres et ce seul détail suffirait, au besoin, pour traduire le passage de la légende relatif à leur arrivée merveilleuse à Jérusa-
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lem. Le sujet, toutefois, méritait mieux que cette discrète allusion. Le peintre de l’Aréna lui consacre donc toute une composition, celle que nous allons maintenant étudier.
42. L’Arrivée des apôtres. — Cette fresque, pour celui qui connaît la légende, est d’une lecture facile, et peut se passer de commentaires.
Au centre de la composition, on trouve, donc, une chambre : l’artiste a fait tomber, si j’ose dire, l’une de ses parois - — l’art ingénu des anciens se plaisait à ces combinaisons simplistes — pour nous permettre de voir ce qui se passe à l’intérieur. La Vierge, assise sur son lit, accueille les apôtres. C’est bien ici, au sens strict, X Arrivée des apôtres au chevet de la Vierge, avant sa mort.
Et notez le rythme de cette « arrivée ». Le premier des apôtres est agenouillé devant la Vierge, et semble lui baiser respectueusement la main. Trois autres sont déjà entrés dans la chambre, un quatrième y pénètre. Puis, au dehors, devant la maison, on en voit trois autres, debout, et un quatrième, encore à moitié suspendu dans les airs. Au-dessus de ce groupe, enfin, on aperçoit deux hommes, semblant descendre du ciel, et qui se dirigent vers la demeure de la Vierge : ce sont les deux derniers apôtres, car il s’en trouve icq comme on pourra le remarquer, onze seulement.
Je n’insisterai pas sur la signification de ce chif-
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fre qui n’est pas sans me dérouter quelque peu. Je n’oserais soutenir que l’artiste a voulu indiquer, par là, que saint Thomas n’assistait pas à la mort de la Vierge : à la scène de l’Assomption proprement dite, toutefois, nous remarquerons qu’autour du tombeau vide il n’y a que onze apôtres; comme à cette composition, saint Thomas occupantune place à part, dans le haut de la scène. Dans la fresque des Funérailles, on ne trouve également que onze apôtres. Mais je ne saurais dire combien il y en a dans celle de la Mort de la Vierge, si j’en juge, du moins, d’après le nombre des personnages dont la tête est ornée du nimbe, et j’en compte quatorze.
Quoi qu’il en soit de ce détail, nous pouvons conclure que l’auteur de cette composition a exposé très convenablement la scène légendaire de l’Arrivée des apôtres. Je lui préfère cependant, au point de vue de la traduction de la légende, la fresque d’Ottaviano Nelli, à la chapelle de l’ancien palais des Trinci, à Foligno h
1. Ces fresques de Nelli datent de l’année 1424 et sont donc postérieures à celles que nous étudions actuellement. Je les cite, néanmoins, parce qu’elles constituent une série des plus intéressantes sur l’histoire de la Vierge. Cinq compositions, sur l’ensemble, sont consacrées spécialement à l’illustration de la légende de l’Assomption : 1. L 'Annonciation de l'ange , où l’on voit l’ange, agenouillé devant la Vierge, assise, et lui présentant la « palme» des funérailles (Alinari, n° 5406). —2. L 'Arrivée des apôtres (Alinari, n° 6407), dont nous parlons à cet endroit. — 3. La Mort de la Vierge (Alinari, n° 5408) . — 4. Les Dernières prières sur la dépouille mortelle de la Vierge (Alinari, n° 5409). — 5. L 'Assomption. — Nous reviendrons, dans la suite, sur quelques-
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Au point de vue de l’art, dont il m’est bien permis, en passant, de dire quelques mots dans cette étude d’iconographie, nous devons reconnaître, d’abord, que Nelli est infiniment supérieur à l’artiste anonyme qui a décoré le chœur de la chapelle
FRESQUE GIOTTESQUE DE l’aRÉNA L’Arrivée des apôtres, pour les funérailles de la Vierge.
de l’Aréna. Car, si ce dernier nous séduit par sa naïveté et la curiosité de son détail pittoresque, le peintre de Foligno nous émeut vraiment, bien qu’il soit encore un peu naïf, par la véritable grandeur de son œuvre et l’émotion qu’il a su y mettre. Il ne représente pas la Vierge, par exemple, assise sur un lit, comme un malade ordinaire dont le tré-
unes de ces compositions d’Ottaviano Nelli, qu’il nous semble intéressant de rapprocher de celles de la chapelle de l’Aréna. L’influence de l’école siennoise s’y fait sentir, sans aucun doute, mais sans nuire à leur originalité.
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pas devient menaçant, mais il la met sur un siège élevé — on dirait presque un trône — , avec la palme dans la main, comme le sceptre d’une impératrice de Byzance, et lui fait accueillir, en leur serrant la main, les apôtres accourus pour une dernière audience.
Et Nelli, toutefois, songe encore à rappeler l’intervention merveilleuse du ciel en cette occurrence. Il la signale même d’une façon plus heureuse, et plus complète, que son prédécesseur de l’Aréna. On voit donc, sur la gauche de la composition, au second plan, un personnage nimbé qui paraît s’envoler sur un nuage ; plusieurs personnages, dans le bas, le regardent avec admiration ; et c'est a la foule » qui, pendant que les apôtres prêchaient, les vit soudain s’envoler dans les airs, pour une destination inconnue. Tout cela est fort bien. Mais remarquez encore que Nelli a pris soin de représenter, et en bonne évidence, « la chaire » dans laquelle, il n’y avait encore qu’un moment, l’apôtre s’occupait à prêcher. Ce détail manque à i’Aréna. Il prouve qu’Ottaviano Nelli avait, lui aussi, le sens du pittoresque et de la curiosité.
43. La Mort de la Vierge 4. — Quel merveilleux sujet ce devrait être, pour un artiste chrétien, que celui de la mort de la très sainte Mère de Dieu ! Et