‹ Les fresques de l'Aréna à PadoueChapitre 47 sur 52 · Moschetti, lïb. cit., p · texte numérisé non relu

Moschetti, lïb. cit., p

CONCLUSION

du maître, elles montrent encore qu’il n’a pas compris très exactement dans quel sens elle doit s’exercer, quand il s’agit d’illustrer, par des inventions personnelles, les données imprescriptibles de la foi.

Parce que l’ensemble de nos croyances religieuses n’est pas un capital improductif, et qu’il est tout à fait permis de chercher à en découvrir les prolongements mystiques, il faut louer les artistes qui emploient leurs facultés d’invention à nous faciliter ce travail, extrêmement agréable, instructif, et pieux. La méditation attentive et loyale des enseignements révélés est toujours, en effet, féconde en intéressantes découvertes, et nous avons besoin, en cela comme dans le reste, de nouveauté. Giotto n’en fut pas, dans la pratique, assez persuadé : on dirait presque qu’il ait douté de la réelle solidité de ce capital sur lequel vivait l’art chrétien, depuis plusieurs siècles et que, lui ayant fait rendre tout ce qu’il était capable de donner, il était, prochainement, menacé de banqueroute. Pour soutenir son crédit, ne fallait-il pas, alors, recourir aux expédients ? 11 le tenta. Mais il ne réussit qu’à rendre plus inévitable, à brève échéance, la faillite définitive.

L’iconographie chrétienne, avec le grand artiste de l’Aréna, a donc subi un arrêt, puis une transformation, qui furent réellement préjudiciables à son développement normal. Tout en paraissant s’en-

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richir, elle s’appauvrissait, insensiblement. Elle y perdait, en particulier, tout un monde de personnages et de scènes symboliques dont le peuple chrétien, à force de les contempler, connaissait encore parfaitement le sens mystique. Il allait falloir, bientôt, songer à le remplacer.

On comprend, dès lors, qu’avec l’invasion grandissante de la culture antique, les mythes des religions païennes n’aient pas tardé à séduire à nouveau des imaginations qui ne trouvaient plus, dans les voies où l’on venait de les engager, à se satisfaire complètement. La renaissance du paganisme dans l’art date, en réalité, de Giotto.

Il me paraîl encore que Giotto, tout en faisant, dans son œuvre, une grande part à la légende, ne semble déjà plus assez convaincu de sa haute portée mystique, pour l’exposer toujours dans la même valeur d’art qu’il donnait aux peintures vraiment historiques. Serait-ce donc qu’il n’y croyait déjà plus? Et faut-il voir en lui, sur ce point, comme sur d’autres encore un précurseur de Léonard de Vinci 1 ?

Je me le suis souvent demandé. Et c’est peutêtre par crainte d’avoir à me prononcer nettement sur cette grave question que je n’ai pas voulu la trop approfondir.

Une chose, toutefois, paraît certaine, et c’est qu’aucune des compositions purement légendaires de l’Aréna ne sera citée, par un observateur désintéressé, comme devant être comptée parmi les chefsd’œuvre de toute la série.

1. On sait que, parmi nos critiques contemporaines, on s’ac» corde presque à regarder Léonard de Vinci comme un « librepenseur », sinon un athée. .. privilège qu’il partagerait, d’ailleurs, avec la majorité de ses confrères de la Renaissance, y compris Le Pérugin.

N’est-ce point encore parce qu’il se sentait médiocrement enthousiasmé par ce genre de sujets qu’il a renoncé à exécuter, de ses propres mains, la décoration du chœur, où devaient figurer les histoires légendaires relatives à la Mort et à l’Assomption de la Vierge 1 ?

Et qu’on ne dise pas que de pareils sujets ne pouvaient se prêter, comme ceux empruntés à l’histoire proprement dite, à ce renouvellement dans la façon de les traiter qui aurait pu être, pour Giotto, la raison déterminante de s’y intéresser. Historiques ou légendaires, en effet, les sujets religieux sont également mélangés de surnaturel et d’humain. Pour ne parler que de la série des multiples « annonciations », en quoi celle à saint Joachim ou celle à sainte Anne est-elle moins artistique, et moins vraie, que l’annonciation à Zacharie ou la triple annonciation à Joseph?

L’ange Gabriel annonçant à la Vierge la materternité ou le trépas est également susceptible, à mon sens, d’émouvoir l’âme d’un artiste, du moment que ce dernier, après avoir accepté le sujet, sait en pénétrer les mystiques significations2. Et comment

1. De même, pour la grande fresque du Jugement dernier , on a dit que Giotto n’était, personnellement, responsable que des parties vraiment artistiques de la composition : il aurait laissé à ses aides le soin d’exécuter toute la partie purement pittoresque ou légendaire.

2. Notez, je vous prie, que, pour nos hypercritiques, l’Annonciation de la vierge Marie — ■ Y Annonciation proprement dite — n’est elle-même qu’une pure légende.

CONCLUSION

supposer que la scène légendaire de la Mort de la Vierge, qui inspirait à nos artistes français des compositions si merveilleusement attendrissantes, était radicalement incapable de remuer, de l’autre côté des Alpes, l’âme d’un Giotto !

Puis-je oublier, d’autre part, la façon vraiment artistique et pieuse avec laquelle, deux siècles environ après l’artiste de l’Aréna, les peintres de l’école de Cologne illustrèrent ce même sujet de la Mort de Marie ? Qu’on regarde un instant, par exemple, le célèbre tableau qui provient de l’église Sainte- Marie-du-Capitole, à Cologne. N’est-ce pas, à ne le juger qu’au point de vue artistique, un véritable chef-d’œuvre ? Et d’où vient donc que l’artiste inconnu auquel on le doit a su renouveler aussi splendidement un si vieux sujet, sinon de ce fait que, pour le traiter, il s’est inspiré, en plus de son amour pour la sainte Mère de Dieu, de ce culte des réalités de la vie qui sera toujours, pour l’art, la source des créations vraiment originales et parfaites ?

Voilà ce que montre fort bien l’écrivain Forster, dans un ouvrage un peu vieillot, mais qu’il est toujours intéressant de consulter : cc L’auteur de la Mort de Marie se rapproche beaucoup du naturel. La scène, telle qu’il la dépeint, peut avoir été sous ses yeux jusque dans ses moindres détails. Rien d’extérieur, nul indice, nul emblème n’indique un événement extraordinaire, surnaturel, et des hom-

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mes cFun caractère religieux plus élevé. Si dans l’ordonnance de l’ensemble, comme des détails, on ne peut méconnaître une attention d’artiste, tous

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