‹ Les fresques de l'Aréna à PadoueChapitre 49 sur 52 · Voir notre Christ de la Légende Dorée, p · texte numérisé non relu

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CONCLUSION

ceptes du Guide du Mont-Athos — l'existence de la règle générale. Les disciples de Giotto, d’autre part, n’imitèrent pas leur maître, dans cette exclusion systématique qu’il s’était permise. L’art chrétien, finalement, a toujours continué d’introduire Marie au cénacle, pour la Descente du Saint-Esprit, et les preuves à fournir sont tellement nombreuses qu’il est inutile d’y insister. D’où vient donc l’abstention de Giotto?

J’avoue que je ne sais l’expliquer. Car je ne puis croire quer, plus sévère, en cela, que nos exégètes modefnes les plus outranciers, il se soit refusé à faire' figurer la Vierge au Cénacle, le jour de la Pentecôte, parce que les Actes des apôtres ne ia nomment pas expressément dans le récit qu’ils donnent de l'événement. Le R. P. Rose, par exem ple, se chargerait, au besoin, de légitimer la formule de Fra Angélico, dans le commentaire qu’il donne du verset où il nous est dit : « Quand le jour de la Pentecôte s’accomplissait, tous ils étaient ensemble dans le même lieu1. » Mais comment expliquer que, dans ce poème qu i! chante en l’honneur de la Vierge, Giotto ait ainsi sacrifié un détail d’importance et traditionnel qui était toüt à son honneur ?

1. Actes l ii, 1. « Tous les frères sont ensemble dans la même salle, les apôtres, Marie et les saintes Femmes, tous les autres disciples, le groupe des cent vierges dont il a été parlé plus haut, (i, 13-15). Tous reçoivent le Saint-Esprit. » P. Rose, O. P., les Actes des apôtres , p. 13.

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Faut-il supposer qu’il ait poussé aussi loin le souci de ne recourir à la légende que dans le cas où il ne pouvait absolument s’en dispenser ? On

FRA ANGELICO, A L’ACADÉMIE DE FLORENCE La Pentecôte. (Voir le texte, page 260.)

serait presque tenté de le croire. Et c’est pour cette raison qu’il n’a illustré que d’une façon incomplète la glorieuse existence de la Vierge, dont il n’a pas compris tous les surnaturels aspects.

Mais tout n’est pas légende dans cette très sainte vie de la Mère de Jésus, et son histoire est tellement mêlée à celle de son Fils qu’il fallait bien, à certains moments, reprendre pied sur ce terrain où l’artiste peut s’inspirer des documents les plus authentiques de la foi. Dans cette partie de son œuvre, je l’ai dit, Giotto est parfait et se montre, à la fois, et très ancien, et très nouveau.

Revenons donc devant ces peintures de choix, pour les admirer encore, et sans réserve, avant de quitter la chapelle de l’Aréna. Les compositions qui, dès notre entrée, nous avaient le plus vivement frappé seront encore celles qui recevront, avant de partir, nos derniers hommages. Il suffirait, pour rendre illustre à tout jamais le nom de Giotto et celui de l’Aréna, d’une composition comme celle où il a représenté le Christ, après que son corps eut été détaché de la croix.

Mais il faut essayer de pénétrer tout au fond des secrètes raisons pour lesquelles cette peinture nous satisfait aussi complètement, quel que soit le point de vue sous lequel on l’envisage, de telle sorte que

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nous n’hésitons pas à la proclamer comme un pur chef-d’œuvre de l’art de tous les temps :

Abstraction faite, d’abord, de toute considération d’ordre mystique ou pieux, et en l’étudiant sous le rapport exclusif de ses qualités d’art, elle est d’une essence tellement rare que cela saute aux yeux, du premier coup, et qu’on n'a pas de peine à s’expliquer, à soi-même, les raisons qui nous la font admirer. L’action estune, elle est merveilleusement ordonnée, elle est vivante, elle est tout ce qu’on peut imaginer de plus dramatique et de plus saisissant. Que font-ils autre chose, tous ces gens-là, ceux de la terre comme ceux du ciel, que de se lamenter sur le cadavre qu’ils contemplent avec les attitudes variées d’une douleur également vraie, mais différemment ressentie, selon la diversité de caractère que l’artiste leur suppose ? Car chacun a son rôle, dans ce concert de larmes, pour lui assurer une entière plénitude. Et voyez comment tous les gestes des personnages sont ordonnés à produire cette impression de désolation profonde et universelle, que rien ne peut consoler. Leurs mains, par exemple, tantôt se joignent avec tendresse, comme pour accompagner des larmes qui coulent doucement, tantôt se séparent avec la violence du désespoir, ou prennent, encore, les attitudes les plus diverses, mais toujours destinées à traduire, bien que de façons différentes, la même émotion. Si l’on commence, maintenant, à identifier chacune des pér-

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sonnes qui prennent part à l’action, — car la chose n’est pas impossible à tenter — ,on en vient à multiplier des remarques du même genre, qui conduisent à louer également la façon avec laquelle elles

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