Autre nom de l’aconit
cet état extraordinaire, mon intelligence avait bien plus de force et de perspicacité. Je ne puis expliquer, par des paroles, le sentiment que j'éprouvais. Cette clarté intellectuelle était accompagnée de joie. Je ne dormais point, je ne songeais point; j’étais à jeun et ma santé était parfaite. J'avais eu quelquefois des extases , mais elles n'avaient rien de commun avec cette manière de sentir par l'épigastre qui excluait toute coopération de la tète. Je m'étonnais que mon imagination eût quitté le cerveau, devenu oisif, pour exercer son activité dans la région épigastri([ue. Cependant ma joie fut un moment suspendue par l'idée que cette disposition pourrait me conduire à la folie. iNIais ma confiance en Dieu et ma soumission à sa volonté dissipèrent mes craintes. Cet état dura deux heures, après lesquelles j’eus deux vertiges : au premier, je sentis qu'il s'opérait un nouveau changement en moi, et au second, je me trouvai dans l'état ordinaire. J'ai depuis essayé plusieurs fois de goûter du napel, mais je n'ai jamais pu obtenir le même résultat. »
J.-B. Porta rapporte, dans le chapitre de sa Magie naturelle consacré à la cuisine, que, sous l'influence de la jiisquiame, de la belladone et du stramonium réduits en poudre et mélangés aux aliments, les convives s'imaginent être transformés en bêtes ; on les voit faire les signes de brouter riierbe comme les bœufs, nager comme les phoques et barboter comme le feraient les canards et les oies dans les mares.
ACTIONS PSYCHIQUES DES ÉMANATIONS
Le hachisch peut produire des hallucinations analogues, et le 1)" Motet raconte qu’à la suite d’une absorption de cette substance il se crut transformé en battant de cloche (1).
Il est probable que les épidémies de zoanthropie, qui ont été si fréquentes au moyen âge et même dans l’antiquité, avaient souvent la même origine et qu’on doit les rapporter à Faction de parfums, d’onctions ou de potions (2), quand elles n’étaient point dues à des accès d’aliénation mentale ou à de simples suggestions.
Homère nous montre Ulysse et ses compagnons débarqués dans File d’Æœa {Odyssée, chap. x). « Circé les lit asseoir et mélangea pour eux du vin de Pramne, du fromage, de la farine et du miel nouveau. A ce mets elle ajouta des sucs funestes pour leur faire oublier la patrie. Elle leur donna ce breuvage, et ils ne l’eurent pas plus tôt avalé qu’elle les frappa de sa baguette et les enferma dans l’étable à porcs. Ils en ont la tète, la voix, les poils, tout le corps, mais leur intelligence conserve sa force comme auparavant. Elle les enferme malgré leurs larmes, et jette devant eux, pour aliments, des