‹ Les frontières de la science. 2e sérieChapitre 17 sur 46 · OS · texte numérisé non relu

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tout surpris de ce qui se passe en lui et ne s’en rend })as coin[)te.

« ElJet de la valériane, — Un paquet de racines de valériane, placé sur la tète, sous un Tort bonnet de laine pour éviter d’agir sur l’odorat, produit des actions mentales absolument inconcevables.

« Au bout de peu d’instants, T... prend un air étonné, il a le regard lixe, il paraît guetter ([uelque chose; si une mouche passe, il la suit des yeux, il quitte même sa chaise pour la poursuivre.

« — Qu’avez-vous ? lui demandons-nous. — Rien. Mais je suis tout drôle, je ne comprends rien à ce qui se passe... Ne bougez pas les pieds, il me vient l’idée de les prendre. — Ses éj)aules se soulèvent, il fait le gros dos, ses doigts forment la gritfe par moments ; puis il se laisse aller à terre, marche à quatre pattes, court sous les lits et les tables ; joue comme un jeune chat, avec un bouchon ou tout objet mobile à sa portée ; il se roule à terre, recule et fait le gros dos, <|uand on aboie à côté de lui. Pendant cpielque temps, il répond, quoique avec peine, aux (juestions et dit qu’il ne sait pourquoi il agit ainsi, puis il cesse totalement de répondre, pour se concentrer dans son attitude féline.

« (domine le chat, à certains moments, T...

lèche sa main et la passe délicatement sur ses oreilles, en les contournant, ou bien il s’assied, les jaml)es allongées et les mains posées à plat sur le dos. — « Vous voyez bien qu’elles y

ACTIONS PSYC1II^)UES DES ÉMANATIONS

vieiiiieiit. » Telle est la seule réponse qu’il nous lait, quand nous lui demandons des explications.

« Si Ton enlève la valériane, ou si, dans sa course sous les lits et les tailles, son bonnet tombe, entraînant cette substance, la translormation cesse : T... se i^elève, tout étonné de se voir à quatre pattes ou couché sous un lit, et ne conserve aucun souvenir de ce qui vient de se passer. Dans le fort de Taction, il est insensible ; on peut le pincer, le piquer, sans le déranger de son attitude.

« Nous reproduisons, chez lui, ces phénomènes à volonté. Placée sous son épais bonnet, la valériane ne donne aucune odeur, apprécialile du moins par les personnes qui nous entourent.

« A distance, nous avons constaté (pi’elle causait des actions analogues et des scènes plus ou moins comparables à celle que nous venons de décrire. Dans une de nos expériences, la valériane étant dans notre poche, T... a simplement éprouvé la lixité du regard et une certaine inquiétude ; de la tendance à guetter, comme un chat qui observe ; par contre, il s'est manifesté une action dépressive sur les jambes, et il a dii se coucher. Il avait en même temps de la sécheresse à la gorge et un goût particulier. Il lui semblait avoir bu cpielque chose ayant une saveur semblable, mais il n’a pu nous en donner le nom.

« Chez C..., l'application de la valériane a coïncidé avec la production d’un vide mental complet : toute idée avait disparu et son faciès.

LES niONTlÈRES DE LA SCIENCE

devenu inerte, resseinlilait à eelni d’nn aliéné stupide. Peu après, il s"est produit de la fixité du refçard et des eontractions spasmodiques, dans les muscles du front, de la lace, ainsi que des mouvements cloniques dn dos, des membres, nn liesoin irrésistible de remuer et de faire des grimaces; ee qui contrariait fort la patiente. Tons ces phénomènes ont disparu après renlèvement de la valériane, mais il en est resté le souvenir avec une certaine impression de tristesse, que nous avons dissipée par la suii^gestlon, ajirès mise en état de somnamlinlisme.

« EjJ'et des feuilles de laurier-cerise. — Le laurier-rose n'a produit ancnn elfet. ()nant aux feuilles de lanrier-cerise, leur application sur la tète a provo({ué une explosion de sentiments religieux, absolument contraire aux manifestations habituelles de T..., qui, au point de vue politiipie, est anarchiste, et athée en religion...

« A peine les feuilles de laurier sont elles appliiinées sur sa tète, que T... change de physionomie ; il devient rédéchi, il regarde les parois de la salle. C’est là, dit il, qu’il faudrait mettre un Christ, montrant un mur nu. Un instant après, il remue les lèvres et dit mentalement un « Notre Père ». — A ce moment il se lève, veut sortir, nous l’engageons à rester et à ne point se gêner pour nous. Il vient reprendre sa place, qu’il quitte bientôt, pour se précipiter à genoux devant le mur dont nous avons parlé; il se frappe la poitrine, joint les

ACTIONS PSYClIigUES DES ÉMANATIONS JOl

mains avec componction, les élève vers le ciel dans une attitude inspirée ; eiilîn, il se découvre et..., en enlevant sa coillure, fait tomber les feuilles placées sur sa tète.

« Le phénomène cesse. T... nous regarde d’un air ahuri et cherche à reprendre la conversation qu’il tenait avant Texpérience. — Vous venez de faire votre prière, lui disonsnous. Vous devenez dévot; c’est votre droit, mais cela nous surprend. — Il réplique par une vigoureuse négation : il a tout oublié et manifeste même des sentiments anti-religieux.

« Nous avons, à plusieurs reprises, reproduit ce singulier spectacle, avec quelques variantes dans son expression scénique. Quelquefois T... fond en larmes, invite l’assistance à se repentir avec lui et à adorer le Seigneur ou la Vierge. Cette dernière a semblé lui apparaître dans une de nos expérimentations.

« Les feuilles de laurier-cerise enlevées, la religion s’en va. Curieux phénomène ! non moins étonnant que celui de la transformation en chat, sous l’influence de la valériane. La conviction des assistants et la nôtre est qu’il faut éloigner toute idée de supercherie de la part du patient, comme toute pensée de suggestion possible, étant données l’ignorance de T... à ce sujet et les précautions prises de ne rien faire, ni de ne i*ien dire (pii puisse produire la suggestion, ou même l’auto-suggestion. »

De mon côté, j’ai fait, sur la phipart de mes sujets, des expériences noinl>reuses avec la valériane et le laurier-cerise, substances qui présentent les effets psychiques les plus frappants ( 1 ).

Valériane

Chez Benoit, la racine de valériane produit peu d’elfet, aussi bien à l’état de somnambulisme (pi’à l’état de veille.

Il n’en est pas de môme de l’essence. A l’état de veille, elle lui sufï^ère l’idée de chat, et c’est tout ; mais, (iuel<iue faible que soit le degré d’hypnose dans lequel on l’ait mis, il lui suflit d’en sentir l’odeur pour qu’il se mette immédiatement à marcher à quatre pattes, à miauler et à imiter les diverses allures du chat.

L’elfet de l’essence a été également nul sur les autres sujets à l’état de veille. Plusieurs d’entre eux, notamment M™ Vix, commencent, sous son inlluence, quand ils sont endormis, par j)rendre le regard fixe ; ils sont inquiets, irrital)les ; puis ils se baissent peu à peu et finissent par marcher à quatre pattes et à miauler. On hâte cette transformation par une suggestion très faible, comme en leur passant la main

1. Le D*" Luys, M. Dèclc, le Chazarain, le Pascal, le Thomas se sont occupés surtout des substances médicamenteuses et ont conlîrmé leur action à distance, dans les conditions convenables.

ACTIONS PSYCHIQUES DES EMANATIONS

sur le clos ou en agitant un objet cjuelconcjue devant leurs yeux. D’autres, cjuoicpie extrêmement sensibles d’ailleurs, n’éjirouvent rien.

(i’est peut-être cette action de la valériane cjui a valu au chat la place considérable cpi’il tient dans les annales de la sorcellerie (1).

L(‘s sorcières d’Italie passaient pour se transtbrmer en chattes et venir, ta nuit, sucer te sang des enfants (2).

La fable de Lafontaine La femme mètamoi*phosée en chatte est un dernier écho des croyances du moyen âge.

Laurier,

Des feuilles de laurier-cerise mises sur la tête de Benoît, à l’état de veille, ont d’abord simplement provocpié des idées à'affection et de vénération ; il pensait à ses parents, aux personnes à cjui il devait de la reconnaissance. A mesure cpie sa sensibilité se développait par l’exercice, les idées devenaient religieuses ; il se rappelait sa première communion, il entendait des chants sacrés. Plus tard, l’extase s’est produite par une courte application des feuilles sur le vertex ou par une légère inhala-

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